Ainsi donc, le Pib du Sénégal a connu une hausse de 13,5 %. Comment est-ce donc possible ? La réponse est à chercher dans le rebasing lancé par l’Agence nationale de la statistique et de la démographie (Ansd). En quoi consiste-t-il ? Le rebasing, ou changement d’année de base sert à mettre à jour la façon dont on calcule le Pib et les autres chiffres importants de l’économie. Il s’agit de faire en sorte que les données reflètent mieux la réalité du pays. L’économie étant en constante mutation avec de nouveaux secteurs qui apparaissent, certains prennent de l’importance, d’autres déclinent. Il est donc important de recalculer. Le rebasing permet donc d’intégrer de nouvelles activités, d’actualiser les méthodes de collecte de données, de corriger les prix relatifs et les structures de production pour obtenir un Pib plus précis.
Le cas du Sénégal est un exemple éloquent. Calculé sur la base de 2014, le Pib du Sénégal a été cette fois-ci mesuré sur la base des données de 2021. Conséquence ; le Pib passe de 15.261 milliards de FCfa à 17.316 milliards de FCfa avec le rebasing, soit une augmentation de 13,5 %. Même si cela ne veut pas forcément dire que l’économie du Sénégal a fait un grand bond en avant, ce rebasing permet, au moins, de prendre en compte des activités qui, jusqu’ici, n’étaient pas prises en compte ou pas à leur juste valeur. Il est bon de rappeler qu’au Sénégal, le rebasing s’est d’abord produit avec l’ancienne base 1999, puis la base 2014, et seulement maintenant la base 2021.
Pour ce cas précis, le calcul a pris en compte des secteurs qui ont fortement cru ces dernières années. Du transport à la livraison, des télécommunications aux fintechs…Même si la volonté du Sénégal de disposer de chiffres fiables est salutaire, force est de préciser que les règles internationales recommandent de changer d’année de base au plus tous les dix ans. Dans un contexte marqué par un débat autour des vrais chiffres sur l’état de l’économie, le Sénégal dispose ainsi de chiffres plus fiables. Un outil de taille pour les autorités qui ont entamé un plan de redressement économique dont le fil rouge reste la vérité des chiffres.
Les données utilisées pour le rebasing en disent déjà beaucoup sur la fiabilité des résultats. Par exemple, pour faire ce travail, l’Ansd a exploité des enquêtes sur le secteur informel, l’orpaillage, l’extraction de sable et de sel, les institutions sans but lucratif, les transports, les marges commerciales, les flux transfrontaliers non enregistrés, le recensement de l’élevage…Autre aspect non négligeable, c’est que le rebasing permet de disposer d’un meilleur climat pour les investisseurs, la transparence statistique augmente la confiance des investisseurs étrangers et des partenaires techniques et financiers. Dans une tribune, le Dr Balla Khouma, économiste-statisticien, indiquait que « la révision du PIB met souvent en lumière des secteurs encore peu couverts par l’impôt et appelle une adaptation de la politique fiscale. L’objectif n’est pas d’augmenter les taux, mais d’élargir l’assiette, en intégrant progressivement les activités émergentes et insuffisamment formalisées auparavant. Cela implique également de réactualiser voire améliorer, s’il n’est pas déjà fait, le Plan de redressement économique et social (PRES) présenté avant les résultats du rebasing ».
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