Le journaliste Mamadou Kassé, ancien rédacteur en chef du quotidien Le Soleil, a rendu l’âme, avant-hier, dimanche 16 août. C’est la disparition d’un professionnel rompu à la tâche, qui avait foi au journalisme, et dont la plume ne s’est cassée qu’avec le décès.
Jusqu’à ses ultimes souffles, Mamadou Kassé est resté fidèle au journalisme, à la plume, à la réflexion et à la production intellectuelle.
Quand, tard dans la nuit d’avant-hier, dimanche 16 août, vers minuit, son décès a été annoncé sur différentes plateformes digitales, beaucoup d’internautes et de ses amis ont été transis par la brutalité de la malheureuse nouvelle.
Le choc de la perte de cet être cher a été accentué par le fait qu’il avait publié sur Facebook, en fin d’après-midi, une contribution sur le football, proposant au prochain entraîneur de l’équipe nationale A des clefs de réussite.
Feu Mamadou Kassé prononçait ainsi sa passion du football, et des sports en général, qu’il avait déjà nourrie avant celle du journalisme.
Dans un témoignage partagé hier, sur son profil Facebook, le journaliste et consultant international Adama Gaye confirmait cette disposition. « Depuis qu’il jouait au Modèle de Mbao, comme grand ailier de ce club en 1re division, et auparavant au sein du club de navétanes Résistance du quartier Kasnack à Kaolack, son talent footballistique ne faisait l’ombre d’un doute », écrit Adama Gaye, qui a recroisé le chemin du défunt au Centre d’études des sciences et techniques de l’information (Cesti) à la fin des années 1970.
Sportif en tout point Mamadou Kassé, surnommé «Badou », fait partie de la 6e promotion du Cesti, de l’année 1978.
Il intègre dès sa sortie la rédaction du quotidien Le Soleil, s’installant aussitôt au desk Sports pour affirmer et combiner ses deux passions : le sport et le journalisme.
« Il faisait alors partie d’une remarquable cuvée de jeunes journalistes spécialisés dans la couverture du sport sous le mentorat de Cheikh Tidiane Fall dit Chetifa et Serigne Aly Cissé (Sac), le maître incontesté. Avec lui, Cheikh Tidiane Djigo, puis, plus tard, de jeunes pousses, tel le prolifique et talentueux Babacar Khalifa Ndiaye, firent la pédagogie d’un football en lutte pour échapper à son signe indien, ne parvenant pas à gagner de grands trophées », poursuit Adama Gaye.
Cependant, en intellectuel curieux et friand d’aventures, Mamadou Kassé a aussi exploré les autres desks, où il fera preuve de sa rigueur réputée.
Dans le réputé service Nation du journal Le Soleil, au milieu des années 1980, il a dirigé les desks Santé, Environnement et Education.
Des questions sur lesquelles il deviendra, plusieurs années plus tard, un consultant attitré.
Cette polyvalence, en plus de ses qualités d’homme et de professionnel aguerri, fera de lui le rédacteur en chef central du quotidien Le Soleil.
Elle lui a également valu les postes de chargé de communication au ministère de la Communication, période où il pilota d’ailleurs le projet de Maison de la presse.
Feu Mamadou Kassé a aussi officié au ministère de l’Education nationale.
Ensuite, il siégera au service communication de l’Office national de lutte contre la corruption (Ofnac).
Le défunt était aussi revenu au Cesti, trente ans plus tard, en tant qu’enseignant.
Dispensant des cours de presse écrite, ses étudiants gardent le souvenir d’un homme sympathique, agréable, qui avait la conversation facile et utile.
Figure paternelle, style chaleureux, approche quasi débonnaire, Mamadou Kassé transformait systématiquement sa classe en salle de rédaction.
Avec lui, ses étudiants avaient toujours ce sentiment d’avoir en face d’eux un confrère.
Plume inlassable
« C’est quelqu’un qui nourrissait la confraternité, justement. Quand, jeunes stagiaires, en 1995 ou 1996, nous le trouvions ici dans la rédaction, il nous traitait déjà comme des confrères, du haut de son statut et de son expérience », se remémore Samboudian Kamara, rédacteur en chef adjoint de Le Soleil.
Malick Ciss, lui, retient un homme qui gardait « Le Soleil au cœur ».
Même malade et à la retraite, dit le directeur adjoint des rédactions, « Kassé ne cessait d’appeler pour discuter du Soleil, prodiguer des conseils, donner son avis ».
Mamadou Kassé réservait même l’exclusivité de ses contributions à notre quotidien, poursuit M. Ciss, pour qui le défunt se distinguait par sa générosité et son sens de l’écoute.
Quelques instants après l’annonce du décès, Mamadou Koumé, ami et confident du défunt, a confié que feu Mamadou Kassé l’a contacté « il y a deux jours ».
« Il m’a appelé pour me dire qu’il avait fini d’écrire un livre sur le football et qu’il voulait que je le préface », révèle M. Koumé.
Il se souvient d’un homme qui, « malgré les épreuves de la maladie, avait fait de l’écriture un refuge, presque une thérapie ».
En effet, très prolifique, feu Mamadou Kassé s’est distingué ces derniers mois, voire années, par ses décryptages et ses contributions sur les questions d’actualités.
Dans son témoignage, Cheikh Tidiane Fall, ancien rédacteur en chef du Soleil, confie que ses discussions avec le défunt portaient souvent sur la nécessité de bien encadrer les jeunes journalistes pour atténuer les dérives constatées dans la profession.
« Ce rôle, il l’a bien joué sans relâche durant de longues années en intervenant au Cesti et lors d’ateliers de formation. Et toujours avec la même générosité et un engagement sans faille. Ces derniers temps, il m’arrivait de me demander pourquoi il ne s’éloignait pas de cette pression quotidienne de produire des textes malgré la maladie. J’ai ensuite compris que c’était pour lui une manière de s’occuper, de vivre sa passion jusqu’au bout et tout simplement de s’accrocher à la vie. Finalement, il a perdu ce grand dernier match qu’il a disputé avec un courage exemplaire et la foi », a réagi l’ancien journaliste sportif Cheikh Tidiane Fall.
« Je suis complètement dévasté par cette terrible nouvelle qui nous tombe dessus si brutalement. L’ami et confident Mamadou Kassé nous a donc quittés ! Et en homme civilisé, courtois et discret, il l’a fait sur la pointe des pieds. Comme s’il ne voulait déranger personne. (…) La profession a perdu un professionnel aguerri et multidimensionnel et, ce qui ne gâte rien, si perméable à l’humour et à la rigolade », a pleuré, pour sa part, le journaliste Mamadou Amath.
Mamadou Kassé a été inhumé à Touba, hier lundi 17 août, après la levée du corps à la grande mosquée de son quartier, Hlm Grand Médine.
Le Soleil présente ses condoléances les plus attristées à la famille du défunt et prie pour le repos éternel de son âme.
Par Mamadou Oumar KAMARA

