Avec l’entrée en service prochaine de la centrale West African Energy (Wae) au gaz naturel, la Senelec franchit une étape importante dans sa stratégie de transition énergétique. Mais cette centrale n’est qu’un maillon d’un vaste programme destiné à accroître les capacités de production tout en réduisant durablement le coût de l’électricité. Explications de Djiby Dieng, chef de la Division Équipements de la Senelec.
Avec ses 360 MW en cycle combiné, la centrale West African Energy (Wae) s’imposera comme la plus puissante du parc de production de la Senelec. À elle seule, elle représentera près du quart de la puissance installée du pays. Au-delà de ses performances techniques, cette infrastructure incarne surtout la stratégie gas-to-power engagée par l’État dès les premières découvertes de gaz au large des côtes sénégalaises. « Dès que le Sénégal a découvert des ressources gazières, les autorités ont fait le choix de les valoriser en développant des centrales à gaz afin de produire une électricité moins coûteuse et plus accessible aux populations », explique-t-il. Le projet Wae marque également une rupture dans l’histoire du secteur électrique national. Contrairement aux précédentes centrales, généralement réalisées dans le cadre de partenariats public-privé avec des investisseurs étrangers, Wae est née de l’initiative d’entrepreneurs sénégalais.
« C’est la première fois que des promoteurs nationaux sont allés eux-mêmes chercher les financements nécessaires à la réalisation d’une centrale de cette envergure. C’est pourquoi nous disons que Wae est un projet 100 % sénégalais : imaginé par des Sénégalais, construit par des Sénégalais et appelé à être exploité par des Sénégalais », soutient-il. En attendant Yakar-Téranga Conçue pour fonctionner au gaz naturel, la centrale n’a toutefois pas pu attendre la disponibilité du gaz issu du projet Yakar-Téranga, dont le développement accuse du retard. Pour éviter de laisser l’infrastructure à l’arrêt, la Senelec a opté pour une solution provisoire. « La centrale a été conçue pour pouvoir fonctionner également au gasoil. Cela nous a permis de démarrer son exploitation. Mais le gasoil reste un combustible coûteux », rappelle Djiby Dieng.
Face au report du projet Yakar-Téranga, le Sénégal a choisi de s’approvisionner en gaz naturel liquéfié (Gnl) importé. Dans cette perspective, la Senelec a conclu un partenariat avec Elton, chargé de construire un terminal gazier au Port de Dakar. Ce terminal alimentera, via un pipeline, les centrales de Wae et de ContourGlobal, cette dernière étant en cours de conversion du fioul vers le gaz. Là encore, des retards sont apparus. « Wae étant prête, il était hors de question de la laisser inutilisée. Cela aurait généré des surcoûts importants. Avec Elton, nous avons donc mis en place une solution transitoire sous la forme d’une station de regazéification provisoire. Les essais débuteront fin juillet et permettront une alimentation en gaz dès le mois d’août », avance-t-il. Le pipeline définitif reliant le terminal gazier au Cap des Biches devrait, lui, être opérationnel d’ici mars 2027.
À cette échéance, le gaz sera acheminé directement depuis le port, sans recours au transport routier. La station provisoire ne sera pas démantelée pour autant. « Dans ce type d’infrastructure, il est indispensable de disposer d’une solution de secours. Cette station constituera notre backup en cas d’incident sur le réseau principal. Elle pourra également être redéployée vers d’autres centrales, notamment celle de Malicounda », déclare Djiby Dieng. Gandon, prochain maillon du dispositif La stratégie de la Senelec ne se limite pas à Wae. À Gandon, près de Saint-Louis, une nouvelle centrale à gaz est en cours de construction. Les travaux sont très avancés. « Nous attendons essentiellement la disponibilité du pipeline construit par Rgs. Le segment nord devrait bientôt démarrer.
Les premiers essais de mise en service sont prévus, en principe, au mois d’octobre », indique Djiby Dieng. Cette centrale sera alimentée par le gaz du champ Grand Tortue Ahmeyim (Gta). Sa capacité initiale sera de 250 MW, avant une extension programmée à 500 MW. Au-delà de l’augmentation des capacités de production, l’objectif est de produire une électricité moins chère. Aujourd’hui, le Sénégal dispose d’une puissance installée de 2 260 MW, dont environ 25 % proviennent des énergies renouvelables (solaire, éolien et hydraulique). Demain, le mix énergétique reposera davantage sur le gaz. En effet, outre Wae (360 MW) et Gandon (250 MW dans un premier temps), la Senelec prévoit également la construction d’une nouvelle centrale de 250 MW au Cap des Biches. « Avec l’exploitation de notre propre gaz et ces nouvelles centrales, nous disposerons d’une énergie beaucoup plus compétitive. L’impact sur le coût de production de l’électricité sera considérable », assure Djiby Dieng. Pour la Senelec, le développement de ces infrastructures ne répond pas uniquement à une logique industrielle. L’ambition est aussi sociale : rendre l’électricité plus abordable, renforcer la stabilité du réseau et accélérer l’accès universel à l’énergie sur l’ensemble du territoire.
Elhadji Ibrahima THIAM

