Le Dr Armel Kaze, seul enseignant africain à l’université de Xiangtan en Chine, incarne une trajectoire singulière entre l’Afrique et l’Empire du Milieu. Universitaire et chercheur engagé, Dr Kaze s’impose aujourd’hui comme une voix africaine dans l’analyse des relations sino-africaines. Avec l’ambition de construire un partenariat plus équilibré entre les deux parties.
Dans l’amphithéâtre de l’École d’administration publique de l’université de Xiangtan, le Dr Armel Kaze est le seul Africain parmi les différents intervenants. L’image est saisissante pour les officiels africains venus prendre part, le 17 avril 2026, à une conférence publique sur les échanges entre la Chine et l’Afrique.
Le Dr Kaze est le modérateur de cette conférence dont les intervenants sont tous des professeurs chinois. Dans les rangs des Africains venus du Sénégal, du Kenya, du Zimbabwe, du Rwanda, de l’Afrique du Sud, de l’Angola, de la Somalie, de Madagascar et de la Sierra Leone, tout le monde est impatient de savoir qui est cet enseignant africain au milieu des professeurs chinois. Ils sont tous fiers de voir un des leurs à un tel niveau de responsabilité dans une université chinoise.
Dr Armel Kaze modère avec habileté et pédagogie cette conférence où les principales interventions étaient faites en chinois et en anglais. Mais le jeune enseignant peut naviguer entre toutes ces langues. Il est polyglotte et parle l’anglais, le chinois, le français, le swahili et d’autres langues de son pays d’origine, le Burundi.
Du côté des Africains, chacun cherche à se familiariser avec Dr Kaze. « Cela fait près de 20 ans que je suis en Chine. J’ai presque grandi ici », confie-t-il avec un sourire. L’homme se familiarise très vite avec les officiels africains venus prendre part à un séminaire sur la civilisation écologique et la réduction de la pauvreté verte.
À l’heure de la pause, dans les couloirs, il échange régulièrement avec les deux Rwandais, Ismael Aboui Buchanan et Anselme Ruhumuriza. Au-delà de la proximité géographique entre le Rwanda et son pays d’origine, le Burundi, les trois partagent en commun leur langue locale. Ce qui a facilité davantage le rapprochement.
Pourtant, rien ne prédestinait ce Burundais à faire une carrière universitaire en Chine. Lui qui a quitté son pays natal pour venir poursuivre ses études en Chine.
Une expertise au cœur des relations sino-africaines
C’est à Beijing, dans la capitale chinoise, que le jeune Armel Kaze a débarqué dans le seul espoir de se frayer un chemin dans les universités chinoises. L’apprentissage du mandarin constitue d’ailleurs l’un de ses premiers défis majeurs. Il a commencé par faire une année d’étude en langues pour d’aborder maitriser le chinois. Il a effectué tout son cycle universitaire jusqu’au postdoctorat à Beijing.
« Après mon postdoctorat à l’Université du Yunnan, j’ai traversé une période difficile durant et après la pandémie de Covid-19, comme beaucoup d’étrangers. Entre 2021 et 2024, les opportunités étaient rares. C’est grâce à des collaborations académiques, notamment lors de conférences et séminaires, que j’ai été invité à rejoindre l’Université de Xiangtan », révèle le Dr Kaze.
La persévérance a fini par payer. Il a fini par décrocher un emploi grâce à son réseau académique, tissé au fil des conférences et séminaires. Il a bien saisi l’opportunité qui s’est présentée à l’Université de Xiangtan. Il est d’abord recruté au département de droit où il travaille sur les questions liées au droit africain.
Le jeune docteur, dès son arrivée dans la petite ville de Xiangtan, intervenait au département de droit. Il s’intéressait au droit africain. Un an plus tard, l’université de Xiangtan franchit un nouveau cap en créant un centre de recherches Chine-Afrique. Ce département correspondait parfaitement au domaine du Dr Kaze. Il a renforcé son amour pour cette institution.
Une initiative stratégique, dans un contexte où la ville voisine de Changsha s’impose comme un hub majeur des échanges économiques entre la Chine et le continent africain.
Dr Armel Kaze juge que les relations entre la Chine et l’Afrique « se portent bien ». « J’essaie d’écrire sur ce dont l’Afrique a réellement besoin », explique-t-il. Il veut jouer un rôle de pont entre les deux cultures et les deux peuples. Une démarche qui consiste à rééquilibrer le discours, à faire entendre une voix souvent marginalisée.
« Mon travail consiste à analyser les relations sino-africaines du point de vue africain. Contrairement à de nombreux chercheurs chinois qui étudient ce que la Chine peut apporter à l’Afrique, j’essaie de mettre en lumière les besoins réels des pays africains et les conditions d’une coopération équilibrée. Je publie principalement en chinois et en anglais, ce qui me permet de toucher un public plus large », explique le chercheur à l’Institut de recherche Chine-Afrique.
À son avis, les pays africains doivent mieux structurer leurs attentes et leurs stratégies. « La Chine sait ce qu’elle veut en Afrique. Les pays africains doivent, eux aussi, être clairs sur leurs priorités et mieux s’organiser pour en tirer profit. Il est également important de diversifier les partenariats. La Chine est un partenaire clé, mais elle ne doit pas être le seul. L’Afrique doit maintenir des relations avec d’autres acteurs internationaux tout en défendant ses propres intérêts », renchérit-il.
Dr Armel Kaze rappelle que des initiatives comme la Belt and Road Initiative (Bri) ont renforcé davantage la coopération entre la Chine et l’Afrique. Il indique que les investissements chinois sur le continent africain sont importants, surtout dans le secteur des infrastructures. « Les principales difficultés résident davantage dans des malentendus culturels ou des questions de régulation entre entreprises africaines et chinoises, mais cela reste limité », indique l’universitaire.
Une intégration réussie
Même si son intégration « a pris du temps », aujourd’hui elle est parfaitement réussie. Il a épousé une Chinoise, ce qui a beaucoup facilité son adaptation. « Professionnellement, évoluer dans un environnement majoritairement chinois m’a permis de mieux comprendre la culture et les pratiques locales », renseigne le chercheur.
Il trouve qu’il existe « plusieurs similitudes » entre les cultures africaine et chinoise, notamment dans les valeurs sociales et familiales. Cela a facilité mon intégration. « Cependant, pour les Africains qui arrivent plus tardivement en Chine, l’adaptation peut être plus complexe en raison des différences culturelles », précise-t-il.
Par Aliou Ngamby NDIAYE

