Le 19 août 2015 reste une date marquante dans l’histoire de la culture sénégalaise. Ce mercredi-là, Dakar perdait l’un de ses plus grands ambassadeurs : Doudou Ndiaye Rose, de son vrai nom Mamadou Ndiaye. Le maître du sabar s’éteignait à l’âge de 85 ans, après un malaise, à l’hôpital Aristide-Le Dantec.
Né à Dakar et issu d’une famille de griots, Doudou Ndiaye Rose a consacré sa vie au tambour. Très tôt, il s’initie aux percussions et fait du sabar son instrument de prédilection. Au fil des années, il devient une figure incontournable de la musique traditionnelle sénégalaise et s’impose comme un chef d’orchestre hors pair.
Surnommé le « tambour-major » et le « mathématicien des rythmes », il était réputé pour sa capacité à diriger simultanément des dizaines de percussionnistes et à construire des architectures rythmiques d’une grande complexité. Son art dépassait les frontières du Sénégal et contribua largement à faire connaître le sabar sur les grandes scènes internationales.
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Sa carrière est jalonnée de rencontres prestigieuses. Doudou Ndiaye Rose a notamment collaboré ou partagé la scène avec des artistes internationaux comme Miles Davis, les Rolling Stones, Peter Gabriel et Dizzy Gillespie. Il participe également à de grands rendez-vous culturels, dont les célébrations du bicentenaire de la Révolution française à Paris, en 1989.
Son nom reste intimement associé aux grandes manifestations nationales. Il a notamment marqué de son empreinte les cérémonies et défilés officiels, devenant au fil du temps une véritable institution de la percussion.
Son talent et son œuvre lui valent une reconnaissance internationale. En 2006, l’Unesco le classe parmi les « Trésors humains vivants », consacrant ainsi la place exceptionnelle qu’il occupait dans la transmission et la sauvegarde du patrimoine culturel sénégalais.
Doudou Ndiaye Rose était également un passeur. Il crée une école de percussion à Dakar et forme plusieurs générations de batteurs. Il innove aussi en constituant un orchestre féminin de percussion, contribuant à élargir la pratique du tambour au-delà des cadres traditionnels.
Mais c’est le 19 août 2015 que son propre rythme s’est arrêté. La nouvelle de sa disparition tombe dans l’après-midi et plonge le monde culturel sénégalais dans la consternation. La veille encore, il était apparu publiquement aux obsèques de son ami et compagnon de route, le percussionniste Vieux Sing Faye, décédé le 18 août 2015. Vingt-quatre heures plus tard, Doudou Ndiaye Rose disparaissait à son tour.
Le lendemain, 20 août 2015, Dakar lui rend un dernier hommage. Après la prière mortuaire, il est inhumé au cimetière musulman de Yoff.
Onze ans après sa disparition, le 19 août demeure ainsi la date où le Sénégal a perdu une légende du tambour. Mais le rythme de Doudou Ndiaye Rose, lui, continue de résonner dans le sabar, dans les orchestres qu’il a inspirés et dans les générations de percussionnistes auxquelles il a transmis son savoir.
A.N


