Il était d’abord un visage bien connu de l’écosystème des industries culturelles et créatives, pour en être l’un des plus grands ambassadeurs, avant de dévoiler le grand artiste qu’il est au monde, au gré de la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de la jeunesse « Dakar 2026 ». Directeur artistique des cérémonies de cet événement olympique mondial, Ibrahima Cissé dit Xalil a, avec son équipe, ébloui le monde par une performance d’ores et déjà dans les annales. Avec des arts éloquemment mâtinés des authenticités de notre patrimoine.
Chez Ibrahima Cissé dit « Xalil », la création part des fragments de nos imaginaires. Sa pratique rencontre ensuite leurs sens. Il replace ces débris, porteurs de couleurs insoupçonnées de nos patrimoines et identités, pour construire une fresque où chacun de nous trouve inévitablement sa part. C’est la même recette, « qui n’a rien de miraculeux », que Xalil Cissé a reconduite à l’échelle africaine, en tant que directeur artistique pour la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de la jeunesse « Dakar 2026 ». Oui, « L’Afrique accueille, Dakar célèbre ». Pour Xalil, « Boy Dakar » abouti de son état, il fallait donner corps à ce slogan, partant de ses propres considérations artistiques. Il l’a dit lui-même, au terme du spectacle, dans une réaction devenue culte, « C’est l’Afrique qui est ainsi riche, on n’a pas besoin d’alchimie ». Ainsi donc, pour Xalil Cissé, toute la performance n’était qu’évidences et articulations (maîtrisée, bien sûr). L’évidence d’une mémoire commune de l’Afrique qu’il restait à sublimer, par le génie collectif d’une équipe sénégalaise d’exception qui avait l’authenticité comme ligne directrice.
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Nous avons trouvé Ibrahima Cissé dit Xalil, directeur artistique des cérémonies des Joj « Dakar 2026 », jeudi soir à Kër Ayo (siège Cojoj) à Ouakam. Décontracté dans son pantacourt noir de même couleur que son t-shirt agrémenté d’une broche de L’Artisane, chaussettes dépareillées rouge et mauve, Xalil est déjà tourné vers l’organisation de la cérémonie de clôture. Quand nous lui demandons l’esprit qui a présidé à la conception de la trame de la cérémonie d’ouverture des Joj « Dakar 2026 », le samedi 31 octobre, la réponse sonne simple. « Le projet est parti, de base, sur l’idée de la famille. La trame est articulée autour de ça. « Maam, Doom, Sët » (grand-mère, enfant, petit-fils), tout est parti de là », nous confie Xalil, qui explique que le défi suivant était de mettre cette famille dans un plan plus global qui a « l’Afrique au cœur et l’universel comme but ».
C’est ainsi qu’il commençait à se questionner sur comment s’adresser au monde avec notre patrimoine, et aller à contre-sens des diktats du digital et des logiques occidentales. « C’est là que nous avons fouillé dans la tradition, pour parler transmission et trouver cette proposition africaine assumée. Dès le départ, j’avais exclu une fixation sur la technologie, car il ne me fallait surtout pas perdre de vue la centralité de l’humain », confesse le directeur artistique des cérémonies des Joj « Dakar 2026 » (cérémonies d’ouverture et de clôture, les 153 de remise des médailles). Son premier chantier était d’identifier tous les arts dont il aurait besoin (arts vivants, cinéma, design, musique, etc.).
S’adresser au monde par notre patrimoine
Comment intégrer le cinéma, par exemple, s’était demandé Xalil. En ramenant ces symboles usurpés, s’est répondu Xalil, tels que la moto à cornes dans « Touki Bouki » de Mambety, que Beyonce et Jay Z avaient subtilement prise à leur compte. Oui, la performance du samedi 31 octobre signifiait aussi résistance, à l’heure où l’Afrique réclame ses récits ! Encore sur les symboles, AlKebulan portait les mêmes chaussures en or que Linguère Ramatu dans « Hyènes ». C’est le retour de la Femme pour reprendre ses droits et sa prééminence dans l’échelle de l’humanité par le sceau de la maternité. « Maintenant, il nous fallait mettre tout cela dans une idée non d’opulence mais de richesse simplement, dans les éléments de composition qui nous définissent », souligne Xalil, pour qui il ne fallait juste pas bâtir sur une Histoire autre que celle de l’Afrique.
On a vu la figure de Cheikh Anta Diop, convoqué avec son laboratoire Carbone 14, selon Xalil, pour montrer que l’Afrique n’a pas que le rythme et l’entrain à offrir. « Nous avons des scientifiques, des intellectuels qui ont atteint les plus hauts sommets de la recherche. Nous n’avons à pâlir devant aucun nom… », martèle Xalil. D’ailleurs, l’évocation d’AlKebulan vient de là. C’était, au-delà d’un hommage, une réhabilitation populaire du « Professeur » Cheikh Anta Diop, au regard de sa contribution dans la reconnaissance du continent comme berceau de l’humanité et de l’homme noir dans toute sa dignité humaine. Même ce parti-pris ne saurait froisser Senghor d’outre-tombe, tant la manifestation culturelle de la créativité nègre a montré sa force dans cette performance.
AlKebulan, Keb, Sitoé. La science, la culture et nous.
Pour la référence à AlKebulan, Xalil est encore parti des écrits des idées de Cheikh Anta Diop, quoique des voix dissonantes réfutent la thèse. Selon l’historien sénégalais, Alkebuland (interprétée par Nicole Marignale) est l’ancien nom de l’Afrique, signifiant « Mère de l’humanité ». Cette figure métaphorique de la mère, forte, belle et résiliente a lancé cette cérémonie sous le sceau de la transmission. Sitoé (Sitoé enfant avec Sally Diène, et Sitoé adulte avec Oumy Ndong) est un prénom local et un hommage à la Sénégalaise, à sa résistance en référence à l’héroïne casamançaise Aline Sitoé Diatta.
Elle représente l’Afrique du futur, enracinée dans ses traditions et tournée vers l’avenir. « Voilà pourquoi elle a reçu les transmissions, par le symbole de la kola et le flambeau, pour perpétuer le legs », déchiffre Xalil. Keb (Keb adulte avec Malang Sonko et Keb enfant avec Elijah Fall), nom d’origine égyptienne, est historiquement associée à la connexion entre l’humanité et la terre. C’est la représentation de l’Afrique d’aujourd’hui, avec une jeunesse vibrante, inventive et visionnaire.
Par Mamadou Oumar KAMARA

