Joignons-nous aux félicitations adressées au gouvernement pour cette prouesse que constitue la récupération du bloc gazier Yakar-Teranga. Cela témoigne de son engagement constant à faire du Sénégal un pays souverain.
Yakar-Teranga est un actif stratégique dont le bloc représente l’un des plus importants gisements gaziers du Sénégal. Si l’État renforce son contrôle (via PETROSEN), l’objectif ne devrait pas être uniquement de capter davantage de revenus fiscaux ou de royalties, mais surtout de sécuriser l’approvisionnement domestique en gaz, de réduire la dépendance aux importations de produits pétroliers, d’alimenter l’industrialisation nationale et de créer une chaîne de valeur locale.
En l’absence d’une stratégie industrielle, récupérer le bloc sans usage domestique structuré reviendrait simplement à changer l’actionnariat sans transformer l’économie. Il convient alors d’analyser en profondeur les implications du retrait sur l’ensemble de l’écosystème.
À ce titre, le Sénégal dispose d’un bras technique qui nécessite un repositionnement stratégique aux fins d’une exploitation et d’une transformation optimales de ses ressources gazières et pétrolières, surtout lorsqu’il s’agit d’un outil industriel légitimement ancré dans le secteur énergétique, qui s’est de surcroît investi dans une dynamique d’amélioration continue tout en affichant des performances historiques fondées sur la transparence, l’éthique et la gestion axée sur les résultats, depuis sa prise de direction de la SAR.
Il faut le dire sans aucune prétention : Mamadou Abib Diop est l’incarnation aboutie du leadership transformationnel, avec comme boussole un seul mot : RÉSULTAT. Comme disait l’autre: ce n’est parce que les choses sont difficiles que nous n’osons. C’est parce que nous n’osons pas qu’elles sont difficiles.
Permettez-moi de l’affirmer ici. Il pose emprunter la voie de la transformation profonde. Dès sa nomination en mai 2024, il a fait de l’application du code des marchés publics une priorité absolue, alors que le décret imposant à la structure de se conformer à ce code date pourtant de 2022. Comme technicien industriel aguerri, il a rapidement compris le potentiel de la SAR et a lancé une offensive médiatique pour défendre l’impérieuse nécessité d’augmenter le périmètre de couverture du marché national en produits finis de qualité.
Son approche repose sur un triptyque clair : pédagogie économique, démonstration technique et narration autour de la souveraineté énergétique. C’est ce qui explique en grande partie comment il a réussi à faire de l’opinion publique une alliée sur la nécessité d’un deuxième site de raffinage, tout en affichant des résultats financiers solides et inédits.
Voilà pourquoi l’État doit se dépêcher de renforcer sa collaboration avec la SAR, par souci de cohérence dans sa volonté de souveraineté. On a l’habitude de le dire : le Sénégal ne manque pas de ressources humaines de qualité. Mais force est de constater la rareté de celles qui sont également animées par des principes de patriotisme et des valeurs de jub, jubal, jubanti.
Sans aucune intention de propagande, la SAR s’érige naturellement en pilier stratégique du fait de notre statut d’État producteur. Si l’État ne contrôle pas son aval, il reste vulnérable, à défaut de s’inspirer de la Sonatrach en Algérie, de Saudi Aramco en Arabie saoudite ou de Petronas en Malaisie.
Le moment est plus que favorable pour faire de la Société Africaine de Raffinage (SAR) un pilier du secteur industriel sénégalais. Cette orientation se justifie à plusieurs égards (économiques, stratégiques et sociaux), et prend tout son sens dans le contexte de l’ambition transformatrice portée par l’Agenda 2050, conjuguée aux récentes avancées énergétiques qui repositionnent le Sénégal sur l’échiquier régional.
1. Souveraineté énergétique
Le Sénégal cherche à réduire sa dépendance aux importations de produits pétroliers raffinés. Une SAR plus performante permettrait de sécuriser l’approvisionnement en carburant, de limiter les risques liés aux fluctuations internationales des prix et de renforcer l’autonomie énergétique nationale. Avec l’exploitation des ressources offshore comme le projet GTA et le champ Sangomar, disposer d’une raffinerie nationale solide devient encore plus stratégique.
2. Création de valeur locale
Au lieu d’exporter des matières premières puis de réimporter des produits finis à coût élevé, la SAR peut transformer localement le pétrole brut, développer une chaîne de valeur nationale et favoriser l’émergence d’industries dérivées (plastiques, lubrifiants, pétrochimie, transport). Cela augmente la valeur ajoutée créée au Sénégal.
3. Création d’emplois
Une SAR modernisée peut générer des emplois directs (ingénieurs, techniciens, opérateurs, ouvriers) et des emplois indirects (logistique, maintenance, sous-traitance, distribution), contribuant ainsi à absorber une partie du chômage des jeunes.
4. Réduction du déficit commercial
Les importations massives de produits raffinés pèsent sur la balance commerciale. Une production locale plus importante permettrait de réduire les sorties de devises, d’améliorer la balance commerciale et, à terme, d’exporter vers la sous-région ouest-africaine.
5. Renforcement de l’industrialisation
L’énergie est le fondement de toute industrialisation. Une SAR forte soutient les cimenteries, les transports, l’agro-industrie et les industries manufacturières. Sans énergie accessible et stable, l’industrialisation tant souhaitée par l’État demeure fragile, sinon vouée à l’échec.
6. Position géostratégique du Sénégal
Grâce à sa façade maritime et au port de Dakar, le Sénégal peut devenir un hub énergétique régional pour l’Afrique de l’Ouest. La SAR pourrait approvisionner des pays voisins comme le Mali, la Guinée, la Gambie et la Mauritanie.
7. Stabilité des prix domestiques
Une raffinerie nationale forte peut aider l’État à mieux réguler les prix du carburant et à limiter l’impact des chocs mondiaux sur les consommateurs.
En définitive, la SAR ne concerne pas uniquement le pétrole : c’est un enjeu de souveraineté, d’industrialisation et de développement économique pour le Sénégal. Dans une logique de « Yakar Teranga », cela peut symboliser la confiance dans la capacité du pays à transformer ses ressources en prospérité durable.
Ibrahima MBOW
Ingénieur de conception GC


