De plus en plus, des jeunes investissent les secteurs de l’agriculture, de l’agrobusiness et de l’élevage. Des projets et initiatives qui ont le mérite de contribuer à la lutte contre le chômage, même si l’accès aux financements demeure encore l’un des principaux défis.
Difficile d’accéder à l’amphithéâtre du Collège Sacré-Cœur de Dakar, en ce début de matinée du jeudi 13 août 2026. À l’entrée, plusieurs dizaines de jeunes hommes et femmes entourent une table faisant office d’espace d’accueil. Impatients, parfois tendus, ils s’inscrivent sur un registre avant de rejoindre la trentaine de personnes déjà installées dans la vaste pièce.
Sac noir en bandoulière, Ousmane Sylla transpire sous l’effet de la forte chaleur. À l’aide d’une serviette bleue, il s’essuie le visage. Le regard inquisiteur, il cherche à repérer un bon coin, puis s’installe sur un siège surplombé par un ventilateur. Après les rigueurs d’un soleil mordant, il se console d’un petit courant d’air frais, en attendant que la salle qui accueille le bootcamp du projet Salouma, consacré aux jeunes dans le secteur agricole, fasse le plein.
Arrivé à Dakar le mercredi 12 août 2026 en provenance de Tambacounda, Ousmane Sylla compte retourner dans le Sénégal oriental avec un rêve réalisé : bénéficier d’un accompagnement pour un projet qui lui est cher. Passionné d’agriculture, il a quitté l’école il y a quatre ans pour se consacrer à la culture de la banane. Sur un périmètre de 2,3 hectares, il s’évertue, avec un groupe de six personnes, à relever le défi de l’attractivité et de la rentabilité. « Nous sommes dans la production de bananes depuis quatre ans. Les choses bougent. Le matériel agricole s’installe de plus en plus. Les productions sont de plus en plus importantes », explique le jeune homme au teint noir.
Aujourd’hui, dit-il, deux défis se présentent à lui. Le premier est de voir ses produits inonder le marché sénégalais. « Cela nécessite des moyens logistiques et une bonne stratégie de développement. Et pour cela, nous comptons beaucoup sur l’accompagnement à travers le projet Salouma », ajoute Ousmane, le visage gai, une fiche à la main. Par la suite, il compte mettre les bouchées doubles afin de passer à l’échelle. « De la production, nous visons également la transformation. Cela permet d’être compétitif. Passer à l’échelle, c’est également intégrer les marchés de la sous-région », explique Ousmane, sûr d’une chose : à force de persévérance, il peut y arriver.
Yoro Diao, lui, a le téléphone collé à l’oreille. « J’appelle la responsable qui m’a enrôlé », dit-il d’une petite voix. Le jeune homme de 28 ans a quitté Kothiary pour participer au projet Saloum. Il souhaite renforcer ses compétences et bénéficier d’un appui technique et financier afin de passer à l’échelle et mieux vivre de son activité.
Son domaine est l’élevage de moutons et de chèvres. « C’est une occupation et une passion. Je veux développer davantage mon activité », ajoute-t-il. Ensuite, il compte se lancer dans d’autres activités, telles que l’embouche. « Les opportunités sont nombreuses et, avec un peu d’effort, nous pouvons réussir ici et porter le développement du pays», clame Yoro Diao.
Rêver plus grand
« Si vos rêves ne vous font pas peur, c’est qu’ils ne sont pas assez grands », disait Ellen Johnson Sirleaf. Yoro s’approprie cette expression, cette devise de vie. Il estime qu’il y a de la place pour un jeune pour faire des merveilles. « Nous avons la terre, nous avons l’eau. Nous avons donc surtout besoin d’accompagnement technique et de financements pour aller plus loin, avoir des revenus conséquents et créer plus d’emplois », prévoit-il. Une projection basée, selon lui, sur la confiance en soi et les certitudes du terrain.
Âgée d’une trentaine d’années, Amy Ndao a quitté Nganda, dans le Kaffrine, pour participer au Bootcamp. Installée sous un stand au milieu de la cour de l’école, elle a sous les yeux des sachets contenant du niébé, du fonio et du moringa. Les produits semés et récoltés ont été transformés en poudre. « Les jeunes croient de plus en plus à l’agriculture, car le potentiel est énorme », dit-elle d’entrée. « Je pense que cette prise de conscience est une excellente chose. Ça permet de lutter contre le chômage et l’émigration clandestine », souligne Amy. À l’en croire, des jeunes parviennent aujourd’hui, grâce à l’agriculture et à l’élevage, à créer des emplois et à se garantir une certaine sécurité financière. « Nous bénéficions d’appuis venant des organisations non gouvernementales en termes de formation. Le défi, c’est le financement. Nous avons les institutions de microfinance, mais les taux d’intérêt restent élevés », explique Amy Ndao. Un point à améliorer, selon elle, afin de garantir davantage de retombées aux acteurs. Ndeye Fatou Cissokho porte à peu près la même doléance. Elle est de Kolda. Des centaines de kilomètres de voyage pour participer au Bootcamp. Agricultrice et responsable à la Maison de la femme de Kolda, elle cultive le maïs, l’arachide et le mil. Une activité qui prend de l’ampleur, selon elle. « Les jeunes et les femmes sont de plus en plus attirés par les champs. L’agriculture est un secteur phare et les rendements sont de plus en plus au rendez-vous grâce aux sessions de renforcement de capacités », estime Ndeye Fatou Cissokho. Cependant, juge-t-elle, des défis persistants demeurent, notamment l’accès aux intrants. « Souvent, ce sont les hommes, les chefs de famille, qui sont privilégiés. Après, ils peuvent nous en servir une part. Si l’homme a quatre femmes, chacune d’elles ne recevra qu’une petite quantité », déplore-t-elle, convaincue que le secteur agricole peut transformer des vies, au-delà du simple fait de nourrir des familles.
Par Demba DIENG

