Dans un système parallèle au développement du ladoum, au Sénégal, l’élevage de caprin gagne de plus en plus du terrain. L’amélioration des races locales fait une percée avec l’introduction de spécimens comme le Boer et le Red Kalahari originaires d’Afrique du Sud ; mais surtout de la chèvre sahélienne (devenu très prisée dans les pays du Sahel). Cette dernière, très résistante à la chaleur, au corps longiligne et aux oreilles tombantes, participe à redonner à l’élevage caprin un certain prestige qui déteint sur le prix des sujets et leur productivité.
L’élevage au Sénégal se développe de plus en plus suivant des critères bien définis. De nos jours, les éleveurs donnent de moins en moins de chance au hasard. En effet, de Dakar à Tambacounda en passant par le Djolof, ils semblent tous s’être donné le mot : améliorer le cheptel local aussi bien en lait qu’en viande. Cette vision essentiellement basée sur la génétique fait son petit bonhomme de chemin depuis plusieurs années.
Si chez les bovins on parle de l’introduction des Guzerà et autres Girolando, chez les ovins on parle des Balami ; chez les caprins les races Boer, Kalahari et Sahélienne font la loi désormais. Pour chaque catégorie (bovins, ovins, caprins, les critères restent les mêmes : la beauté, la production carnée et laitière, mais aussi la résistance.
En ce qui concerne l’élevage caprin, la race sahélienne coche toutes les cases tout en restant beaucoup plus accessible que le Boer et le Kalahari importés d’Afrique du Sud. Les sujets de ces races ont, en effet, une configuration physique particulière : ils sont trapus et ont une croissance assez rapide. Leur spécificité est naturellement la production de viande pouvant atteindre facilement les 100 kilogrammes, aussi bien chez les mâles que les femelles.
Cependant, ils coûtent très cher. Selon Lamine Ndiaye, spécialisé dans la vente de sujets de race Boer, en moyenne le sujet de 6 mois peut coûter 400.000 FCfa. « Ce prix s’explique déjà par la référence de la race au Sénégal. Ensuite, le Boer, à l’instar du Red Kalahari, sont des races qui produisent beaucoup de viande. Leur prix élevé s’explique aussi par le fait que ce sont des races importées. Elles sont originaires d’Afrique du Sud. Les frais de transit font naturellement donc qu’elles sont plus chères que les autres races et donc moins répandues.
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Facteur financier Cependant, de plus en plus d’éleveurs consentent à les introduire à des fins de croisement génétiques, explique le jeune « agripreuneur » établi en périphérie de Dakar. Le facteur financier joue ainsi en faveur de la race dite Sahélienne qui est de loin beaucoup plus accessible en plus d’apporter des touches spécifiques à l’amélioration des races locale.
À Keur Mbaye Fall, dans la banlieue dakaroise, Abass Gueye est l’un des premiers à introduire cette race dans le l’élevage local. Chauffeur de camion passionné d’élevage, il parcourt depuis des années la sous-région dans le cadre de son travail. Il est tombé sous le charme de la chèvre du Sahel pour la première fois en 2020. C’était au Niger.
Mais c’est en 2022 qu’il a introduit cette chèvre dans son élevage caprin. C’était une gestante qu’il avait achetée à un marché hebdomadaire au Mali, nous raconte-t-il. «C’était la première fois de ma vie que j’ai acheté une chèvre à 80 000 FCfa de ma vie. En fait, il était très rare que le prix de la chèvre atteigne cette somme au Sénégal. À la limite, c’était impensable. Mais j’ai quand même acheté cette femelle, car ses caractéristiques m’ont tout de suite plu», se souvient-il tout souriant.
Abass affirme qu’il n’a pas eu beaucoup de mal à introduire la chèvre au Sénégal vu qu’elle venait du Mali. Cependant, le jeune camionneur ne se doutait pas qu’il venait de démarrer un business. La chèvre gestante qu’il avait achetée auparavant à 80.000 FCfa a été vendu à 115.000 FCfa et sans le cabri.
C’est ainsi qu’a débuté pour lui une activité parallèle à son travail, mais qui s’y collait bien compte tenu de la provenance des sujets et de l’intérêt qu’ils ont tout de suite suscité. « Mes voyages dans la sous-région se sont multipliés et à chaque fois, je revenais avec des sujets que je vendais ensuite à un prix qui couvrait suffisamment les frais de transport », confie Abass Gueye.
