Pour une bonne croisière, il faut un bon guide. Dans le Bou El Mogdad, Amadou Ba est le maestro. Pendant plus de trois décennies, il vit son métier et la passion est le levier qui guide son professionnalisme. Doté d’une bonne mémoire, de capacités de communication exceptionnelles et d’un sens aigu de l’humour, Amadou Ba apporte, à chaque croisière, de la magie aux voyages des touristes qu’il transforme en expériences mémorables.
« Mesdames et messieurs, chères toutes et chers tous… ». Cette formule consacrée d’Amadou Ba, les touristes qui empruntent le Bou El Mogdad la maîtrisent par cœur. Et ils se font un plaisir de l’entonner en chœur, quand le guide s’approche pour donner les grandes lignes de la croisière, les consignes de sécurité et le programme.
Cela dénote de la fusion entre eux et cet homme qui a le don de captiver, de stimuler la curiosité de son auditoire, et ne rechigne jamais à partager ses connaissances. Natif de Mbour, sur la Petite Côte, Amadou Ba est guide et interprète certifié espagnol, anglais et français et consultant en tourisme. Il est aussi conférencier et formateur à ses heures libres.
Très jeune, Amadou Ba a découvert sa passion pour le métier de guide touristique. Son père était chef cuisinier au centre touristique de Mbour, connu sous le nom de Coco Beach.
« Et je fréquentais très souvent l’hôtel. Quand je quittais l’école primaire, je courais directement voir mon père à la cuisine. Ce fut le contact direct entre moi et l’Occident. C’est à partir de là que j’ai commencé à prendre goût au tourisme en général et appris à connaître l’autre », explique-t-il.
Avant cette reconversion, Amadou était scientifique, physicien, chimiste et mathématicien et a enseigné quelques années. « J’ai été dans les laboratoires. En Sierra Leone, j’ai été chimiste dans les mines. Quand je suis rentré au Sénégal, j’ai épousé le tourisme. J’ai été reconnu par le ministère du Tourisme comme guide interprète. Depuis 1994, j’ai eu l’agrément du ministère et aujourd’hui, je suis guide titulaire certifié », indique Amadou qui a élargi les horizons de sa connaissance.
Et cette transition n’a pas été difficile pour lui.
La passion en bandoulière
« Ça fait près de 34 ans que je ne vis que du tourisme, que je ne parle que du tourisme, que je ne rêve que du tourisme. C’est ma passion, ma vie en quelque sorte », explique Amadou Ba qui a ouvert un nouveau chapitre de sa carrière en intégrant le Bou El Mogdad à la suite d’un appel à candidatures.
« J’avais postulé pour relever un défi parce que le Bou El, c’est une croisière. Or je n’avais jamais fait de tourisme de croisière. J’ai donc postulé comme tout le monde et j’ai été recruté. Là aussi, c’est une autre transition, parce que c’est du tourisme fluvial et c’est très intéressant », fait savoir Amadou Ba, devenu freelance.
Malgré ses nombreuses années dans le milieu touristique, Amadou Ba n’avait jamais mis les pieds dans le célèbre navire. Même si la chanson « Bou El » de Baaba Maal a bercé sa jeunesse et l’a fait rêver.
« Dans les années 1980-85, je passais devant le Bou El Mogdad à Foundiougne. À l’époque, il était dans cette zone du Saloum. Je le regardais et mon rêve était d’y monter un jour », raconte-t-il.
Quand il a été coopté par la Compagnie du fleuve pour être le guide du Bou El Mogdad et qu’il a mis les pieds sur le bateau mythique, l’émotion était très forte. « J’en ai même pleuré », confesse-t-il.
Son intégration n’a pas été très compliquée. Parce qu’Amadou Ba est très relations publiques. Il n’a ménagé aucun effort pour étudier, surtout l’art oratoire, le management de la personnalité.
« J’ai sacrifié quelques années pour quitter le terrain et aller étudier. J’ai ensuite réintégré le terrain et je suis en train d’appliquer les choses que j’ai apprises.
Une approche novatrice
Et aujourd’hui, cette facilité d’intégrer ces populations riveraines, comme vous pouvez le remarquer, n’a pas été difficile », reconnaît-il.
Pour Amadou Ba, le Bou El Mogdad est l’âme du fleuve Sénégal.
« Cette chaleur que donne le Bou El Mogdad aux populations riveraines à chaque passage, de voir tous ces enfants qui courent le long du rivage en scandant « Bou El », et même ces vieilles personnes qui sortent des villages environnants et qui lèvent la main pour saluer ce bateau, m’ont beaucoup marqué. Je pense que ça restera gravé longtemps dans ma mémoire », renseigne Amadou Ba qui fait preuve de professionnalisme et de courtoisie à tout moment.
Depuis plus d’un an, Amadou vit au rythme des croisières sur le Bou El Mogdad. Et cette nouvelle expérience est loin de l’ennuyer. La passion, dit-il, reste au-dessus de tout.
« Ça me fait toujours plaisir de recevoir de nouvelles personnes à bord. Quand je leur dis, « Bonjour mesdames et messieurs, merci d’avoir choisi le Bou El Mogdad », c’est encore un nouveau départ pour moi. Donc, je ne m’ennuie pas du tout », assure ce passeur d’émotions qui partage avec enthousiasme l’histoire et la culture des localités visitées.
Avec son leadership et sa facilité de socialisation, Amadou Ba démontre, à chaque sortie et visite, et parfois avec une touche d’authenticité, une maîtrise exceptionnelle des sites qu’il présente. Ce qui impressionne le plus, c’est son approche, ce don de révéler la splendeur de ces contrées dans toute leur étendue.
Très cultivé et ouvert d’esprit, il connaît les localités, avec leurs particularités, leurs histoires, leurs caractéristiques, leurs cultures et traditions, leurs mythes et légendes.
« Partout, les gens m’accueillent comme si je fais partie de leurs communautés. Cette facilité, c’est peut-être parce que je parle la langue locale, mais il y a aussi le cousinage à plaisanterie et les différentes techniques d’approche que je dirais à certains de mes collègues et jeunes guides d’aller apprendre, car c’est très important », indique-t-il.
Avec une bonne dose de charisme, Amadou Ba a su façonner son caractère pour le rendre aussi adapté et flexible que possible aux besoins des touristes. Son travail est loin d’être de tout repos, et pourtant, il n’y voit que du bonheur.
Aujourd’hui encore, il a tant de choses à raconter. Et son rêve, c’est de pouvoir former, plus tard, des guides comme lui et devenir entrepreneur, avoir sa propre structure.
« Mon ambition, c’est d’ouvrir une école de formation, une agence de voyages et investir dans l’hôtellerie pour contribuer à l’essor du tourisme », affirme Amadou qui ne regrette pas, après une carrière de plus de 30 ans, d’être devenu guide et interprète.
« Je pense que le contraire, c’est peut-être ce qui se serait passé si je n’avais pas choisi le tourisme. Ma devise, c’est Amadou Ba, guide un jour, guide pour toujours », fait-il savoir.
Par Samba Oumar FALL

