C’est à la sortie de la commune de Dahra que s’écrit l’histoire de la rencontre entre le pastoralisme et la zootechnie moderne. Cette aventure, ô combien déterminante, est antérieure à l’indépendance du Sénégal. Créé en 1930 avec une vocation sous-régionale, ce qui deviendra le Centre de recherches zootechniques (Crz) a d’abord été conçu pour promouvoir l’élevage équin. À partir des années 1950, il est devenu un haut lieu des sciences vétérinaires, essentiellement consacré à l’amélioration génétique et à la santé animale. Depuis, son impact est visible sur le cheptel local, à travers les travaux du Centre national d’amélioration génétique (Cnag) et du Haras national qu’il abrite. Cependant, le Centre et ses différentes entités dépérissent, faute de ressources humaines et de moyens techniques.
À quelque quatre kilomètres de la ville, se trouve le Centre de recherches zootechniques de Dahra. Perdu au milieu de nulle part, son portail se dresse solitairement au milieu des hautes herbes vertes, abreuvées par les eaux de pluie, qui se raréfient d’ailleurs. C’est du moins ce que semble indiquer la piste poussiéreuse menant à l’intérieur du domaine.
En ce jour ouvrable, la journée commence timidement, dans un calme qui contraste avec l’agitation des grandes agglomérations. Ici, le temps semble figé. Le bâtiment qui a accueilli le premier haras à l’époque coloniale paraît vouloir s’incruster dans la végétation. Il a fini par se fondre dans le décor. En dehors de la symphonie habituelle de la brousse, assurée par les insectes tapis dans la végétation, rien ne vient troubler la quiétude des lieux. La poignée de personnes qui travaillent sur place entame la journée avec une sorte de nonchalance qui pourrait susciter l’envie.
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Le Centre de recherches zootechniques est principalement composé de trois entités relativement autonomes : le Haras national, l’Unité de production de vaccins antibactériens et le Centre national d’amélioration génétique (Cnag). Chacune, à son niveau, a contribué à façonner l’élevage sénégalais tel qu’il se présente aujourd’hui. Cependant, cette contribution scientifique de premier plan ne transparaît pas dans l’état des locaux, fortement marqués par l’usure du temps, le manque criant de personnel et l’insuffisance du matériel. Le Haras national en est une parfaite illustration.
Un Haras national sous perfusion
Les installations du Haras national sont nichées quelque part dans l’enceinte du Crz Pour s’y rendre, il faut arpenter des sentiers, contourner des enclos vides et traverser un silence assourdissant, qui laisse présager un faible peuplement animal. La pancarte indiquant le haras subit de plein fouet les rayons impitoyables du soleil. À l’entrée se trouve une maison de fonction occupée par le chef de service et sa famille. La grande cour est quasiment vide. Au fond de cet espace, un vieux véhicule de service témoigne de la situation du haras.
Le seul employé permanent du haras est le directeur lui-même. Ingénieur des travaux d’élevage, Mouhamed Diouf occupe le poste de chef de service depuis quatre ans. Sa principale mission consiste à contribuer à l’amélioration génétique des chevaux. « Nous disposons d’étalons pur-sang anglais et arabes qui nous viennent du Maroc et de la France. C’est avec ces étalons que nous procédons aux croisements. Des éleveurs amènent leurs juments pour les faire reproduire. Le croisement se fait par insémination », explique-t-il. Mais la demande dépasse largement les capacités du haras. Même si l’insémination reste subventionnée par l’État – l’éleveur paie 13.000 FCfa pour cette opération -, il n’en demeure pas moins que beaucoup reste à faire.
Mouhamed Diouf travaille du lundi au samedi, avec trois jours passés au Centre et trois autres consacrés au terrain. Selon le chef de service, le premier problème réside dans le nombre insuffisant d’étalons. Sur les 24 boxes disponibles, seuls 10 sont occupés, soit moins de la moitié de la capacité d’accueil du centre équin. « Actuellement, je suis obligé de faire une pause pour permettre aux chevaux de se reposer. Nous n’en avons pas assez et il y a trop de juments qui arrivent pour être inséminées », confie-t-il avec passion, malgré des conditions de travail difficiles.
À cela s’ajoute le manque de personnel, qui complique davantage sa tâche. « Je suis le seul personnel technique ici, avec tout le travail qu’il y a à faire au laboratoire et dans l’écurie », souligne-t-il.
Il précise toutefois que trois palefreniers sont chargés de l’alimentation et du nettoyage des chevaux. Mais, sur le plan technique, il reste seul à assurer les différentes missions du haras. Les difficultés concernent également le matériel technique qui, lorsqu’il existe, est souvent vétuste. Une « aubaine », peut-être, pour les nombreux étudiants venus des grandes universités du pays, qui peuvent ainsi se confronter aux réalités du terrain !
Une situation presque similaire prévaut au Centre national d’amélioration génétique (Cnag). Là-bas, toutefois, les étudiants de l’École inter-États des sciences et médecine vétérinaires (Eismv) disposent au moins d’un microscope encore fonctionnel.
Par Assane FALL

