Routes éventrées, habitations inondées, commerces dévastés : le quartier de Yoff Mbenguène porte encore les stigmates de la nuit pluvieuse du 4 octobre.
La nuit a été longue. Très longue. Sous des trombes d’eau, Dakar a vu ses rues se transformer en torrents, ses maisons prendre l’eau et ses routes céder sous la violence des précipitations.
Ce dimanche 4 octobre, une pluie torrentielle s’est abattue sur la capitale sénégalaise, occasionnant d’importants dégâts matériels et des pertes humaines. Selon les données de l’Agence nationale de l’aviation civile et de la météorologie (ANACIM), 142 mm de pluie ont été enregistrés sur l’ensemble du territoire, un niveau record.
Au lendemain de cette nuit passée sous les eaux, plusieurs quartiers de Dakar se sont réveillés dans le désarroi. À Yoff, et plus particulièrement dans le secteur de Yoff Mbenguène, les stigmates de la tempête sont encore visibles.


Sur l’avenue Bayda Mbengue, le bitume a littéralement volé en éclats. De profonds cratères éventrent la chaussée. Ces nids-de-poule géants paralysent la circulation et obligent les automobilistes à emprunter d’interminables détours.
Face à l’urgence, les habitants n’ont pas attendu pour agir. Ils se sont mobilisés afin de dégager les passages obstrués et de rendre, autant que possible, les voies praticables.
Mame Ousmane Samb, figure d’autorité communautaire du quartier, s’est rendu sur place pour constater l’ampleur des dégâts. Carnet et stylo en main, il ne cherche pas de coupable. Il préfère interpeller les habitants sur leur propre responsabilité.

« Cela nous interpelle directement sur notre citoyenneté et notre responsabilité collective. On ne peut accuser personne, mais cela doit nous interroger sur notre posture. Au premier chef, au niveau local, c’est à la communauté d’agir. Arrêtons de pointer du doigt un tel ou un tel, nous devons nous réveiller et faire preuve d’esprit républicain. »
À Yoff Mbenguène, la solidarité ne se limite pas aux rues. Elle s’invite jusque dans les maisons.
Dans une concession totalement envahie par les eaux, les voisins s’activent sous le regard impuissant du propriétaire. Les pieds dans l’eau, pantalons retroussés, des jeunes forment une véritable chaîne humaine. Seaux à la main, ils écopent les pièces, tentant, tant bien que mal, d’arracher l’habitation aux griffes de l’inondation.
Vague d’élan de solidarité
Pour Baye Mor Mbengue, le constat est sans appel. Selon lui, ces inondations seraient liées à l’état défectueux du canal d’évacuation installé dans le secteur.
« Ces inondations sont le résultat d’un canal défectueux. L’ouvrage d’évacuation installé ici est fissuré et endommagé sur le dessus. En s’approchant, on sent bien qu’il fragilise tout le sol. Si une autre pluie importante tombe, les dégâts seront encore plus graves », s’insurge-t-il.

Vêtu d’un ensemble Baye Lahad bleu et chaussé de sandales, l’homme ne cache pas sa colère contre les autorités locales. Il dit notamment tenter, depuis la veille, de joindre l’adjoint au maire, sans succès.
« Ce genre de situation devrait les empêcher de dormir. S’il réalisait la charge de la responsabilité qu’on lui a confiée, cette responsabilité dont Dieu lui demandera compte au Jour du Jugement, c’est un enfant de Yoff, il sait parfaitement que lorsqu’il pleut ici, les gens souffrent énormément. Il aurait dû venir tôt ce matin et passer la journée à nos côtés pour constater les faits. Mais il n’y a personne de la mairie, personne ! »
Un peu plus loin, l’atmosphère est tout aussi lourde sur la plage dite « Frigo », où sont stationnées de nombreuses pirogues.
Dans une case voisine, les notables lébou se retrouvent et échangent à voix haute sur la situation. À quelques mètres de là, le spectacle est saisissant : un restaurant s’est littéralement effondré sous la pression des eaux.
Le matériel a été englouti par la terre et les flots. Du restaurant, il ne reste presque plus rien. Seuls une table et deux bancs ont résisté.

Coumba Kitane, l’une des gérantes de l’établissement, contemple les ruines avec une tristesse contenue.
« Nous étions parties à un événement. C’est à notre retour que nous avons découvert l’astreinte. Le restaurant s’est effondré devant certains habitants qui, effrayés, n’ont rien pu faire. C’est très difficile de regarder ses biens disparaître ainsi sous ses yeux. »
La trentaine passée, elle énumère les pertes, comme pour mesurer l’étendue du désastre.
« Nous avions trois bouteilles de gaz ici, nous n’en avons retrouvé que deux. Et là-bas, les barriques qui contenaient nos réserves de riz ont toutes été emportées par les eaux. »
À Yoff Mbenguène, les eaux ont peut-être commencé à se retirer, mais elles ont laissé derrière elles un lourd bilan. Routes défoncées, maisons inondées, commerces détruits et habitants inquiets : les traces de la nuit du 4 octobre sont partout.
Et alors que le ciel reste menaçant, l’urgence, elle, ne se compte plus en heures.
Reportage Fatou NGOM