Aujourd’hui, beaucoup d’éleveurs de la zone périurbaine ont introduit la chèvre sahélienne grâce à lui. Ce changement apporté au cheptel a visiblement porté ses fruits.
À la bergerie Serigne Babacar Sy de Ibrahima Seck, le métissage suit toujours son cours grâce, en partie, à Abass Gueye le camionneur. Sur place le propriétaire des lieux commercialise du lait de chèvre vendu à un prix beaucoup plus élevé que celui de vache.
Au-delà des moutons et des bœufs, Ibrahima Seck, propriétaire de la bergerie Serigne Babacar Sy à Keur Mbaye Fall, est l’un des rares à commercialiser du lait de chèvre. Ce lait est principalement produit par la race sahélienne qui semble avoir une meilleure prédisposition laitière que la race locale.
« La race sahélienne produit beaucoup plus de lait que la race Ndama plus répandue au Sénégal. Elle coûte également beaucoup plus cher compte tenu de son gabarit. C’est un spécimen très prisé qui se vend beaucoup plus cher que la chèvre locale du fait de ses caractéristiques », affirme Ibrahima Seck.
Productivité et rentabilité
L’éleveur confirme la productivité de la chèvre sahélienne comparativement à celle locale. Toujours en ce qui concerne la production, Ibrahima affirme que la production laitière de la Sahélienne lui permet de temps à autre de tenir une activité économique.
En effet, il informe que la bouteille de lait de 350 millilitres est vendue à 1.000 FCfa alors que pour le même prix, on peut obtenir un litre de lait de vache. En effet, c’est un lait très demandé pour son goût, mais aussi pour des vertus qu’on lui prête.
« J’ai introduit la chèvre sahélienne dans ma bergerie pour justement expérimenter la production de lait. De ce pont de vue, ces sujets me donnent un meilleur rendement pouvant aller parfois jusqu’à 800 millilitres de lait par jour et par sujet. Une telle production de lait est juste impossible à avoir avec la race locale », soutient Ibrahima Seck.
De la même manière, Ibrahima Seck déclare que la production de viande est beaucoup plus importante chez la chèvre sahélienne, comparativement à la race Ndama. Selon lui, la longueur cervico-sacrale et la hauteur au garrot de la chèvre du Sahel font la différence.
En effet, en plus d’être belle, cette race atteint facilement la taille d’un mouton moyen. Toutefois, son prix reste élevé. Le bouc avec un bel embonpoint peut facilement coûter 150.000 FCfa.
Selon l’éleveur Ibrahima Seck, ce prix se justifie par des mensurations, son potentiel laitier et sa disponibilité réduite. Cependant, son déploiement sur le territoire national se poursuit notamment à partir des zones transfrontalières et des carrefours de l’élevage à l’instar de Missira qui enregistre la présence d’une bonne partie de la diversité caprine de la sous-région ouest-africaine.
La chèvre sahélienne offre donc ainsi une possibilité d’amélioration génétique aux éleveurs de caprins du Sénégal qui s’en procurent de plus en plus. Elle offre des opportunités réelles en termes de production de lait et de viande.
Toutefois, la race Ndama du Sénégal, tout aussi résistante, tient le haut du pavé en termes de mise bas. Chez les Sahéliennes, il est rare, voire exceptionnel, qu’une chèvre ait une portée gémellaire alors que chez la race Ndama, c’est quasiment une règle (jusqu’à quatre sujets par portée).
Ainsi, la race locale de chèvre a toujours son mot à dire qui n’est pas des moindres à l’heure de l’autosuffisance alimentaire.
Un témoin de l’intégration ouest-africaine
Silhouette élancée et le corps long, poils courts et oreilles tombantes, sont les caractéristiques singulières de la chèvre sahélienne. Très cornu, ce spécimen est généralement dit d’un pelage blanc tacheté de points roux ou inversement.
Elle se différencie de prime abord avec la race Ndama par sa taille. Mais pas que ; elle pèse souvent plus lourd à l’âge adulte aussi bien chez les mâles que les femelles.
Sa fiche zootechnique inclut une bonne capacité d’adaptation à la chaleur et une bonne résistance. Mais le plus important pour les éleveurs locaux est le fait qu’elle offre un bon compromis dans la production de viande, mais aussi de lait.
C’est justement cela qui est à l’origine de sa présence de plus en plus marquée au sein du cheptel local. Fortement dans les pays comme le Tchad, le Niger, le Burkina Faso et le Mali, la chèvre sahélienne est témoin de l’intégration régionale.
Par Assane FALL

