C’est de saison. Pas celle des pluies, mais celle des inondations. Et les solutions qu’elles appellent sont, elles aussi, saisonnières. Dès que l’hivernage s’achève, on passe à autre chose. Jusqu’à la saison suivante. Et ainsi de suite.Voilà comment, depuis une trentaine d’années, nous buvons la tasse à chaque hivernage. Santé ? Non, déchantez ! Il y a une quinzaine d’années, les inondations frappaient surtout entre août et septembre. Depuis quelque temps, le phénomène se rappelle à nos mauvais souvenirs entre fin septembre et début octobre. La nature s’ajuste et se réajuste. Nous, les humains, restons statiques, les bras ballants, comme inhibés, tels des suppliciés d’une nuit passée à écoper la cour d’une maison envahie par les eaux. Fatalité, quand tu nous tiens !
Il aura suffi d’une « grosse » pluie – encore faudrait-il relativiser – sur Dakar et sa périphérie pour mettre à nu trente années de politique de lutte contre les inondations. À peine 138 mm d’eau. Ne nous méprenons pas : ce n’est pas tant qu’il pleut beaucoup à Dakar, c’est surtout que Dakar ne sait pas accueillir la pluie. En cause, notamment, une urbanisation mal maîtrisée et des erreurs répétées dans la gestion des eaux pluviales. Ce qui est un fléau chez nous est une bénédiction ailleurs.
Jusqu’ici, les gouvernements successifs ont surtout apporté des réponses ponctuelles. Dès la fin de l’hivernage, les efforts retombent et les interventions se font plus rares. Malgré les programmes lancés, les noms dont ils sont affublés et les milliards qui leur sont consacrés, les réponses structurelles tardent à produire des résultats durables. Le problème demeure. Or, la lutte contre les inondations ne peut pas se limiter à des interventions dans l’urgence. Elle doit reposer sur des solutions structurelles, préventives et durables.
Mais il faut croire que l’anticipation n’est pas notre fort, en particulier celui de nos autorités. Celles-ci semblent attendre le retour des inondations avant de réagir, sans prendre suffisamment de mesures préventives à la hauteur du problème.
À partir de 2005 notamment, année qui marque le début de la gestion des inondations sous sa forme actuelle, les efforts de lutte contre le phénomène se sont concentrés sur les zones alors désignées comme les « points noirs » de la banlieue : Médina Gounass, Djiddah Thiaroye Kao, Tivaouane-Diacksao, Dalifort-Forail, Guinaw Rail et Grand-Yoff, entre autres.
Dans le même temps, la prévention a été négligée dans d’autres zones exposées, comme les Maristes, la Zone de Captage et les Parcelles assainies. Les autorités pensaient sans doute que le lac des Maristes et le bassin de la Zone de Captage suffiraient à protéger les quartiers environnants. C’était sans compter avec les actions anthropiques et les effets de l’eau, qui finit toujours par trouver son chemin.
Aujourd’hui, le phénomène s’est déplacé. On parle moins des anciens « points noirs », tandis que les projecteurs sont désormais braqués sur les Maristes, la Zone de Captage, les Parcelles assainies, mais aussi Keur Massar. Et la même scène se répète : des populations en détresse, des maisons envahies par les eaux et des quartiers paralysés. Le décor change, mais le scénario reste le même.
L’ironie de l’histoire, c’est que certaines des populations aujourd’hui durement touchées à Keur Massar avaient été déguerpies de Médina Gounass, de Djiddah Thiaroye Kao et d’autres zones inondables. Elles ont été réinstallées à Jaxaay, sans que les travaux d’assainissement nécessaires aient été réalisés au préalable. Les mêmes causes produisent les mêmes effets.
Tout a été dit, redit et répété sur les solutions. Les options sont connues, tout comme les pistes à suivre. Pour les zones les plus exposées, le déplacement d’une partie des populations vers des sites adaptés, aménagés et dotés d’infrastructures d’assainissement constitue la solution durable à envisager sérieusement. Le site de relogement de Jaxaay illustre les erreurs à ne pas reproduire. Celui de l’Apix, à Tivaouane Peul nous offre, lui, un modèle à privilégier.
Inutile, une fois encore, de multiplier les ateliers, les séminaires et les conférences, au risque de rogner sur les 921 milliards de FCfa annoncés sur 15 ans. Nous savons ce qu’il faut faire. Le véritable défi est désormais de passer des paroles aux actes.
elhadjibrahima.thiam@lesoleil.sn

