Situé dans la commune de Bambali, Bounkiling Diola, qui signifie « une seule maison en diola », est un village plus que centenaire. La localité attire par sa quiétude et les infrastructures qui y émergent. Toutefois, le blocage de la ferme de neuf hectares offerte par l’Agence nationale d’insertion et de développement agricole (Anida) inquiète ses habitants.
SÉDHIOU – Le soleil n’est pas encore au zénith, ce samedi 30 mai, mais peu d’hommes et de femmes sont visibles dans les champs situés le long de la route qui mène au cœur du village de Bounkiling Diola. En préparation de l’hivernage qui s’est annoncée avec deux faibles pluies dans cette partie du pays, la plupart ratissent les herbes mortes, donnent quelques coups de coupe-coupe aux buissons avant l’étape du labour.
Debout à l’entrée de sa concession, un vieil homme au regard attentif se précipite pour rejoindre un groupe assis en cercle sous un jeune manguier. « Nous tenons une réunion pour la mise en place d’une équipe de contrôle et de gestion de notre nouvelle boutique. Elle nous a été offerte par l’Ong Direct Aid », souffle-t-il.
Lui, c’est Insa Badji. Le visage radieux, il a été choisi, depuis 7 ans, comme chef de village de Bounkiling Diola. Âgé de 73 ans, son grand-père a fondé le village il y a de cela plus d’un siècle et demi. À sa mort, la localité a été désertée. Les uns ont migré vers Marsassoum, les autres à Goudomp et à Ziguinchor. La nature ayant horreur du vide, la brousse s’est installée.
Des années après, le père d’Insa, Boubacar Badji, décide de revenir dans sa terre natale pour ressusciter le village.
Village fondé il y a plus de 150 ans
Ce voyage vers le domaine fondé par ses aïeux a coïncidé avec le règne de Babou Konaté, chef de canton du Boudié en ce temps-là. Boubacar Badji était un éleveur et un chasseur. Grâce à son habileté devant le gibier, les Mandingues l’avaient surnommé « Fa », dérivé de l’expression « ay fa » (il l’a tué en langue mandingue).
« Mon père rencontra alors Daour Guèye, un interprète auprès du pouvoir colonial. Il voulait qu’on lui permette officiellement de s’installer sur la terre de ses parents », explique Insa Badji.
Daour et Babou Konaté (chef de canton) tentèrent en vain de le convaincre à habiter dans la circonscription du village de Sédhiou où il y avait assez d’espace. Pour Insa Badji, cette volonté de demeurer un peu loin de la ville découle du fait que son père détenait un troupeau.
« Il ne pouvait que s’éloigner pour éviter que ses bêtes ne portent préjudice à la communauté », commente-t-il.
Aujourd’hui havre de paix, Bounkiling Diola, une terre fertile pour l’agriculture et propice à l’élevage, aiguise les appétits. Sur le long de la piste qui traverse le village, il n’est pas rare de tomber sur une superficie aménagée pour un verger. Ici, la terre est bonne, la nappe d’eau abondante, les vallées riches et la brousse touffue. De gigantesques manguiers s’imposent dans le paysage.
« À Bounkiling Diola, nous vivons de la terre », rappelle le chef de village.
Des infrastructures publiques
Dans le département de Sédhiou, d’importantes infrastructures publiques, telles que l’hôpital régional Amadou Tidiane Bâ, le Lycée nation armée pour la qualité et l’équité (Lynaqe) et le stade départemental, ont pu sortir de terre grâce au foncier mis à disposition par les populations du village.
Cette touche de modernité a accéléré l’accroissement de la population. Bounkiling Diola suscite, dès lors, des convoitises.
« Nous demandons 25 000 FCfa pour céder un terrain de 400 m2. J’ai cru qu’il faut faire comme Dakar, Saint-Louis. Le développement de la population favorise l’implantation d’infrastructures », estime Insa Badji qui a vécu presque 40 années à la capitale comme transitaire.
Dans le village, les populations reconnaissent que les sept années de chefferie d’Insa Badji ont profité à Bounkiling Diola. Conseiller à la commune de Bambali à laquelle est rattaché le village, il a œuvré pour l’électrification et la construction d’un château d’eau dans sa localité.
Ces investissements de l’État sont une aubaine pour les villageois. Cependant, Insa et ses administrés nourrissent des inquiétudes. Accueillant la mise en œuvre du projet Anida sur une superficie de neuf hectares, ils craignent de voir leur rêve de moderniser la pratique culturale se briser, car le processus a été suspendu en raison d’un problème foncier.
Le chef du village prépare une mobilisation pour l’ouverture de la ferme.
« Le dossier est entre les mains de la justice. Mais, je suis sûr que nous allons commencer à produire sur cette superficie ; Bounkiling Diola sera comme les grandes régions européennes de production agricole », affirme-t-il.
Jonas Souloubany BASSÈNE (Correspondant)

