Mamadou Cissé, ancien directeur de l’Imprimerie nationale, Alioune Badara Mbengue, ancien ministre de Senghor et Abdou Diouf, Babacar Dieng dit Mbaye, ancien chef de service de la voirie de Rufisque, Babacar Ndiaye Ndioro, Ousmane Sène Blay, ancien responsable des Jeunesses socialistes, Doudou Keita, Ousseynou Niang, Mbaye Diop Vézia, Babacar Mandaw Diouf de Bargny, Lamine Diagne, Mansour Mbaye, Mbaye Jacques Diop (plus tard) et d’autres imminents politiciens… des compagnons. Qu’est-ce qu’ils avaient en commun ? Voici des hommes qui ont rythmé la vie politique de Rufisque pendant les années de l’UPS et du PS sous Senghor et Abdou Diouf. Des hommes qui ont cheminé ensemble, des hommes qui ont construit une grande camaraderie. Ces hommes ont marqué notre histoire politique récente rufisquoise.
Au milieu de ces hommes, il y avait Khar Mbaye Madiaga, la cantatrice. Elle n’était pas la cantatrice dans ce groupe. Khar Mbaye Madiaga a été la “Grande Royale” qui avait le pouvoir de maintenir l’équilibre entre ces fortes têtes de la nation et les dignes fils de Rufisque. En fait, elle était le régulateur de ce groupe. Tout petit, quand elle venait à la maison, je la voyais au milieu de ces hommes. Je la voyais faire rire ces hommes. J’écoutais leurs conversations et j’en apprenais. Khar Mbaye a défendu auprès de ces hommes, bien avant l’heure, la cause de la femme. Ce n’était donc pas un hasard si nos mamans, les femmes de ces hommes, avaient une grande complicité avec elle et qu’elles lui vouaient un grand respect au sein du fameux Groupe des 12. C’est le lieu de rendre hommage à ce Groupe des 12. Il était constitué des femmes d’hommes politiques, dont Adja Nafi Ndoye, Ndeye Sokhna Kane, Mame Yacine Diop, Khar Mbaye Madiaga, Seynabou Faye, Fatou Dieng Fleur, Marème Tall Diop, Meïssa Diagne Cadre, Maréme Tall Diop, Ndeye Marie Gueye, Ndeye Coumba Diakhaté, Marianne Ly, Ngoya Kâne, Nafié Ndiaye, Fatou Binetou Diop, Adji Diarra Diop, Adja Lala Diop, et d’autres qui ont rejoint le groupe. Elles ont su utiliser les leviers, surtout le conseil municipal où siégeaient leurs maris dont elles disposaient pour faire avancer de grosses causes et faire prendre des décisions d’appui aux groupes de femmes. Khar Mbaye en était un éminent membre.
Auprès de ces politiciens, Khar Mbaye défendait aussi la cause des enfants et le droit à l’éducation. N’est-ce pas elle qui disait : « Xaleyi ku leen jurul yërëm leen » ? C’est ainsi aussi qu’elle faisait bien le plaidoyer pour l’octroi de bourses d’études pour les enfants de Rufisque, pas ses enfants biologiques. Feu Badara Mamaya Sène a pu bénéficier de ces bourses pour aller étudier en France. Il le doit grandement à Khar Mbaye. Khar Mbaye ne manquait pas d’occasions de faire des piqures de notre histoire à ces hommes et à leurs enfants. Dans la cour de notre maison, elle nous rassemblait pour ces cours magistraux.
Aujourd’hui tous ces hommes ont disparu, elle vient de boucler la boucle en les rejoignant au ciel. Cette page des hommes et femmes qui ont eu des ambitions pour Rufisque et qui ont consacré beaucoup de choses et dédié leur vie à Rufisque vient d’être définitivement tournée avec la disparition de Khar Mbaye Madiaga. Heureusement, avant de partir, elle a joué sa dernière partition avec la maison de la culture de Rufisque. D’autres hommes, d’autres femmes, des jeunes ont pris les rennes, prions qu’ils-elles puissent avoir d’autres Khar Mbaye à leurs côtés pour le rôle invisible, désintéressé et Ô combien important ! qu’elle a joué pour guider, influencer, inspirer ces hommes et veiller à ce qu’ils restent humains.
Sidy Moctar Cissé, consultant formateur


