Nous éclairant mieux sur la notion de cantique du sujet, l’ingénieur de son et producteur Pape Armand Boyenous entretient de la relation entre le chant, mouvement de l’âme et de l’esprit, et la spiritualité.
Le chant a toujours entretenu un lien profond avec la spiritualité. C’est ce que nous donne à observer Pape Armand Boye. L’ingénieur de son et producteur fait noter que l’être humain, depuis la nuit des temps, éprouve un besoin de transcendance. « Le chant constituant un véhicule des émotions de manière bien plus intense et plus profonde que la parole seule, il est devenu un véritable mouvement de l’âme et de l’esprit, permettant à ces émotions d’être ressenties avec une force particulière », introduit le disciple mouride de surcroît.
Dans la plupart des civilisations, des croyances et des cultures du monde, renchérit Pape Armand Boye, « le chant sacré apparaît comme porteur d’un effort humain de se connecter à la source divine créatrice ». Ainsi, pour le musicien, on chante pour louer, exalter la divinité et accompagner la prière pour la rendre plus intense. De cette manière, la foi se transmet par un canal à la fois émotionnel, musical et sacré.
Chanter ensemble provoque d’ailleurs un sentiment puissant de communion. La voix collective devient alors un espace de partage, d’unité et d’élévation spirituelle, fait constater l’ingénieur de son. Le patron de La Boutique Studio conçoit que le chant religieux est avant tout une prière, une louange et un don de soi, bien avant d’être une simple technique vocale ou une forme d’expression musicale.
Il demeure pourtant un acte musical, même s’il existe parfois, chez certains croyants, une forme de réticence à le reconnaître comme tel. « Cela peut se comprendre. Le considérer uniquement comme de la musique reviendrait, pour certains, à le désacraliser, la musique étant parfois perçue dans de nombreuses sociétés comme relevant d’abord du profane », explique P. A. Boye.
Dans l’islam, il existe une grande diversité d’expressions vocales spirituelles, fondées sur la récitation, la louange et la méditation. Les récitations de Coran ou l’appel du muezzin sont des exemples de chant sacré. Au Sénégal, P. A. Boye met en avant les khassaïdes de Cheikh Ahmadou Bamba : des poèmes mystiques souvent chantés en groupe, qui suscitent une ferveur particulière et procurent, chez de nombreux mourides, une profonde paix intérieure et une offrande à Dieu.
La différence entre un chanteur dit profane et un chanteur spirituel réside sans doute dans la mission de chacun. Le chanteur spirituel ne cherche pas seulement à produire de l’art, mais à transmettre la foi, élever les âmes et porter un message sacré. Sa voix devient un véhicule de la lumière divine, un moyen de rappeler l’essentiel et de replacer la spiritualité au cœur du récit de la vie.
« En tant que producteur, j’ai souvent remarqué que les chanteurs du sacré accordaient davantage d’importance à la justesse dans la transmission du message de foi qu’à la maîtrise consciente de leur technique vocale », signale l’ingénieur de son, qui précise que ceux-ci « atteignent souvent des niveaux de qualité vocale impressionnants », ce souvent sans même « chercher à faire une démonstration ».
Le musicien conclut que le chant spirituel dépasse la seule performance vocale. Il devient souffle, offrande, mémoire et élévation.
M. O. KAMARA

