Les joutes coraniques baptisées « Nafar Al Xuran » et initiées par l’influenceur sénégalais Al Badri ont mobilisé une foule immense le 17 novembre dernier. L’affluence exceptionnelle a dépassé toutes les prévisions. La salle n’a pu contenir les fidèles et admirateurs venus très nombreux. Une foule impressionnante s’est massée à l’extérieur pour suivre le récital du Coran. Dans la foulée, les initiateurs de l’événement ont annoncé qu’un enfant talibé, qui avait perdu de vue ses parents ou son maître coranique l’année précédente, a été confié à un daara-internat. Depuis, le jeune garçon a réalisé une percée significative dans la mémorisation du Coran. Cette performance, loin d’être un cas isolé, atteste de la qualité de l’enseignement et de l’apprentissage au sein des daaras ; que ce soit en internat ou en externat. Il faut, cependant, admettre que tout n’est pas parfait dans ce sous-secteur, qui fait face à des défis structurels (conditions précaires, mendicité forcée). La situation des enfants talibés en fugue ou exposés à des traitements difficiles est une préoccupation majeure. Ces enfants se retrouvent souvent dans des situations dangereuses, ce qui souligne leur extrême vulnérabilité. Un incident récent, impliquant un jeune garçon trouvé agrippé à l’arrière d’un camion sur l’axe Ourossogui-Ranérou (Matam), a particulièrement touché l’opinion publique. Cet événement, filmé et partagé, a défrayé la chronique et a mis en lumière les conditions précaires que certains enfants talibés pourraient chercher à fuir. Le garçon voulait rejoindre son village dans ces conditions dangereuses avant d’être découvert par un autre automobiliste et pris en charge par le chauffeur du camion. Cet incident illustre, de manière préoccupante, les dangers auxquels sont exposés ces enfants lorsqu’ils se retrouvent dans une situation complexe, livrés à eux-mêmes. Leur jeune âge et leur manque de discernement face au danger les rendent particulièrement vulnérables aux accidents et autres risques liés à la vie dans la rue. Et cette fragilité est un facteur favorisant leur exploitation.
L’année dernière, un accident tragique est survenu à Djeddah Thiaroye Kao dans la nuit du vendredi 23 au samedi 24 août 2024. Un jeune talibé de 10 ans avait perdu la vie, écrasé accidentellement par un camion de ramassage d’ordures. Le drame s’est produit alors que le véhicule était stationné dans la localité. Le jeune garçon, pris de sommeil, s’était retiré et endormi sous le camion. Ignorant sa présence, le chauffeur a démarré, roulant involontairement sur l’enfant. Cet événement met en lumière la situation difficile de nombreux talibés, qui vivent souvent dans une misère abjecte, privés de nourriture suffisante et de soins médicaux. Un grand nombre d’entre eux font également l’objet d’abus physiques, constituant des traitements inhumains et dégradants. Ces affaires s’inscrivent dans un contexte plus large de préoccupations relatives aux abus et à la mendicité forcée des enfants talibés dans certaines écoles coraniques traditionnelles (daaras) au Sénégal. Ce problème longtemps dénoncé par les organisations de défense des droits humains continue d’étendre ses tentacules. À titre d’exemple, en janvier 2021, un maître coranique qui avait enchaîné ses élèves à Diourbel, suscitant l’indignation générale, a été placé en garde à vue puis emprisonné. Ces incidents soulignent la nécessité de réglementer et de moderniser les daaras, comme le suggèrent, depuis longtemps, de nombreux experts et organisations. D’ailleurs, les différents régimes que le Sénégal a connus se sont, à maintes reprises, engagés à se pencher sur cette problématique. Dans cette perspective, et pour marquer la rupture, le Chef de l’État, Bassirou Diomaye Faye, a annoncé, le 28 novembre 2024, lors de la Journée nationale des Daaras, la convocation des premières assises nationales des daaras. Ces échanges sont vivement attendus. L’initiative souhaite que le daara ne soit plus en marge, mais qu’il devienne un pilier reconnu et pleinement intégré dans la stratégie globale d’éducation au Sénégal.
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