Il y a une semaine, sur le réseau social Tiktok (terrain des entrepreneurs), la célèbre vendeuse de produits cosmétiques Toutou Astou a publié sur son compte la maquette du « Building American Shop ». Cette bâtisse est composée d’un salon de coiffure, d’un institut de beauté et d’un espace de vente de produits cosmétiques. Il n’en fallait pas plus pour que la vidéo passe en top tendance. Elle engrange 1 million 500 000 vues, plus de 150 000 réactions et plus de 3 000 commentaires. Une publication qui sonne comme une réponse à celle de l’une de ses plus grandes concurrentes sur le «game des savons».
Le 29 septembre dernier, la fondatrice de la marque de cosmétiques Diodio Glow Skin a dévoilé la maison du même nom en plein cœur de Guédiawaye. La vidéo a enregistré 2 millions de vues, 200 000 « j’aime » et 8 000 réactions. La pose de la première pierre de ce projet a débuté en 2023, d’après la propriétaire. L’entrepreneure a vu les choses en grand, construisant un immeuble de 200 m² en R+3, qui se veut être un siège pour la marque, mais également un institut. Au-delà d’être un bien immobilier, la maison Diodio Glow Skin est un signal éloquent qu’envoie la propriétaire de la marque de cosmétique.
Aujourd’hui, les mille et une vendeuses de produits cosmétiques n’utilisent plus les lives TikTok pour vanter les mérites de leurs produits ou encore toiser la concurrence. C’est par des actes tangibles, loin du ramdam des directs virtuels, qu’elles apportent la réplique. En coulisses, brique par brique, elles construisent de quoi faire rougir les rivales. Ces dernières n’hésitent pas à jouer sur les dénominations pour montrer que plus c’est grand, mieux c’est.
Ces maisons commerciales qui, à terme, deviendront des sièges de leurs entreprises sont des manières de montrer que leur business marche du feu de Dieu. Elles sont également une façon d’aller davantage vers la formalisation. Plus de loyer à payer, plus de petites boutiques éparpillées par-ci, par-là. Tout est concentré en un seul endroit et, surtout, plus besoin de chercher des dépôts pour stocker leurs produits cosmétiques.
Cependant, elles ne sont en rien nouvelles dans l’univers de l’entrepreneuriat. D’autres entrepreneurs possèdent leurs « maisons XXL » au cœur de la capitale, sans tambour ni trompette. C’est juste que les réseaux sociaux ont donné une autre dimension à ce que beaucoup considèrent comme une tendance.
L’exemple des maisons de couture en est la parfaite illustration. C’est le cas de la grande styliste Diouma Dieng Diakhaté avec la maison Shalimar (Shalimar Couture). Son collègue Pape Beye, alias Jeune Tailleur, a aussi suivi ses pas. En octobre dernier, en plein cœur de Yeumbeul, le jeunot a vu grand, inaugurant sa maison de couture, Pape Beye House. Elle est composée d’ateliers, de merceries, de salles de broderie, d’ateliers de perlage, de cabines d’essayage aux tons épurés et de salons d’exposition.
Ces maisons, bien qu’étant une façon pour ces vendeuses de cosmétiques de montrer que leurs affaires roulent, posent la question de l’industrialisation. En effet, ces entrepreneures dépendent de l’import-export. Dans un pays où l’industrialisation est très faible, celle-ci offre pourtant aux entrepreneurs des avantages clés, comme la création de valeur ajoutée, la génération d’emplois locaux tout en ouvrant la voie à des marchés plus vastes et à une croissance économique durable.
En attendant l’industrialisation, ces constructions ont le mérite de poser les premières pierres d’un entreprenariat visionnaire.
Arame NDIAYE

