Voilà ce que l’on récolte lorsqu’une décision n’est ni suffisamment réfléchie ni correctement élaborée : une déculottée. En clair, un revirement précipité, destiné à paraître politiquement correct. En moins d’une semaine, dans le cadre de ce qu’il est convenu d’appeler désormais le scandale « Softcare » – des couches pour bébé et des serviettes hygiéniques suspectées d’être fabriquées à partir de matières périmées -, nous avons assisté à une succession de communiqués et de contre-communiqués envoyés dans tous les sens, au point de brouiller complètement la compréhension des faits.
Pour l’Agence de régulation pharmaceutique (Arp), publier à quarante-huit heures d’intervalle deux textes aux contenus diamétralement opposés concernant une décision aussi lourde que le retrait d’un produit du marché est pour le moins déconcertant. Dans un système sérieux, ce type de mesure reposerait sur des certitudes scientifiques et réglementaires solides, et non sur des hésitations de dernière minute.
Qu’est-ce qui peut bien justifier un tel revirement ? L’entreprise concernée aurait-elle apporté des éléments tangibles ayant contraint le régulateur à se renier ? Si l’on cherchait une illustration parfaite du mot « cafouillage », l’Arp vient d’en fournir une définition grandeur nature.
Toujours est-il qu’à la lecture des communiqués du ministère de la Santé et du Syndicat autonome des médecins du Sénégal (Sames), il est difficile de ne pas soupçonner une anguille sous roche dans cette ténébreuse affaire. Certes, aucun élément ne permet d’affirmer l’existence d’un arrangement obscur, toutefois la brutalité du revirement, la précipitation avec laquelle l’Arp est revenue sur sa décision de retirer les produits Softcare du marché, puis la sortie fracassante des inspecteurs ayant mené la mission épaississent le doute.
Et si, d’aventure, ces soupçons légitimes ne se confirmaient pas, il s’agirait alors d’un dysfonctionnement grave et d’une négligence caractérisée. Ce qui est tout aussi inquiétant car cela signifierait que le gendarme de la conformité pharmaceutique est défaillant. Or, nous parlons ici d’une industrie où chaque décision engage directement la santé des populations.
À y regarder de près, ce méli-mélo n’est pas un fait isolé. Il s’inscrit dans un climat délétère qui gangrène l’Arp depuis plusieurs mois. Les querelles internes semblent avoir pris le pas sur la mission fondamentale de l’institution. Censée être une agence de contrôle de la conformité, elle gagnerait peut-être à régler d’abord ses contradictions internes avant de prétendre accomplir la mission pour laquelle elle a été mise en place.
Car, il faut le dire sans détour, le vaudeville auquel nous avons assisté relève de l’ubuesque. Inutile d’insister sur le fait que cela enlève toute crédibilité à cette agence. Cela va de soi.
Mais ce désordre n’étonnera personne dans un pays où l’on se complaît trop souvent dans des lourdeurs administratives injustifiées. Le pragmatisme se noyant dans des montagnes de paperasses produites par une administration lourde, lente et complexe. Les nombreux séminaires gouvernementaux organisés ces dernières années n’ont pas réussi à rendre cette administration plus souple ni plus efficace dans la prise en charge des besoins des usagers.
D’ici, on voit déjà certains rire sous cape : les vendeurs de faux médicaments. Ils doivent se demander comment un régulateur incapable de mettre de l’ordre dans ses propres rangs pourrait espérer perturber leur lucratif commerce.
Le ministère de la Santé a ordonné une enquête. Le député Guy Marius Sagna a demandé la démission du directeur général de l’Arp. Le Sames l’a cloué au pilori. Les inspecteurs ont jeté un pavé dans la mare.
Difficile, dans un tel contexte, d’imaginer un retour à la sérénité tant que des mesures fortes ne seront pas prises. Il est urgent que cette affaire soit tirée au clair. La crédibilité de notre pays est en jeu, à un moment où l’on tente de relancer une industrie pharmaceutique moribonde. Si l’institution chargée de contrôler l’ensemble de l’écosystème est elle-même minée de l’intérieur, il ne faut pas s’attendre à une guérison rapide.
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