Face aux députés, la ministre des Pêches, des Infrastructures maritimes et portuaires, Fatou Diouf, est longuement revenue sur la polémique liée à l’octroi de licences de pêche. La ministre a défendu une gestion qu’elle juge « rigoureuse » et fondée sur des bases scientifiques, tout en réaffirmant la volonté du gouvernement de préserver les ressources halieutiques et de garantir la souveraineté alimentaire du Sénégal.
D’emblée, la ministre a tenu à clarifier que « ce sont quatre licences et non cinq » qui ont été accordées. Elle a également précisé que les sardinelles, considérées comme des petits pélagiques, ne sont pas concernées par ces autorisations. « Les licences qui ont été octroyées concernent la pêche démersale côtière, c’est-à-dire les poissons qui vivent au fond de l’eau », a expliqué Fatou Diouf.
La ministre a ensuite défendu la légalité de sa démarche, rappelant que le Code de la pêche ainsi que les textes réglementaires donnent au ministre en charge du secteur le pouvoir d’octroyer des licences. Pour illustrer son propos, elle a comparé son action à celle de ses prédécesseurs. « Un ministre a accordé 51 licences en cinq ans, un autre six licences en huit mois et un autre encore 36 licences en trois ans », a-t-elle soutenu.
À l’inverse, Fatou Diouf affirme n’avoir signé que deux licences depuis sa nomination en 2024, des licences exclusivement liées au thon. « En réalité, quatre licences avaient été accordées, mais seules deux ont rempli les formalités », a-t-elle précisé, citant les sociétés Escasa et Grand Bleu.
Selon la ministre, cette prudence découle d’une conviction forte du gouvernement : la nécessité de préserver durablement les ressources halieutiques. « Le poisson n’est pas une ressource que l’on peut simplement cultiver comme dans l’agriculture », a-t-elle rappelé, estimant que le secteur doit être géré selon des mécanismes scientifiques et rationnels.
La ministre a révélé avoir refusé plusieurs demandes de licences introduites par des armements qui réclamaient des autorisations sur la base de redevances payées depuis plusieurs années. « Ils ont même pris un avocat pour venir me voir afin que je leur accorde la licence, mais jusqu’à présent je leur ai dit que je ne la leur donnerais pas », a-t-elle déclaré sous les applaudissements des députés.
Au-delà des licences, Fatou Diouf a insisté sur l’enjeu de la souveraineté alimentaire. Revenant sur les directives reçues lors du Conseil des ministres de mai 2025, elle a indiqué que le gouvernement veut désormais mieux contrôler les exportations de poissons afin de préserver l’approvisionnement du marché national.
Les chiffres avancés par la ministre illustrent l’ampleur des exportations. En 2023, sur 481 292 tonnes de poissons débarquées au Sénégal, 259 805 tonnes ont été exportées, soit près de 54 % de la production nationale. En 2024, sur 448 756 tonnes produites, plus de 230 000 tonnes ont quitté le pays, représentant environ 51 % des captures.
« Le poisson est bien là, mais on le fait sortir pour aller le vendre à l’extérieur », a dénoncé la ministre, pointant notamment le régime des entreprises franches d’exportation qui oblige certaines sociétés à exporter jusqu’à 80 % de leur production.
Dans le cadre de la révision en cours du Code de la pêche, le gouvernement envisage désormais de réguler davantage les exportations afin de privilégier le marché national en cas de besoin. « Quand il y a un besoin au niveau du marché national, qu’on puisse retenir le poisson », a expliqué Fatou Diouf.
La ministre a enfin souligné que les décisions prises reposent sur des évaluations scientifiques réalisées par le Centre de Recherches Océanographiques de Dakar-Thiaroye. Selon les données du centre, environ 3 000 tonnes de ressources démersales côtières restent disponibles. L’octroi des licences s’est également appuyé sur les travaux de la Commission consultative d’attribution des licences, où siègent notamment la marine nationale, le ministère des Finances et les services techniques compétents.
Daouda Diouf et Assane SOW (Photos)


