Marie-Thérèse, vous connaissez peut-être son nom, mais peu connaissent l’étendue de son parcours. Marie-Thérèse SENGHOR-BASSE est pionnière dans la médecine au Sénégal, première femme diplômée de la Faculté de médecine de Paris en 1957, et sa vie est un témoignage de courage, de détermination et d’innovation.
Née à Rufisque en 1930, elle quitte très tôt son pays pour étudier à Paris, consciente que le chemin vers l’excellence se construit à la force de l’effort et de la persévérance. À son retour, elle ne se limite pas aux salles d’hôpital. Elle part exercer en Guinée, notamment à Conakry et à Boké, confrontée aux réalités difficiles de populations en pleine construction nationale. Cette expérience façonne sa vision : la santé ne se limite pas aux hôpitaux, elle se joue aussi dans l’alimentation, la prévention et l’éducation.
De retour au Sénégal, elle dirige le centre de protection maternelle et infantile puis devient médecin-inspecteur des écoles. Mais son génie se révèle pleinement lorsqu’elle prend la direction de l’Institut de technologie alimentaire en 1968. Elle transforme les céréales locales, invente des pains au mil et au maïs, des jus de fruits concentrés et des produits carnés adaptés aux familles sénégalaises. À la télévision et lors des grandes foires nationales, elle montre au public que la science peut changer le quotidien, que la nutrition est un levier concret pour améliorer la vie des Sénégalais.
Elle publie également plusieurs travaux scientifiques et essais qui restent des références, consacrés au rôle des femmes dans l’économie, au transfert de technologies, à la coopération industrielle et au développement endogène par l’alimentation locale.
En parallèle, elle incarne la diplomatie scientifique. Entre 1961 et 1966, elle représente le Sénégal auprès de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture à Rome. Elle participe à des programmes internationaux de lutte contre la faim et de sécurité alimentaire, siégeant dans plusieurs instances de l’Organisation des Nations unies jusqu’à la fin des années 1980. Même à 51 ans, alors qu’elle est mère de six enfants et déjà conseillère technique à la Primature, elle reprend ses études en gestion pour décrocher un MBA, prouvant que la détermination ne s’éteint jamais.
Marie-Thérèse BASSE a également exercé une influence directe auprès des dirigeants sénégalais, conseillant le Premier ministre Habib Thiam puis le président Abdou Diouf, apportant son expertise scientifique et administrative au service du pays. Après sa retraite, elle s’investit dans le secteur privé tout en restant une référence dans le domaine de la nutrition et du développement local.
Son parcours est couronné de nombreuses distinctions nationales et internationales, parmi les plus élevées du Sénégal, de la France, de l’Italie et d’organisations internationales, récompensant son engagement scientifique, diplomatique et social.
Marie-Thérèse BASSE a marqué chaque lieu où elle est passée. On se souvient de ses démonstrations à la télévision, de ses innovations alimentaires, de ses contributions aux politiques publiques, de son influence dans les institutions internationales.
Elle s’est éteinte le 14 décembre 2019 à Dakar, laissant derrière elle des traces solides dans les foyers, les laboratoires et les esprits.
Papa Abdoulaye SY


