La célébration du 70ᵉ anniversaire de la conférence des non alignés de Bandoung en avril 2025, pose la question de repenser le concept de « Sud Global ». Cette conférence historique d’avril 1955, qui s’était tenue dans un contexte d’opposition entre les blocs socialiste et capitaliste, avait jeté les bases d’une troisième voie pour les pays décolonisés.
Cette nouvelle appellation qui englobe l’ensemble des pays de la planète en dehors de l’Occident collectif (États-Unis, Europe, Australie, Japon, Corée du Sud entre autres) s’est matérialisée depuis la guerre en Ukraine en février 2022. À la suite de la guerre russo-ukrainienne, seuls les pays occidentaux et leurs alliés ont décidé d’appliquer les sanctions contre la Russie. Le reste des pays de la planète, fidèle aux principes de non-alignement, a décidé de rester neutre dans ce conflit.
Une dynamique qui a semblé démontrer l’émergence du « Sud Global » qui décide de ne plus s’aligner sur les intérêts de l’Occident. Cette posture de neutralité active révèle une transformation du système international où les États du Sud revendiquent une autonomie stratégique : ceci dans un contexte de perte d’influence de l’Occident qui ne représente plus la prééminence dans l’économie mondiale.
Ainsi, des organisations comme le BRICS+ (Brésil, Russie, Chine, Inde, et Afrique du Sud entre autres) représentent désormais 40 % de l’économie mondiale face au G7, groupe des 7 pays les plus riches, dont le poids ne cesse de décroître dans l’économie mondiale. Selon les projections de la Banque mondiale, seuls l’Allemagne et les États-Unis se maintiendront dans les 10 plus grandes économies du monde d’ici à 2050.
Cette bascule du centre de gravité du monde vers le « Sud Global » fait dire à l’ancien ambassadeur de Singapour aux Nations Unies Kishore Mahbubani que la fin de la parenthèse de la domination occidentale sur le monde (1800-2000) est d’ores et déjà achevée. Ainsi, le « Sud Global » se présente comme une alternative face à la domination occidentale, mais risque de devenir le nouveau champ d’affrontements entre puissances émergentes comme la Chine, l’Inde, la Russie et la Turquie.
Une logique de puissances qui prend le pas sur la volonté de bâtir une sécurité collective autour de valeurs qui ont jadis fait la renommée du Tiers-Monde. Les BRICS+ qui accueillent désormais près d’une dizaine de pays sont loin de constituer un bloc monolithique sur divers sujets. Si la Russie pousse vers une dédollarisation accélérée des échanges commerciaux, la Chine et l’Inde, grands bénéficiaires de la mondialisation se veulent plus prudents et réclament une plus grande influence dans les institutions financières comme le FMI et la Banque Mondiale. Ils se montrent peu enthousiastes à l’idée de rupture totale avec le modèle de gouvernance économique occidental.
Le retour de la doctrine Monroe en Amérique, la volonté de la Russie de reconfigurer son glacis protecteur, la volonté d’hégémonie chinoise en Asie du Nord-Est reconfigurent le retour des sphères d’influence dans le jeu géopolitique. En Asie du Sud-Est, le Cambodge et le Laos, États clients de la Chine, s’opposent à la Thaïlande, plus proche des Occidentaux. Cette résurgence des sphères d’influence régionales démontre que le multipolaire émergent risque de fragmenter le système international en zones d’hégémonie concurrentes.
La volonté de protéger ses routes d’approvisionnement risque de conditionner désormais la diplomatie internationale des nouveaux pays émergents. De ce fait, il faut assurer une meilleure représentation des pays du Sud au sein du Conseil de Sécurité des Nations Unies avec une augmentation du nombre de membres permanents et un siège pour l’Union africaine. Il convient également de limiter la portée du droit de véto pour les grandes puissances siégeant au Conseil de Sécurité en restreignant son usage dans un certain nombre de domaines.
Il est aussi capital de bâtir de nouvelles règles concernant la sécurité collective, la préservation des intérêts stratégiques de chaque pays et la mise en place de sphères d’influence pour éviter les chocs entre grandes puissances.

