Derrière le personnage flamboyant et provocateur de Chérif Maal dans Idoles, se cache pourtant un homme réservé, presque timide. Babacar Oualy s’est imposé comme une figure incontournable du cinéma et du théâtre, après un parcours jalonné de sacrifices, de remises en question et d’une quête permanente de perfection.
Né à Dakar et originaire de Tambacounda, le jeune comédien est le fils de Sara Oualy, administrateur civil et ancien député. Un environnement qui semblait le destiner à une trajectoire plus classique. Mais très tôt, Babacar Oualy rêve d’ailleurs. Bon élève à l’école Saint-Pierre puis au lycée Maurice Delafosse, où il suit une série L1, il nourrit d’abord l’ambition de devenir footballeur. « On m’appelait Okocha », raconte-t-il avec amusement. Pourtant, le cinéma et le théâtre finiront par prendre le dessus.
Le déclic vient de sa mère, qui décèle chez lui un potentiel artistique. Pendant les vacances scolaires, elle l’encourage à rejoindre une formation de théâtre dirigée par Ibrahima Mbaye Sopé. En 2009, il fait ainsi ses premiers pas dans l’univers de la scène. À l’Association des artistes comédiens du Sénégal, il côtoie de grands noms comme Thierno Ndiaye Doss, Bass Diakhaté ou encore El Hadji Ba. D’abord chargé de balayer les salles et d’installer les chaises, il observe, apprend et s’imprègne de cet univers.
Très timide à ses débuts, Babacar Oualy découvre peu à peu sa voix. Un jour, lors d’un exercice de lecture, il déclame un texte sous les encouragements de la comédienne Awa Mbaye. À la fin de sa prestation, Thierno Ndiaye Doss se lève pour l’applaudir. Pour lui, c’est une révélation. Il se lance alors dans la poésie, les sketchs et les petites scènes.
Incompréhension familiale
Mais son choix artistique provoque rapidement des tensions familiales. Lors d’une émission télévisée dans laquelle il apparaît déguisé en femme, sa famille vit cela comme un choc. « On m’a dit : “Tu vas nous déshonorer” », se souvient-il. Après une nuit passée chez un ami, il revient finalement au domicile familial, plus déterminé que jamais à poursuivre sa voie.
Dès lors, il s’investit totalement dans son apprentissage. Chaque jour, il traverse Dakar entre les HLM, Ifan et Douta Seck pour assister aux répétitions. « Je travaillais, je travaillais, je travaillais », répète-t-il. Cette persévérance lui ouvre progressivement les portes du théâtre professionnel, notamment avec la pièce allemande La Cruche cassée.
Sa carrière prend une nouvelle dimension lorsqu’il est sélectionné pour jouer dans La Pirogue de Moussa Touré. Le film, acclamé au Festival de Cannes et au FESPACO (Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou), lui vaut une reconnaissance nationale. Avec les cachets gagnés, il apporte un soutien financier à sa famille, qui commence alors à comprendre et accepter son choix de carrière.
Chérif Maal, le rôle de tous les dangers
Passionné de théâtre, Babacar Oualy multiplie ensuite les créations au Grand Théâtre national fraîchement inauguré. Puis, en 2013, il part en Chine où il double des séries et longs-métrages chinois. Une expérience qui lui permet d’élargir sa palette artistique et de gagner en maturité professionnelle.
À son retour au Sénégal, il se fixe un nouvel objectif : participer à la professionnalisation des séries sénégalaises. Inspiré par le succès de Café avec, il rejoint l’aventure Idoles. Son interprétation de Chérif Maal marque durablement les téléspectateurs.
« Je lui ai donné mon cœur, mon âme, mon sang et mes os », confie-t-il à propos de ce personnage complexe, arrogant et fascinant. Une immersion si profonde qu’elle lui laissera des séquelles psychologiques. « Sortir d’un personnage est plus difficile que d’y entrer », explique-t-il. À force de vivre Chérif Maal au quotidien, l’acteur dit avoir parfois perdu ses repères. « J’avais pris ses habitudes, son courage. »
Pour se reconstruire, il accepte ensuite le rôle de Dave dans Golden, qu’il considère comme un véritable remède après l’intensité d’Idoles.
Aujourd’hui encore, Babacar Oualy affirme être dans « un perpétuel apprentissage ». Acteur, poète, maître de cérémonie, doubleur, il estime que les Sénégalais n’ont vu qu’« une petite partie » de son talent. Parmi ses projets récents figure Wassanam, où il interprète un avocat.
Derrière son assurance à l’écran, Babacar Oualy reste un artiste profondément sensible, conscient des risques psychologiques liés à son métier, mais habité par une seule ambition : « marquer son époque ».
Arame NDIAYE et Pape Lamane FAYE

