À la tête du Fonds d’entretien routier de Guinée (Fer) depuis 2023, Hamidou Sylla défend un nouveau modèle de financement des infrastructures basé sur la mobilisation de capitaux privés locaux. Entre modernisation du réseau routier, gestion publique des péages et ambitions liées au projet Simandou, il détaille la stratégie guinéenne pour accélérer le développement des routes tout en renforçant l’autonomie financière de l’État.
Quel est aujourd’hui l’état du réseau routier guinéen ?
Comme vous pouvez le constater, le réseau routier guinéen est aujourd’hui en bon état à hauteur de 67 %. L’État a beaucoup investi dans les infrastructures routières au cours des quatre dernières années. De notre côté, le Fonds d’entretien routier, en tant qu’institution publique, accompagne l’État dans le financement de l’entretien des routes. Nous constatons une nette amélioration du réseau routier grâce aux efforts consentis en matière de financement de l’entretien routier. Dans le cadre du projet Simandou également, il est prévu la construction de 3 500 kilomètres de routes, notamment sur les corridors Sud-Nord. En plus du projet Simandou, l’État finance de nombreux projets d’infrastructures routières à partir du budget national. Nous bénéficions aussi de financements extérieurs apportés par nos partenaires techniques et financiers, notamment la Banque africaine de développement (Bad), la Banque islamique de développement (Bid), la Bidc, la Badea ainsi que la Banque mondiale. Tous ces partenaires contribuent au financement des infrastructures routières en Guinée.
Au-delà de ces partenaires financiers, par quels autres mécanismes mobilisez vous les financements ?
Depuis l’avènement du Président de la République Mamadi Doumbouya, le 5 septembre 2021, plusieurs réformes institutionnelles ont été engagées en Guinée, notamment dans notre secteur. Aujourd’hui, nous évoluons vers un Fonds d’entretien routier de troisième génération. Cela signifie que nous intervenons désormais sur le marché financier local. À titre d’exemple, nous avons structuré et financé le projet du pont unique à péage de Tanènè, qui porte le nom du Président de la République. Il s’agit d’un financement privé assuré par une banque locale guinéenne, à hauteur de 40 millions de dollars. Depuis sa mise en service, le 1er mai 2025, les résultats sont très encourageants.
Ce projet constitue une véritable réussite pour le Fonds d’entretien routier, car la gestion est assurée à 100 % par le Fer Guinée. Nous avons atteint près de 70 % de nos prévisions de recettes dès la première année, et nous visons près de 98 % à la deuxième année.
Si on comprend bien, le Fer Guinée ne se limite plus à la maintenance des infrastructures existantes, mais participe aussi à leur construction et à leur exploitation ?
Exactement. Avec notre évolution vers un Fonds de troisième génération, nous avons travaillé sur un nouveau statut intégrant deux volets : un guichet entretien et un guichet investissement. Cela nous permet de mobiliser des ressources sur le marché financier afin de financer des projets d’infrastructures routières. Le projet du pont unique de Tanènè en est l’illustration parfaite. Il s’agit d’un pont de 126 mètres accompagné d’une route d’accès de 7,5 kilomètres et d’un poste de péage de huit voies : quatre voies aller et quatre voies retour.
Le financement est assuré à 100 % par le Fonds d’entretien routier, qui en assure également la gestion complète. Le personnel a été recruté par le Fer Guinée et l’infrastructure reste dans le portefeuille de l’État guinéen.
Quel rôle joue le Fer dans le programme Simandou ?
Le Fer intervient principalement dans le financement de l’entretien routier. Avec notre nouveau statut, le guichet investissement nous permettra également de participer à la structuration de certains financements liés aux infrastructures routières du projet Simandou. Le programme prévoit notamment la réalisation d’autoroutes et l’installation de postes de péage. Le Fer entend jouer un rôle important dans ce domaine. En Guinée, nous privilégions un modèle dans lequel l’État conserve l’exploitation des infrastructures plutôt que de les concéder à des opérateurs privés. Notre première expérience est concluante : les recettes reviennent entièrement à l’État guinéen. Nous souhaitons donc poursuivre dans cette dynamique.
Vous êtes membre de l’Association des fonds d’entretien routier africains (Afera). Quels rapports entretenez-vous avec vos homologues sénégalais du Fera ?
Effectivement, nous sommes membres de l’Afera. Nous entretenons d’excellentes relations avec nos homologues sénégalais dans le cadre de cette organisation. Nos équipes collaborent régulièrement à travers des missions de travail et des échanges d’expériences. Il y a deux ans, par exemple, nous avons envoyé une équipe en immersion en Côte d’Ivoire, et nous avons également accueilli des délégations étrangères en Guinée. Nous cherchons à nous inspirer des bonnes pratiques observées ailleurs, notamment au Sénégal. Mais en Guinée, nous sommes aussi dans une dynamique d’innovation. Le fait d’avoir réussi à mobiliser un financement privé local pour nos infrastructures constitue une expérience particulièrement appréciée par nos partenaires, notamment la Banque mondiale. Je pense que plusieurs pays africains pourraient s’inspirer de ce modèle. En effet, notre expérience montre qu’il est possible de réussir un financement privé local pour des infrastructures publiques. Nous travaillons actuellement sur un second projet portant sur quatre postes de péage, pour un montant de 56 millions d’euros financés par Ecobank. Il s’agit d’un financement privé structuré entièrement par le Fer Guinée. Le modèle repose sur les recettes futures des péages, qui serviront à rembourser l’endettement. Toutes les études de faisabilité et les simulations financières ont été réalisées, et les perspectives de rentabilité sont très positives. C’est une expérience encourageante dont d’autres pays africains peuvent s’inspirer.
Entretien réalisé par : Elhadji Ibrahima THIAM (Envoyé spécial en Guinée)


