Lors de son traditionnel discours à la Nation du 31 décembre 2025, le président de la République, Bassirou Diomaye Faye, a placé la barre très haut. Il a décidé d’adopter une politique de « zéro tolérance » contre les féminicides au Sénégal. Il nourrit l’espoir de démarrer l’année 2026 sous de meilleurs auspices. La lutte contre les féminicides, présentés comme la forme la plus extrême de violence exercée par des hommes sur des femmes, constitue une urgence nationale. Des chercheurs vont plus loin dans l’analyse : « Cette violence ne se limite pas au simple fait que la victime soit une femme. Elle repose sur l’idée que le meurtre est motivé par des rapports de pouvoir inégaux, des stéréotypes de genre ou une volonté de contrôle et d’appropriation. »
Au Sénégal, 18 cas ont été médiatisés en 2025. Portés par un ego mal placé, certains hommes s’octroient la liberté d’abréger des vies au gré de leurs humeurs, parfois pour des motifs aussi fallacieux qu’un repas servi en retard ou un différend avec la belle-mère. Le discours présidentiel, en ce Nouvel An, sonne comme une reconnaissance explicite du combat des associations féministes. Celles-ci luttent depuis des années pour que le meurtre d’une femme ne soit plus minimisé ni relégué au rang de simple fait divers. Le chef de l’État s’est résolu à agir avec fermeté pour briser le cycle d’impunité qui entoure, dans notre pays, les violences basées sur le genre (Vbg).
En ce début d’année, son geste est salutaire. Il a écouté, analysé et proposé des solutions destinées à rassurer l’opinion publique. Se portant garant de la vie des citoyennes sénégalaises, il a affirmé que l’État accompagnera les victimes et punira les auteurs de ces crimes avec la plus grande rigueur. La complaisance n’a désormais plus droit de cité.
En « sifflant la fin de la récréation », le chef de l’État a mis du baume au cœur des défenseurs des droits humains. Toutefois, ces derniers attendent des actions concrètes. Si le discours définit une nouvelle ligne de conduite et promet des sanctions implacables, les organisations de la société civile espèrent que ce « cadeau de fin d’année » ne restera pas symbolique. Elles appellent à des réformes législatives profondes, passant notamment par l’introduction formelle du terme « féminicide » dans le Code pénal.
Le Sénégal marquerait ainsi une rupture importante, suivant l’exemple de plusieurs pays, notamment en Amérique latine, ayant inscrit le féminicide comme un crime spécifique. Il faudrait ainsi que la loi l’emporte sur le diktat du « sutura » (discrétion) et que les médiations sociales ou familiales n’entravent plus les procédures judiciaires. En tout cas, les défenseurs des droits des femmes souhaitent que ces crimes sortent de la catégorie réductrice des « drames conjugaux » pour être reconnus comme des meurtres ciblés. Elles plaident aussi pour une harmonisation internationale, avec un alignement sur les standards du Protocole de Maputo, afin d’appliquer des peines adaptées à la gravité des faits. Dès lors que l’État se pose en garant de la sécurité et de la dignité de chaque femme, l’espoir est permis de voir les foyers redevenir des havres de paix et non des zones de danger mortel pour les femmes. Certains ont rappelé, par ailleurs, cette vérité en ce Nouvel An : « La valeur d’un cadeau tient moins à son prix qu’à l’intention et à la détermination de celui qui l’offre… ».
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