Par 45 °C à l’ombre, l’Agence nationale d’insertion et de développement agricole (Anida) scrute ses réussites. De Dioulacolon à Saré Bidji, immersion chez les nouveaux seigneurs de la brousse.
KOLDA – À Cibéré Kandé, dans la commune de Dioulacolon (région de Kolda), la poussière tournoie sous les pas de la délégation de l’Anida. Ici, la terre brute a trouvé son maître en la personne d’Ousmane Diamanka, 30 ans. Ousmane fait partie de cette élite paysanne envoyée en formation au Brésil par l’agence. De l’Amérique latine, il a rapporté un savoir-faire. Sur son hectare verdoyant, le contraste est saisissant. Gombo, chou blanc, menthe et oseille bravent la sécheresse. «L’Anida m’a construit un poulailler, un forage et un puits. Grâce à cette ferme, ma famille vit dignement. Au Brésil, j’ai appris des techniques. Aujourd’hui, je les applique chez moi», lance-t-il d’emblée.
Le jeune homme ne fait pas que cultiver : il bâtit. À quelques mètres des cultures, les murs en parpaings de sa future maison sortent de terre. Ousmane Diamanka a trouvé sa place au soleil. Et à Dioulacolon, l’eau ne dépend plus des caprices du ciel. Grâce aux mini-forages et aux panneaux photovoltaïques déployés par l’Agence nationale d’insertion et de développement agricole (Anida), la terre produit toute l’année. « Avant, nous attendions la pluie en priant. Aujourd’hui, c’est le soleil qui travaille pour nous », sourit Ousmane Diamanka, le regard fier posé sur ses parcelles verdoyantes de la zone-cité. Bénéficiaire d’une ferme familiale « Natangué », cet exploitant a vu son quotidien basculer. « J’associe le maraîchage, l’élevage de poulets à mes arbres fruitiers. Si une production baisse, les autres compensent. C’est notre assurance-vie », poursuit-il, fier.
En 18 ans d’existence, l’Anida a opéré un virage stratégique majeur. Finies les fermes communautaires villageoises d’autrefois. Place désormais au cœur battant de l’économie rurale : l’exploitation familiale individuelle. Clôtures grillagées pour sécuriser les parcelles, accès direct à l’eau, diversification des cultures : le kit de modernisation redéfinit le quotidien des paysans.
En effet, dans les régions de Kolda, Sédhiou et Ziguinchor, des centaines de fermes familiales tournent déjà à plein régime. Le modèle repose sur un triptyque gagnant: horticulture, aviculture et arboriculture.
Quelques kilomètres plus loin, au village de Tianoufa Yérondi (commune de Saré Bidji), Abdoulaye Baldé nous reçoit en tenue de travail, dégoulinant de sueur. Depuis 2021, il mène une guerre d’usure contre la fatalité. Son arsenal ? Du piment, du gombo, de la menthe, du maïs et des agrumes.
Aujourd’hui, c’est jour de récolte pour l’aubergine douce. Le visage est fatigué, mais le regard brille d’une détermination féroce. Abdoulaye pèse ses mots en triant ses légumes. « Le kilo d’aubergine part à 400 FCfa en gros. Mon bénéfice net, après déduction des charges d’exploitation, frôle le million de Fcfa par an », chiffre-t-il, le sourire en coin.
Son exploitation ne nourrit pas que sa famille. Elle crée de la richesse locale. Deux emplois fixes sont assurés, complétés par des emplois saisonniers. Avec ses gains, Abdoulaye réinvestit. Il a déjà agrandi ses parcelles et a acheté deux vaches. Son message à la jeunesse est un cri du cœur : « Restez et travaillez ici. C’est possible. Nos fermes sont rentables», conseille-t-il.
Dernière étape du périple : Médina Daibatou. Coiffé d’un bonnet, Ousmane Baldé distribue du mil enrichi de manière organique à une nuée de volailles. Son histoire est celle d’un retour salvateur. Ancien immigré au Congo-Brazzaville, il a tout quitté pour revenir dans son pays natal. Installé depuis 2020, son bilan fait taire les sceptiques. « La première année, j’ai dégagé 1,5 million de FCfa de bénéfice. Je vends mes poulets de chair quasiment tous les quinze jours », livre-t-il, tout fier. Grâce à ses deux poulaillers de l’Anida, l’ex-migrant a, lui aussi, troqué l’incertitude de l’exil contre la sécurité qu’offre un nouveau bâtiment familial. À Médina Daibatou, la terre retient ses enfants, et Ousmane y trouve son compte.
Par Ibrahima KANDÉ (Correspondant)

