La première édition du Forum international de la presse économique de l’Afrique de l’Ouest (Fipe-Uemoa) s’est ouverte ce mercredi 24 juin, à Dakar. Placé sous le haut patronage d’Abdoulaye Diop, président de la Commission de l’Uemoa, ce rendez-vous voit décideurs et professionnels des médias plaider pour une véritable souveraineté informationnelle afin de porter les ambitions de la Zlecaf face aux mutations technologiques.
C’est avec la certitude que l’information économique constitue une arme stratégique face aux mutations globales que s’est ouverte, hier, mercredi 24 juin, à Dakar, la première édition du Forum international de la presse économique de l’Afrique de l’Ouest (Fipe-Uemoa). Durant trois jours, journalistes, décideurs publics et institutions régionales vont tenter de jeter les bases d’un récit économique endogène, capable de soutenir les ambitions de l’espace face au défi de la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf).
Présidant la cérémonie d’ouverture, Paul Faye, directeur adjoint du Commerce extérieur venu représenter le ministre de l’Industrie, a inscrit son propos dans l’urgence. L’Uemoa constitue certes « l’une des zones d’intégration les plus dynamiques du continent », mais les obstacles à la fluidité des échanges demeurent considérables. « Les barrières tarifaires et non tarifaires, les disparités réglementaires, les contraintes logistiques et les difficultés d’accès aux marchés continuent de freiner les échanges entre les États africains », a-t-il énuméré, faisant de l’harmonisation des cadres réglementaires et du renforcement des infrastructures commerciales des préalables impératifs.
Pour M. Faye, le marché africain, fort d’une mutation démographique qui lui promet plus d’un milliard d’habitants, ne pourra jouer son rôle de catalyseur qu’à condition de dépasser les cloisonnements hérités. Les chiffres avancés dessinent une promesse. En effet, 232.000 milliards de FCfa de revenus supplémentaires sont attendus d’ici à 2035 et une hausse de 324.000 milliards de FCfa des exportations, principalement dans le secteur manufacturier, « le plus grand pourvoyeur d’emplois dans le monde ». Ce volontarisme macroéconomique restera toutefois lettre morte sans l’adhésion des populations qu’il revient aux médias de susciter en vulgarisant les enjeux de l’Agenda 2063 et de l’intégration régionale.
Pour le coordinateur de la Plateforme des médias de l’Uemoa, Léonard Dossou, aucun territoire ne peut attirer durablement les investisseurs s’il n’est connu et aucune réforme ne peut produire pleinement ses effets si elle n’est pas comprise. « La souveraineté économique commence par notre capacité à produire, partager et maîtriser l’information sur nos propres réalités économiques », a-t-il dit.
M. Dossou a ainsi esquissé les contours d’un journalisme économique transformé en « instrument de pédagogie, outil de transparence et facteur de confiance ».
Lutte contre la criminalité financière
Selon lui, dans un monde « saturé de fausses informations et de stéréotypes », la presse économique rigoureuse devient une exigence stratégique. Réunis lors d’un panel consacré à « Gouvernance et politiques économiques régionales », hauts fonctionnaires, inspecteurs et représentants de la société civile ont disséqué, sans concessions, les failles et les avancées de l’intégration fiscale et de la lutte contre la criminalité financière. Au cœur des débats, la nécessité de contextualiser l’action des administrations fiscales dans le grand récit de l’intégration régionale a été rappelée avec force par Ndèye Nangho Dioum, inspectrice des impôts et des domaines. Elle a expliqué que « l’intégration est avant tout un choix politique destiné à créer un espace de libre circulation des facteurs de production ». Pour éviter que cet espace ne se transforme en une guerre stérile des législations nationales, la coordination, insiste Mme Dioum, est devenue une urgence vitale. Prenant la parole à son tour, Modou Bèye, inspecteur du Trésor, a d’abord salué le rôle de leader du Sénégal, qualifié de « très bon élève grâce à une transposition rigoureuse des textes communautaires ». À l’inverse, d’autres pays de la sous-région affichent d’inquiétants retards. « Pour le Mali, par exemple, les données ne sont pas au niveau attendu », a-t-il regretté. D’après M. Bèye, « ces disparités et ces retards de calendrier dans la transposition faussent la planification économique, nuisent à la visibilité budgétaire des États et grippent les mécanismes de surveillance multilatérale ».
Pathé NIANG

