L’agression a fini de faire le tour de la toile et la Une des journaux et des sites Internet. Chaque média, à sa manière, et sans prendre de recul. Le décès de Mouhamed Ndiaye, dans un accident survenu dans la nuit du jeudi 20 novembre 2025, a initialement bouleversé Richard-Toll. La première version des faits, largement diffusée, rapportait que le défunt et son ami, Ablaye Diagne Mbodj, avaient été victimes d’une agression par trois individus non identifiés près du village de Keur Birane. Ces présumés agresseurs auraient tenté de s’emparer de leur moto. M. Ndiaye serait mort sur le coup après avoir reçu un violent coup de bâton à la tête en tentant de contourner les assaillants. Cette information a enflammé les réseaux sociaux et a suscité une vive indignation publique, l’acte étant qualifié de « barbare ». Cinq jours plus tard, l’affaire a connu un rebondissement inattendu : l’ami de la victime, Ablaye Diagne Mbodj, a été arrêté par la gendarmerie. Une nouvelle enquête minutieuse a révélé qu’il n’y a jamais eu d’agression.
En réalité, Ablaye Diagne Mbodj avait inventé l’histoire juste pour se disculper. Selon l’enquête, il avait confié la conduite de la moto à M. Ndiaye, qui ne maîtrisait pas correctement l’engin. Arrivé à la hauteur du village de Keur Birane, il a perdu le contrôle dans un virage, entraînant une sortie de route dont la violence du choc lui a été fatale. Par la suite, Ablaye Diagne Mbodj a monté cette fausse agression pour tenter d’échapper aux conséquences de ses actes, sachant que la victime ne disposait pas de permis de conduire. En cherchant à échapper à la prison, il s’y est retrouvé à cause de sa fausse déclaration. Arrêté le 25 novembre 2025, il est poursuivi pour homicide involontaire, mise en danger de la vie d’autrui et abandon d’une moto à une personne non détentrice d’un permis de conduire. Grâce à la perspicacité des enquêteurs, la thèse tirée de son imagination fertile a été mise à nu. Et la vérité a fini par éclater. Cette situation soulève la problématique de l’authenticité de l’information, en questionnant la manière dont on peut publier des faits sans pour autant vérifier leur authenticité. L’attitude primordiale pour un enquêteur est donc le scepticisme méthodique et l’engagement à une vérification approfondie des faits, même si le témoignage initial semble plausible ou suscite une forte émotion. Les conséquences montrent le danger de « s’enflammer » et d’amplifier des déclarations non corroborées. L’attitude du journaliste, lui aussi, devrait être celle de la prudence et de la vérification croisée avant de publier une information, quelle que soit sa nature. Ils doivent éviter de se faire les porte-paroles de spéculations. L’objectif principal, tant pour le journaliste que pour l’enquêteur, doit rester l’établissement des faits, même lorsque ces faits contredisent le récit initial sensationnel ou largement accepté. Cette situation rappelle que l’information, lorsqu’elle est hâtivement propagée, peut être un moteur puissant de désordre social et de panique, agissant comme une boîte de Pandore : une fois ouverte sans précaution, elle libère des maux (peur, fausses accusations) difficiles à contrôler, même lorsque la vérité est finalement rétablie. À l’ère des réseaux sociaux et de la désinformation, il est essentiel de rester cartésien face aux informations virales, en appliquant tout simplement le doute méthodique et en vérifiant systématiquement les sources avant de les accepter. De la même manière, le fact-checking devient essentiel avant la diffusion de toute information.
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