Le Conseil des ministres du 06 mai 2026 a marqué une étape importante dans l’évolution du dialogue social et des réformes du travail au Sénégal. Parmi les annonces majeures figure la ratification de la Convention n°190 de l’Organisation internationale du Travail (OIT) relative à l’élimination de la violence et du harcèlement dans le monde du travail.
Au-delà de sa portée juridique et sociale, cette décision ouvre une nouvelle perspective pour les professionnels de la santé, sécurité et environnement (HSE/QHSE), les entreprises, les administrations publiques ainsi que l’ensemble des acteurs du monde du travail.
De la prévention classique à la prévention holistique
Pendant longtemps, les politiques de santé et sécurité au travail ont principalement porté sur les risques physiques : accidents, chutes, incendies, expositions chimiques, bruit ou encore ergonomie. Désormais, la prévention s’étend officiellement aux risques psychosociaux, reconnaissant que la santé d’un travailleur ne peut être dissociée de son environnement humain, relationnel et organisationnel.
La Convention OIT n°190 consacre ainsi une approche plus moderne et plus complète de la prévention. Harcèlement moral, violences verbales, intimidations, discriminations, abus de pouvoir ou encore climat de travail toxique deviennent des enjeux à traiter avec le même sérieux que les autres risques professionnels.
Transformer les pratiques organisationnelles
Cette évolution pourrait transformer durablement les pratiques des organisations. Les politiques HSE devront intégrer davantage la protection de la dignité humaine et du bien-être psychologique. Les enquêtes internes ne se limiteront plus uniquement aux accidents matériels ou corporels, mais devront aussi prendre en compte les situations de violence ou de harcèlement pouvant affecter la santé mentale des travailleurs.
Les entreprises seront également amenées à renforcer leurs mécanismes d’alerte, de signalement et de gestion des plaintes. La formation des managers, superviseurs et responsables opérationnels deviendra essentielle afin de promouvoir un leadership fondé sur le respect, l’écoute et la prévention des comportements inappropriés.
L’impact économique souvent sous-estimé
Cette réforme intervient dans un contexte où plusieurs études internationales démontrent que les risques psychosociaux ont un impact direct sur la performance, l’absentéisme, la motivation des équipes et la productivité globale des organisations. Un environnement de travail dégradé peut entraîner des conséquences humaines importantes, mais aussi des coûts économiques considérables.
Un signal d’engagement pour la concertation sociale
Vers une vision plus humaine du travail
La ratification de la Convention OIT n°190 rappelle finalement une réalité fondamentale : la sécurité au travail ne se résume pas à l’absence d’accidents. Elle implique aussi la création d’un environnement professionnel respectueux, équilibré et protecteur de la santé physique, mentale et sociale des travailleurs.
Le Sénégal franchit ainsi une étape importante vers une vision plus humaine et plus moderne du monde du travail.
Papa Dieye
Manager QHSE et Bien-être au Travail


