Face à l’essor des médias et des plateformes numériques, le Conseil pour l’observation des règles d’éthique et de déontologie dans les médias estime qu’un renforcement de ses moyens est devenu une nécessité pour garantir une autorégulation efficace. Le Cored a tenu son Assemblée générale ordinaire, samedi 4 juillet 2026, à la Maison de la presse Babacar Touré.
Les membres du bureau sortant du Conseil pour l’observation des règles d’éthique et de déontologie dans les médias (Cored) ont exercé leur mandat dans des conditions particulièrement difficiles. Ce, en raison d’un déficit chronique de moyens financiers. Pendant près d’un an et demi, l’institution a fonctionné sans siège fixe, avec des ressources matérielle et financière limitées, contraignant ses membres à tenir leurs réunions dans différents lieux. « Nous avons fonctionné avec les moyens du bord jusqu’au jour où nous n’étions plus en mesure de continuer. D’où la fermeture de nos bureaux pendant cinq mois, de fin juin à fin novembre 2025, impactant sérieusement notre mission d’autorégulation au quotidien ainsi que le processus de délivrance de la Carte nationale de presse », a rappelé le président sortant du Cored, Mamadou Thior, à l’occasion de l’Assemblée générale ordinaire de l’organe, tenue samedi 4 juillet 2026 à la Maison de la presse Babacar Touré.
Cette rencontre a servi de tribune aux responsables du Conseil pour plaider en faveur d’un renforcement de ses moyens financiers, afin de lui permettre d’accomplir pleinement sa mission. « On ne fait pas respecter une discipline de fer avec des outils de fortune. L’autorégulation a un coût, et ce coût est aujourd’hui sous-financé. Le Tribunal des pairs et le Directoire du Cored opèrent avec des moyens d’une minceur alarmante face à l’explosion du nombre de médias, de sites d’information et de plateformes numériques », a déploré le président du Tribunal des pairs, Ibrahima Souleymane Ndiaye. À ses yeux, le principal défi réside dans le renforcement du dispositif de monitoring. « Comment pouvons-nous valablement juger si nous ne pouvons pas tout voir ? », s’est-il interrogé, avant de plaider pour « un renforcement urgent et massif des moyens d’action », en particulier dans le domaine de la surveillance des médias. « Le monitoring est l’œil et l’oreille du Cored.
Monitoring scientifique
Sans un système de surveillance technologique et humaine performant, capable de scanner en temps réel la radio, la télévision, la presse écrite et le cyberespace sénégalais, notre action restera en partie réactive, dépendante des seules plaintes des citoyens », a-t-il soutenu.
Selon lui, pour disposer d’une vision « la plus large, la plus exhaustive et la plus juste » de la presse sénégalaise, le Conseil doit être doté d’une véritable unité de monitoring scientifique. « C’est le prix à payer pour anticiper les dérives, documenter les manquements de manière incontestable et asseoir définitivement l’autorité de nos décisions », a insisté M. Ndiaye. Avant d’ajouter : « Une presse qui s’autorégule mal est une presse qui menace la paix sociale. Donner au Cored les moyens de monitorer et de juger, c’est garantir aux citoyens un débat public de qualité. » Le président sortant a également souligné que le monitoring régulier des médias demeure le maillon faible de l’institution. « Nous l’avons modestement entamé cette année, mais les moyens matériel et financier nécessaires à son optimisation ne sont pas encore réunis », a regretté Mamadou Thior.
Prenant la parole, le ministre de la Communication et des Relations avec les Institutions, porte-parole du gouvernement, Bacary Sarr, a rappelé que la modernisation du secteur des médias constitue une priorité des pouvoirs publics. Selon lui, cette ambition passe à la fois par une meilleure gouvernance du secteur, la création des conditions permettant aux entreprises de presse d’être économiquement viables et l’amélioration des conditions d’exercice des professionnels des médias. « Notre ambition est de construire, dans le dialogue et la concertation permanente avec l’ensemble des acteurs du secteur, un écosystème médiatique moderne, responsable et professionnel », a déclaré M. Sarr, avant de réaffirmer la disponibilité de son département à accompagner le Cored dans l’accomplissement de ses missions.
Aliou DIOUF

