La réalisatrice Angèle Diabang fait partie du jury de la sélection « Un certain regard » du Festival de Cannes 2026.La réalisatrice Angèle Diabang fait partie du jury de la sélection « Un certain regard » du Festival de Cannes 2026.
Elle fait partie de ces cinéastes pour qui le cinéma n’est pas seulement un métier, mais une façon d’habiter le monde, de le questionner et de tenter de le réparer. Née à Dakar à la fin des années 1970, elle choisit le septième art après des études de droit, avec le désir de raconter les vies des femmes et les fractures de son époque depuis un point de vue africain.
Formée au Média Centre de Dakar, puis à La Fémis à Paris et à la Filmakademie en Allemagne, elle forge très tôt un regard exigeant, où la rigueur du geste rencontre l’urgence des sujets. Monteuse avant d’être réalisatrice, elle apprend à écouter le rythme des corps, des silences et des voix, cette musique qui traversera ses films.
En 2005, son premier documentaire, « Mon beau sourire », explore la violence des normes de beauté imposées aux Sénégalaises ; le film circule dans de nombreux festivals internationaux et impose une signature : frontale, tendre, sans complaisance.
Suivent « Sénégalaises et Islam », « Yandé Codou, la griotte de Senghor » ou « Congo, un médecin pour sauver les femmes », plongées sensibles dans les liens entre foi, mémoire, pouvoir et résistances féminines.
En 2006, elle crée sa société de production Karoninka, prolongement naturel de son engagement. Depuis Dakar, elle accompagne des films tournés dans plusieurs pays africains et en Europe, construisant patiemment un réseau de confiance aux côtés de cinéastes confirmés comme de nombreuses voix émergentes.
Au tournant des années 2010, Angèle Diabang poursuit son travail sur la condition féminine avec la fiction. Ses courts métrages « Ma coépouse bien-aimée » et « Un air de kora » interrogent l’amour, la polygamie et la sororité, et sont primés dans plusieurs festivals.
En 2019, elle reçoit le prix de la meilleure réalisatrice de la Cedeao au Fespaco (Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou), confirmant une oeuvre qui regarde les femmes non comme des victimes, mais comme des actrices de leur destin.
Son cheminement la conduit à adapter au cinéma « Une si longue lettre » de Mariama Bâ, roman matriciel pour des générations de lectrices africaines. En portant à l’écran cette correspondance sur le mariage, la polygamie, l’amitié et la dignité, elle prolonge un héritage féministe tout en ouvrant un nouveau chapitre du cinéma sénégalais dans une affirmation à la fois populaire et littéraire.
Au-delà des plateaux, elle défend aussi la structuration d’un écosystème durable pour les artistes et la reconnaissance de leurs droits, notamment comme Présidente du Conseil d’Administration de la Sodav (Société sénégalaise du droit d’auteur et des droits voisins).
Dans le paysage des cinémas d’Afrique, sa trajectoire s’inscrit dans la continuité de celles qui ont inscrit la parole des femmes au coeur des images, tout en articulant création, production et plaidoyer pour un cinéma libre, exigeant et ancré dans ses réalités.
Par Olivier BARLET

