Pour Mohamed Ndiaye, docteur en sciences économiques, économiste, financier et expert en politiques publiques, la véritable valeur de l’accord avec le FMI réside dans la confiance qu’il peut contribuer à restaurer, la mobilisation de financements complémentaires et la possibilité de reconstruire progressivement les marges de manœuvre nécessaires au financement du développement.
Le Sénégal et le FMI ont trouvé un accord pour un nouveau programme de trois ans, assorti d’un décaissement de 2,2 milliards de dollars. Comment appréciez-vous l’évolution des négociations ?
L’aboutissement de ces négociations constitue une étape importante. Il traduit la capacité des autorités sénégalaises à conduire un dialogue exigeant avec le FMI et à construire une nouvelle trajectoire économique et financière pour le pays. Mais il faut bien comprendre la portée réelle de cet accord. Les 2,2 milliards de dollars ne constituent pas, à eux seuls, la solution au problème financier du Sénégal. La véritable valeur de cet accord réside dans la confiance qu’il peut contribuer à restaurer, dans la mobilisation de financements complémentaires et dans la possibilité de reconstruire progressivement les marges de manœuvre nécessaires au financement du développement. Le plus important commence donc maintenant : transformer les engagements pris en réformes crédibles, en résultats mesurables et en améliorations concrètes pour l’économie et les populations. En définitive, l’accord avec le FMI n’est pas l’aboutissement du redressement ; c’est le point de départ de la restauration de la crédibilité économique du Sénégal.
Comment l’aboutissement des négociations peut-il constituer un signal pour les partenaires techniques et financiers et les investisseurs ?
L’accord constitue d’abord un signal de confiance. Lorsqu’un pays parvient à établir avec le FMI une trajectoire crédible de réformes, de consolidation budgétaire et de gestion de la dette, cela fournit à l’ensemble des partenaires financiers un cadre de référence pour apprécier la solidité de cette trajectoire. C’est particulièrement important pour le Sénégal, qui doit désormais recréer un environnement favorable à la mobilisation de ressources concessionnelles, au financement du développement et au retour progressif des investisseurs privés. Mais il faut être lucide : l’accord avec le FMI est une condition importante, mais il ne garantit pas automatiquement le retour des investisseurs. Ceux-ci regarderont surtout la capacité du Sénégal à traduire le programme en actes : prévisibilité des politiques publiques, maîtrise des risques budgétaires, transparence, amélioration du climat des affaires, sécurité juridique et capacité à générer une croissance durable. La confiance des investisseurs ne se décrète pas ; elle se construit par la cohérence entre les annonces, les réformes et les résultats. On pourrait même résumer la situation ainsi : le FMI peut contribuer à ouvrir la porte du financement international ; c’est la qualité et la constance de nos réformes qui permettront aux investisseurs d’entrer et surtout de rester.
Parallèlement, une stratégie appelée Ptds a été lancée. Comment analysez-vous ce plan ?
Le Plan de traitement de la dette du Sénégal constitue, à mon sens, le complément indispensable du nouvel accord avec le FMI. La question de la dette ne se résume pas à son niveau. Il faut également regarder son coût, sa maturité, son profil de remboursement et surtout le poids de son service sur les finances publiques. Lorsque le service de la dette absorbe une part aussi importante des recettes de l’État, ce sont autant de ressources qui ne peuvent être consacrées aux infrastructures, à l’éducation, à la santé, à l’agriculture ou au soutien à l’investissement productif. Le Ptds peut donc contribuer à améliorer le profil de la dette, à réduire les vulnérabilités financières et à restaurer progressivement des marges budgétaires. Son effet attendu sur l’économie réelle est également important, notamment à travers l’apurement progressif des obligations de l’État envers les fournisseurs, ce qui permettra de réinjecter de la liquidité dans le tissu économique. Mais il faut aller plus loin. Le traitement de la dette doit impérativement être accompagné d’une transformation profonde de la qualité de la dépense publique. Il ne servirait à rien de réaménager la dette aujourd’hui si les mêmes déséquilibres devaient réapparaître demain. Le Ptds ne doit donc pas seulement alléger le poids de la dette ; il doit aider l’État à financer ce qui puisse de nouveau financer le développement. C’est probablement là l’un des enjeux majeurs des prochaines années : passer d’une gestion de crise de la dette à une véritable stratégie de soutenabilité et de financement du développement.
Demba DIENG


