Selon les dernières prévisions de l’Association du transport aérien international (Iata) publiées à Rio de Janeiro, à l’occasion du Sommet mondial (6 au 8 juin 2026), les bénéfices du secteur devraient être divisés par deux en 2026. Si le trafic passager continue de battre des records, l’envolée des coûts opérationnels fragilise une rentabilité déjà structurellement basse.
Le ciel s’assombrit pour les compagnies aériennes. L’Association du transport aérien international (Iata), qui rassemble les principaux acteurs du transport par air, a présenté, le 6 juin 2026, à Rio de Janeiro, des prévisions financières revues à la baisse. Selon la source, le bénéfice net total combiné du secteur n’atteindrait que 23 milliards de dollars en 2026, soit environ la moitié des 41 milliards de dollars anticipés précédemment.
Ce montant représenterait également près de la moitié des 45 milliards de dollars estimés pour 2025, une année pourtant déjà marquée par des marges historiquement faibles. D’après les calculs de l’Iata, la marge bénéficiaire nette mondiale chuterait à 2,0 % cette année, contre 3,9 % dans les précédentes projections et 4,2 % l’an dernier. Autre indicateur frappant : le bénéfice net par passager transporté devrait tomber à 4,50 dollars, soit exactement la moitié des 9,10 dollars enregistrés en 2025.
Le bénéfice d’exploitation suivrait la même pente descendante à 48 milliards de dollars (contre 76,4 milliards en 2025), pour une marge d’exploitation de 4,1 % (7,2 % un an plus tôt). Par ailleurs, le rendement des capitaux investis (Rci) ne dépasserait pas 4,3 % en 2026, un niveau très inférieur au coût moyen pondéré du capital, estimé à 8,5 %. « Cet écart souligne, une fois de plus, la fragilité structurelle du secteur aérien », analyse l’association dans son document. Les chocs de rentabilité, précise-t-elle, érodent rapidement l’efficacité du capital.
Paradoxalement, le chiffre d’affaires total continuerait de croître, atteignant 1165 milliards de dollars (en hausse de 9,4 % par rapport à 2025), porté par une demande toujours soutenue. Ainsi, le nombre de passagers devrait grimper à 5,1 milliards (+ 2,4 %), tandis que les volumes de fret stagnent légèrement à 71,7 millions de tonnes (+ 0,2 %). Le taux de remplissage des avions, lui, resterait à des niveaux records, frôlant les 84 % (contre 83,5 % en 2025). La situation est toutefois très contrastée selon les régions. Au cœur des zones de turbulence, les compagnies du Moyen-Orient devraient collectivement enregistrer des pertes, affectées par la faiblesse de la demande et les perturbations opérationnelles liées à la guerre.
Des marges réduites « Les compagnies du Golfe sont confrontées à une incertitude opérationnelle suite à la fermeture quasi totale de leur espace aérien au début du conflit », estime le directeur général de l’Iata, Willie Walsh. Et d’ajouter : « Ces compagnies font un travail remarquable pour maintenir la connectivité, mais des répercussions financières majeures sont inévitables ». À l’inverse, toutes les autres régions devraient rester bénéficiaires, mais avec des performances fortement dégradées par rapport aux prévisions initiales. L’origine de ce coup de frein planétaire est double, selon le document.
D’une part, les perturbations liées à la guerre au Moyen-Orient et, d’autre part, la hausse rapide de 70 % du prix du kérosène. « Une partie de ces coûts supplémentaires est compensée par des ajustements tarifaires et des améliorations de l’efficacité, mais cela ne suffira pas à maintenir la rentabilité au niveau de l’année précédente », avance Willie Walsh. Même en temps normal, rappelle l’Iata, le secteur aérien souffre de faibles marges et d’une rentabilité inférieure au coût du capital.
Le choc pétrolier actuel met à rude épreuve la solidité financière des transporteurs, leurs marges nettes étant réduites à 2 % à l’échelle mondiale. « Les compagnies aériennes subissent de plein fouet la flambée des prix du carburant. Malgré la hausse des tarifs, elles absorbent une partie de cette augmentation dans leurs résultats », explique le Dg de l’Iata.
D’après lui, le bénéfice net par passager (4,50) dollars « ne suffira même pas à s’acheter un hot-dog dans la plupart des stades accueillant la Coupe du monde de la Fifa ». Une formule choc pour illustrer l’étroitesse de la marge de manœuvre des transporteurs, alors que la moindre hausse des coûts ou des taxes pourrait les fragiliser davantage. « Dans ce contexte, cela témoigne d’une certaine résilience », nuance toutefois M. Walsh, en référence à la capacité du secteur à maintenir des niveaux d’activité élevés malgré la tourmente.
Pathé NIANG

