L’heure est à l’action pour les professionnels de la pêche artisanale ouest-africaine. Réunis à Ziguinchor, des représentants du Sénégal, de la Gambie, de la Guinée-Bissau, de la Guinée et de la Mauritanie ont lancé hier, une initiative destinée à « mieux protéger les ressources halieutiques partagées », prévenir les conflits et à renforcer la coopération entre les acteurs dudit secteur.
Les frontières maritimes ne freinent ni les poissons ni les défis auxquels sont confrontés les pêcheurs. Conscients que l’avenir des ressources halieutiques se joue désormais à l’échelle sous-régionale, des professionnels de cinq pays d’Afrique de l’Ouest ont engagé, à Ziguinchor, un processus qui doit déboucher sur la création de commissions mixtes. Ce nouveau cadre de concertation en gestation ambitionne d’améliorer la gestion des stocks partagés, notamment les petits pélagiques, tout en limitant les tensions liées à la pêche transfrontalière.
À l’origine de cette dynamique, la Confédération africaine des organisations professionnelles de la pêche artisanale (Caopa) veut replacer les pêcheurs au cœur de la gouvernance des ressources marines. Son président, Gaoussou Guèye, alerte sur « une surexploitation des petits pélagiques accentuée par des pratiques qui demeurent peu responsables et par une gouvernance encore insuffisante ». Il plaide également pour que « les organisations professionnelles soient davantage associées à l’application des protocoles de pêche afin que les acteurs maîtrisent leurs droits, leurs obligations et les règles qui encadrent leur activité ».
De son côté, le chef du service régional des pêches de Ziguinchor, Abdoulaye Diédhiou, voit dans cette initiative « un levier important pour une meilleure appropriation des accords de pêche par les professionnels ». À ses yeux, les difficultés opposent le plus souvent les pêcheurs sénégalais aux services de contrôle des États voisins plutôt qu’aux pêcheurs eux-mêmes. « Une meilleure connaissance des réglementations nationales, en Guinée-Bissau par exemple, permettra de réduire les infractions et d’éviter de nombreux incidents », a expliqué Abdoulaye Diédhiou. Pour ce qui concerne l’évolution de la pêche dans la région, M. Diédhiou a indiqué que les débarquements sont passés d’environ 70 000 à 84 000 tonnes en 2025.
Une progression qui, selon lui, ne doit pas masquer la réalité. « L’augmentation de l’effort de pêche peut donner l’illusion d’une amélioration alors que les ressources restent sous forte pression lorsque les captures par pirogue ne progressent pas », a-t-il soutenu. Abdoulaye Diédhiou espère ainsi que cette nouvelle dynamique favorisera une meilleure compréhension des accords, une baisse des infractions et l’installation rapide des commissions mixtes.
Même satisfaction chez Faly Barro, vice-coordinateur du Conseil local de pêche artisanale de Ziguinchor, qui estime que « cette initiative aurait gagné à voir le jour beaucoup plus tôt, tant les problèmes sont partagés par les pêcheurs de la sous-région ». Poursuivant, il se désole de la taille des pirogues, les captures accidentelles de requins et le balisage des aires marines protégées, convaincu que « ce cadre de concertation permettra de trouver des solutions durables à ces préoccupations communes ».
Gaustin DIATTA (Correspondant)


