Deux ans. Deux ans que le Sénégal attend l’argent du Partenariat pour une transition énergétique juste (Jetp), lancé en fanfare en juin 2023 par les puissances occidentales. Deux ans que Bruxelles, Berlin, Paris, Londres et Ottawa répètent la même musique : la transition sera juste, verte et bénéfique pour les populations. Deux ans et toujours pas un centime. À ce stade, le Jetp passe d’un engagement historique à une promesse creuse, calibrée pour les communiqués de presse. En effet, le Jetp relève d’un accord financier et technique entre des pays développés donateurs (G7, Ue, etc.) et des pays émergents dépendants des énergies fossiles (Afrique du Sud, Indonésie, Vietnam, Sénégal) pour les aider à accélérer leur transition vers les énergies renouvelables. L’idée est aussi de réduire leur dépendance au charbon, tout en assurant une croissance économique et sociale équitable pour leur population. Mais ça, c’est la théorie.
Depuis les annonces, 0 euro décaissé sur les 2,5 milliards d’euros promis au Sénégal, alors que les besoins énergétiques du Sénégal explosent. Pendant ce temps, les bailleurs peaufinent leurs plans d’investissement, leurs approches stratégiques et leurs cadres de coopération. Le temps de la bureaucratie européenne n’est visiblement pas celui des villages du Saloum privés d’électricité. Ces laissés pour compte des villages reculés du Sénégal qui attendaient ces investissements pour sortir des ténèbres. L’attente est longue, beaucoup trop longue. Une éternité.
Pourtant, sur le papier, le Jetp devait incarner une rupture. Car la transition énergétique est totalement possible au Sénégal et elle pourrait même freiner l’exode rural et l’émigration. Le pays a la terre, l’eau, le soleil et des ressources naturelles. Ce qui manque, c’est la puissance électrique pour transformer un potentiel en développement réel. Mais ce qui manque surtout… c’est la cohérence. Car derrière l’étiquette séduisante du Jetp, 87 % des financements annoncés ne sont pas des dons, mais des prêts. Il s’agit de 1,8 milliard d’euros de prêts concessionnels, destinés à un pays déjà étranglé par une dette publique record. Du jamais-vu. Injecter des prêts dans un pays en surendettement, c’est comme jeter une ancre à un homme qui se noie.
Le paradoxe est frappant : un partenariat censé être juste alourdirait le fardeau d’un pays qui paie déjà les effets du dérèglement climatique sans en être responsable. Encore une fois, l’Afrique attend, les bailleurs s’excusent, et les projets stagnent. On ne le dira jamais assez : on ne sous-traite pas sa sécurité. Un pays de la sous-région qui avait pactisé avec Wagner l’a connu à ses dépens. Mais on ne sous-traite pas également son environnement. Car baser ses politiques d’adaptation au changement climatique sur des bailleurs de fonds, revient à attendre le développement de l’autre. Et pourtant, la musique est connue de tous, aucun pays ne développera l’Afrique à sa place.
Mais la naïveté serait de croire que ce retard n’est qu’un problème technique. À l’heure où la Russie et la Chine étendent leur influence au Sahel, retarder volontairement ou non un financement clé devient un acte politique. Dans une région minée par les coups d’État, l’Occident sait parfaitement ce que représente un Sénégal stable, démocratique… et dépendant.
Alors que reste-t-il du Jetp ? Un acronyme brillant, un discours moral face à un pays qui attend et une société civile qui s’impatiente. Mais le risque est sérieux : que le Sénégal échange une transition énergétique ambitieuse contre un endettement aggravé et une souveraineté fragile. Pourtant, le pays ne demande pas la charité, mais juste le respect d’une parole donnée. Et tant que l’argent n’arrive pas, le Jetp restera ce qu’il est aujourd’hui : un gigantesque écran de fumée sur fond de géopolitique et de dettes.
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