Longtemps cantonnée à l’univers discret du linge intime, la lingerie est devenue un véritable produit de consommation, porté par l’évolution des modes de vie, l’influence des réseaux sociaux et l’essor de l’entrepreneuriat. Aux marchés Hlm et Dior de Dakar, les boutiques spécialisées attirent chaque jour une clientèle variée, à la recherche de confort, d’élégance ou simplement de bien-être. Derrière les ensembles en dentelle, les nuisettes satinées et les soutiens-gorge aux finitions raffinées se cache un marché dynamique qui génère des revenus importants et fait vivre de nombreux commerçants.
Au marché Hlm de Dakar, l’agitation est déjà à son comble en cette fin de matinée. Les allées sont envahies par les clients venus faire leurs achats, tandis que les commerçants rivalisent d’arguments pour attirer les passants.
Entre les boutiques de prêt-à-porter, les magasins de cosmétiques et les vendeurs d’accessoires de mode, les enseignes spécialisées dans la lingerie occupent une place de plus en plus visible. Derrière les vitrines soigneusement aménagées, un univers de couleurs et de matières s’offre aux regards.
Des ensembles en dentelle aux motifs délicats côtoient des soutiens-gorge brodés, des bodys élégants, des nuisettes en satin aux reflets soyeux, des pyjamas raffinés et des gaines sculptantes. Le noir intemporel, le rouge éclatant, le blanc nacré ou encore les teintes pastel composent un décor qui évoque à la fois l’élégance et le confort.
Certaines clientes effleurent les tissus du bout des doigts, d’autres examinent minutieusement les coutures ou comparent les modèles avant de faire leur choix.
Assise derrière son comptoir, Aïssatou Ndiaye suit cette scène quotidienne depuis plusieurs années. Dans sa boutique, les clientes se succèdent sans interruption.
« Les habitudes ont beaucoup changé. Avant, les femmes achetaient surtout ce dont elles avaient besoin. Aujourd’hui, elles recherchent aussi la qualité, le confort et le style. Beaucoup arrivent avec des photos trouvées sur les réseaux sociaux et demandent des modèles précis », explique-t-elle.
Selon la commerçante, la lingerie n’est plus considérée comme un simple sous-vêtement. Elle est devenue un accessoire de bien-être personnel et parfois même un symbole de confiance en soi.
Devant un miroir, Marième, 32 ans, compare plusieurs ensembles. Employée dans une société privée, elle affirme consacrer une partie de son budget à ce type d’achat.
« Je privilégie le confort, mais j’aime également les beaux modèles. Quand on se sent bien dans ce que l’on porte, cela influence aussi l’état d’esprit », confie-t-elle.
À quelques mètres de là, Khady Faye, 26 ans, partage le même sentiment.
« Beaucoup de femmes considèrent aujourd’hui la lingerie comme un élément de bien-être. Ce n’est plus seulement un achat pratique », estime-t-elle.
Un commerce stimulé par les mariages et les fêtes
Pour les vendeurs, certaines périodes de l’année représentent de véritables pics d’activité. Les fêtes religieuses, les cérémonies familiales, la Saint-Valentin et surtout les mariages entraînent une forte augmentation des ventes.
À quelques semaines de son mariage, Fatou Barro, 28 ans, arpente les rayons à la recherche d’articles destinés à compléter son trousseau.
« J’ai prévu un budget de plus de 100.000 FCfa. Entre les ensembles, les nuisettes, les pyjamas et les accessoires, les dépenses augmentent rapidement », reconnaît-elle.
Cette clientèle est particulièrement recherchée par les commerçants. Certains proposent des coffrets spéciaux regroupant plusieurs articles assortis afin de répondre aux besoins des futures mariées.
« Pendant la saison des mariages, certaines clientes repartent avec des achats qui représentent plusieurs mois de consommation habituelle », explique Aïssatou Ndiaye.
À quelques kilomètres du marché Hlm, au marché Dior des Parcelles assainies, l’activité est tout aussi intense. Dans une allée animée, la boutique de Mamadou Diop attire une clientèle nombreuse.
Derrière son comptoir, le commerçant range soigneusement des cartons fraîchement arrivés de Turquie et de Dubaï. Les rayons débordent de soutiens-gorge, de bodys, de gaines, de pyjamas et d’ensembles en dentelle soigneusement classés par tailles et par couleurs.
Mamadou a fait de la lingerie son activité principale depuis plus de 10 ans.
« Au début, certaines clientes étaient étonnées de voir un homme vendre de la lingerie. Aujourd’hui, elles viennent surtout parce qu’elles savent qu’elles trouveront du choix et de la qualité », raconte-t-il.
Pour lui, ce secteur présente un avantage majeur : la demande reste constante tout au long de l’année.
« Contrairement à certains vêtements qui dépendent des saisons, la lingerie se vend en permanence. Les femmes renouvellent régulièrement leurs sous-vêtements. C’est ce qui rend cette activité intéressante », explique-t-il.
Le commerçant affirme que certaines clientes dépensent entre 30.000 et 80.000 FCfa lors d’une seule visite, particulièrement à l’approche des mariages ou des grandes fêtes.
Les réseaux sociaux révolutionnent le secteur
L’essor du numérique a profondément transformé le commerce de la lingerie. Facebook, Instagram, TikTok et WhatsApp sont devenus de véritables vitrines commerciales.
Dans son appartement transformé en showroom, Fatou Sarr gère une boutique exclusivement en ligne. Son téléphone portable est devenu son principal outil de travail.
Chaque matin, elle photographie les nouveaux modèles reçus, publie les images sur ses différentes plateformes et répond aux commandes qui affluent tout au long de la journée.
« Beaucoup de clientes préfèrent acheter à distance. Elles regardent les modèles sur leur téléphone, choisissent ce qui leur plaît et se font livrer à domicile. C’est plus pratique et plus discret pour certaines », explique-t-elle.
Partie avec un capital modeste, la jeune entrepreneure est parvenue à développer progressivement son activité.
« Aujourd’hui, j’envoie des commandes dans plusieurs régions du Sénégal. Les réseaux sociaux ont complètement changé notre façon de vendre », affirme-t-elle.
Ainsi, on note que derrière les vitrines élégantes et les publications soigneusement mises en scène sur les réseaux sociaux se cache toute une chaîne économique. Importateurs, transitaires, transporteurs, livreurs, gestionnaires de pages commerciales et vendeurs tirent leurs revenus de cette activité.
Pour de nombreuses femmes, la lingerie constitue également une opportunité d’entrepreneuriat accessible. Certaines ont commencé avec quelques articles vendus depuis leur domicile avant d’ouvrir leur propre boutique.
Mais le secteur n’est pas exempt de difficultés. La hausse des coûts de transport, les fluctuations des devises et la concurrence croissante obligent les commerçants à s’adapter en permanence.
« Aujourd’hui, il faut renouveler régulièrement les collections, proposer des nouveautés et être présent sur les réseaux sociaux. Les clientes ont beaucoup plus de choix qu’avant », souligne Mamadou Diop.
Malgré ces défis, les acteurs du secteur restent confiants. Alimenté par l’évolution des habitudes de consommation, la montée en puissance du commerce en ligne et une demande soutenue, le marché de la lingerie continue de prospérer.
Derrière les tissus délicats, les dentelles raffinées et les vitrines soigneusement agencées se dessine ainsi une activité économique dynamique, qui contribue à faire vivre de nombreuses familles sénégalaises.
Un commerce longtemps discret s’impose désormais comme un secteur à part entière dans le paysage commercial dakarois.
Par Amadou KÉBÉ

