Poète de génie, biographe de Cheikh Ahmadou Bamba et maître incontesté du « wolofal » (littérature en langue wolof), Serigne Moussa Ka (1891-1966) a consacré l’essentiel de son œuvre à célébrer la vie, les enseignements et le combat spirituel du fondateur du mouridisme.
Par la richesse de sa production littéraire et la profondeur de son inspiration, Serigne Moussa Ka, a gravé son nom dans les annales du mouridisme. Disciple proche de Cheikh Ahmadou Bamba, il prêta allégeance au guide spirituel par l’entremise de son père, Serigne Ousmane Ka, plus connu sous le nom de Modou Ngagne Awa. À Touba, son héritage continue d’être perpétué par ses descendants. Rencontré à son domicile, à Ndame, Cheikh Abdoul Ahad Ka, petit-fils de Serigne Moussa Ka, évoque avec fierté la mémoire de son grand-père. Fils de Serigne Cheikh Kabir Ka, premier khalife de la famille de Serigne Moussa, il poursuit aujourd’hui la mission de préservation et de transmission de cette œuvre monumentale. D’emblée, il rappelle l’origine du surnom qui accompagne encore aujourd’hui la mémoire de ce grand chantre du wolofal. « On l’appelait « wërékane », c’est-à-dire l’inspiré. Une inspiration qu’il a mise au service de Cheikh Ahmadou Bamba, en chantant ses vertus, en racontant son histoire et en vulgarisant son enseignement. « C’est l’un des historiens les plus autorisés de Serigne Touba », explique Ahad Ka. Serigne Moussa Ka est né en 1891 à Kanka, une localité située dans la commune de Touba. Bien qu’il fût lié à Cheikh Ahmadou Bamba par des liens de parenté, il choisit toujours de se présenter avant tout comme un disciple. « Il n’a jamais mis en avant sa proximité familiale avec Serigne Touba. Tout comme son père, il a préféré la posture du talibé, entièrement dévoué à son guide et à la mouridiyya », souligne son petit-fils. Lorsque Serigne Moussa commença à composer des poèmes à l’endroit de Serigne Touba, celui-ci l’en avait dissuadé dans un premier temps. Mais c’était sans compter avec la détermination de Serigne Moussa. « Il a fait comprendre au Cheikh que c’est en récompense aux chants qu’il compose pour le prophète de l’Islam que lui-même a choisi de l’honorer en chantant ses louanges », rapporte le petit fils. À partir de ce moment, Serigne Touba l’a béni tout en lui assurant que ses chants auront davantage de valeurs, plus tard à la disparition de son destinataire. « Djalloré guinaaw borom (les hauts faits d’un homme se racontent surtout après sa mort) lui a-t-il assuré », souligne Ahad Ka.
C’est ainsi, qu’à la suite du décès du fondateur du mouridisme que Cheikh Moussa s’est pleinement investi dans le wolofal en composant des poèmes qui renseignent sur l’hagiographie de Serigne Touba. Au-delà de Serigne Touba, ses écrits évoquent l’histoire de l’essentiel des figures religieuses du pays telles que El hadj, Malick Sy, Seydina Issa Laye, Baye Niass ou encore Serigne Babacar Sy. Des textes comme « Xarnu bi », « Nattoo di kerkéraane », « Yeurmeundé », ou encore « Ndiouthe-ndiathie » sont des condensés de leçons de vie pour toute personne qui veut se mettre sur le droit chemin, précise son petit-fils.
Souleymane WANE

