Bien que le Sénégal s’illustre comme l’un des meilleurs élèves africains en matière de lutte contre le tabagisme, avec un taux de fumeurs adultes tombé à 4,4 % en 2025, une nouvelle menace plane sur la jeunesse.
La cigarette électronique, ou « vapoteuse », initialement conçue pour aider au sevrage tabagique, a été détournée pour devenir un véritable accessoire de mode chez les adolescents. Le succès de ces produits, notamment les modèles jetables appelés « puffs », repose sur une stratégie marketing agressive. En utilisant des saveurs attractives (bonbon, crème glacée, fruits) et des designs ludiques ressemblant parfois à des clés USB, les fabricants ciblent délibérément les jeunes. Le phénomène s’immisce jusque dans les établissements scolaires. Des scènes surréalistes sont observées aux abords des endroits où des élèves vapotent discrètement durant leurs heures creuses ou leurs récréations.
Certains font preuve d’une grande ingéniosité pour dissimuler leurs dispositifs, allant jusqu’à les encastrer dans des bouteilles de boisson pour tromper la vigilance des enseignants. Au début de l’année scolaire, une vidéo partagée par un enseignant est devenue virale sur les réseaux sociaux. Il avait découvert une cigarette électronique qu’un élève avait astucieusement cachée à l’intérieur d’une bouteille de boisson. Ce n’est que grâce à sa grande vigilance que l’enseignant a réussi à débusquer le stratagème de l’élève. Récemment, un spectacle singulier a été constaté à Dakar quand une jeune écolière faisait usage d’une cigarette électronique au milieu de ses condisciples.
Cette scène s’est déroulée dans un lieu où les élèves ont coutume de se rassembler lors de leurs heures de vacuité ou durant la récréation. Une scène similaire a été aperçue, il y a quelques jours : de la vapeur s’élevant autour d’un élève. Ce n’est qu’en observant la situation de plus près qu’on constate qu’il faisait usage d’une vapoteuse. Selon la Ligue sénégalaise contre le tabac (Listab), il est particulièrement inquiétant de constater que, dans toutes les régions, le nombre d’enfants utilisant des cigarettes électroniques dépasse désormais celui des adultes. L’impact sur la santé est alarmant : les spécialistes alertent sur des dommages pulmonaires irréversibles et des irritations sévères des voies respiratoires causés par l’inhalation de ces vapeurs. Plus inquiétant encore, la vapoteuse sert de vecteur à la consommation de substances plus dangereuses.
En août 2024, Djibril Wélé, Secrétaire exécutif de la Listab, a tiré la sonnette d’alarme en qualifiant la chicha et les cigarettes électroniques de « tueurs silencieux » pour la jeunesse. La cigarette électronique apparaît donc comme un « cheval de Troie » technologique : elle pénètre l’univers des jeunes sous l’apparence d’un gadget inoffensif et parfumé, pour finalement introduire des risques sanitaires sévères et ouvrir la porte à des dépendances bien plus dangereuses. Selon les informations rapportées par la presse, avant-hier, les festivités du passage à la nouvelle année dans un quartier à Dakar ont été marquées par une tragédie glaçante.
Ce qui devait être un moment de réjouissance s’est transformé en drame. Un jeune homme a succombé à des convulsions après avoir mélangé plusieurs substances, dont une pilule d’ecstasy surnommée « Tik-Tok ». Cet événement met en lumière de manière brutale les dangers liés à la consommation incontrôlée de substances psychotropes. Face à ces « tueuses silencieuses », la lutte nécessite un engagement conjoint des autorités étatiques, des responsables d’établissements et, surtout, une attention particulière des parents pour protéger cette couche vulnérable.
souleymanediam.sy@lesoleil.sn

