Il y a des badges qui ouvrent des portes. Et puis, il y a ceux qui semblent ouvrir les portes de l’ego ! À l’occasion des Jeux olympiques de la jeunesse (JOJ) Dakar 2026, prévus du 31 octobre au 13 novembre, une petite guéguerre se joue sur les réseaux sociaux, notamment sur TikTok. Au menu : rivalités, petites piques et démonstrations de statut.
C’est bien connu, au Sénégal, on aime les choses qui se voient. Dans un pays du m’as-tu-vu, du paraître et du blingbling, le fait d’être volontaire pour les JOJ est devenu la nouvelle tendance à afficher sur les réseaux sociaux. De l’unboxing (l’action d’ouvrir l’emballage d’un produit neuf pour la première fois devant une caméra ou en direct), en passant par les équipements, rien n’est laissé au hasard pour flâner, frimer, narguer ceux qui n’ont pas su saisir la perche.
Certes, être volontaire pour un événement d’une telle envergure est une belle expérience. C’est l’occasion de découvrir les coulisses d’une organisation internationale, d’acquérir des compétences, de rencontrer du monde, de réseauter et de participer à un moment historique pour le Sénégal. Il y a de quoi être fier. Mais depuis quand la fierté nécessite-t-elle de regarder les autres de haut ?
Sur TikTok, le badge peut vite devenir un accessoire de prestige. La tenue officielle, une preuve d’appartenance à un cercle privilégié. L’accès aux coulisses, un argument pour rappeler aux autres qu’on fait partie des élus. Et ceux qui n’ont pas été sélectionnés ? Ils n’ont qu’à regarder les vidéos et apprécier le spectacle ! Du moins, c’est l’impression que peut donner cette rivalité lorsqu’elle s’installe.
Le phénomène n’est pourtant pas nouveau. Dans notre société, l’accès à certaines opportunités peut rapidement devenir un marqueur social. Avoir décroché un stage dans une institution prestigieuse, participer à un programme international ou être invité à un événement sélectif donne parfois l’impression d’avoir franchi un palier que les autres n’ont pas atteint. Sur les réseaux sociaux, où chaque expérience peut devenir une vitrine, la tentation de transformer une opportunité en trophée est encore plus forte.
Le problème, ce n’est donc pas de montrer sa joie, de publier ses photos ou de raconter son expérience. Les réseaux sociaux sont aussi faits pour ça. Le problème commence lorsque le partage se transforme en démonstration, et que la démonstration sert à rabaisser ceux qui n’ont pas eu la même chance. Car oui, une sélection reste une sélection. Elle répond à des critères, à un nombre de places disponibles et à des besoins précis. Elle ne constitue pas un classement général de la valeur humaine !
Et c’est là que le paradoxe devient intéressant. Le volontariat est censé incarner la solidarité, le dévouement et l’esprit d’équipe. On s’engage pour contribuer à une œuvre collective, pas pour décrocher un titre de noblesse. Si le badge devient un permis de mépriser les autres, il y a peut-être un petit problème de compréhension de la mission.
Parce qu’au fond, être volontaire, c’est être au service d’un événement. Ce n’est pas devenir l’événement lui-même. Et si l’on veut vraiment jouer dans la cour des grands, commençons peut-être par une petite leçon d’humilité. Celle-là, malheureusement, ne figure dans aucun kit officiel !
Arame NDIAYE

