Au Festival de Cannes, la déclaration de Maxime Saada a fait l’effet d’un coup de tonnerre. Le patron de Canal+ annonce qu’il ne souhaite plus financer les signataires d’une tribune critique du pouvoir grandissant de Vincent Bolloré. Plus de 600 professionnels sont concernés, dont Juliette Binoche, Jean-Pascal Zadi ou Zita Hanrot.
Le message est sans ambiguïté : la contestation peut désormais avoir un prix professionnel.
Pour le Sénégal, cette affaire résonne au-delà des polémiques parisiennes. Bolloré, c’est d’abord une présence économique africaine de longue date : ports, logistique, infrastructures. Puis le tournant stratégique : entre 2022 et 2024, le groupe cède ses activités portuaires — dont le terminal de Dakar — pour plus de 5 milliards d’euros. Ces sommes financent désormais un empire médiatique et culturel via Vivendi : Canal+, Universal Music, maisons d’édition et journaux, et bientôt l’exploitation de salles avec le rachat d’UGC.
Le basculement est net : de l’infrastructure physique à l’infrastructure culturelle et informationnelle.
La salle Canal Olympia Téranga, inaugurée en 2017 à Dakar, a été rétrocédée à l’État en mars 2026. Le réseau Canal Olympia se retire d’Afrique francophone, faute de rentabilité suffisante. Pendant ce temps, Bolloré renforce son contrôle sur l’ensemble de la chaîne du cinéma : production, distribution, exploitation — une intégration verticale quasi totale.
C’est cette concentration que questionne la tribune : un pouvoir unique alors que les médias du groupe Bolloré adoptent des lignes éditoriales favorables aux partis nationalistes européens ; un pouvoir capable de déterminer ce qui se finance, se fabrique et se diffuse. La réaction de Saada transforme l’inquiétude en réalité concrète : la liberté de création devient une question de rapport de force économique.
À Cannes, le choc est palpable. Dans les salles du festival, le logo Canal+ à l’écran déclenche des sifflets et des huées. Déjà 1 600 signataires pour la tribune. Le monde du cinéma mesure l’ampleur d’un enjeu qui dépasse la seule dimension artistique.
Interrogés, les représentants de Canal+ Afrique estiment que cela n’aura pas d’impact sur leur action en Afrique, mais pour combien de temps ?
Olivier Barlet


