Le Sénégal a mobilisé, sur le marché des titres publics de l’Umoa, 1.699 milliards de FCfa entre janvier et juillet 2026. De l’avis de l’économiste et financier, Seydou Sow, cette performance confirme la bonne présence du pays dans le marché financier régional.
Depuis le début de l’année 2026, le Sénégal a été assez dynamique sur le marché des titres publics de l’Umoa. À la date du 16 juillet 2026, 61 opérations ont été réalisées selon les données cumulées. Il s’agit de 22 Bons assimilables du Trésor (Bat) et de 39 Obligations assimilables du Trésor (Oat). Des interventions qui ont permis au Trésor public sénégalais d’engranger, au total, 1.699 milliards de FCfa. Dans le détail, 920 milliards de FCfa ont été levés au chapitre des Bat et 778,48 milliards de FCfa en Oat. Pendant ce temps, le montant du capital remboursé atteint 1091 milliards de FCfa. L’enveloppe est constituée de 479,24 milliards de FCfa en Bons assimilables du Trésor et 611 milliards de FCfa en Obligations assimilables du Trésor. S’agissant du montant des intérêts remboursés, il s’élève à 181 milliards de FCfa. L’une des opérations les plus importantes de ces sept mois a eu lieu le 16 janvier 2026. Pour cette émission, le Trésor public a mobilisé 154 milliards de FCfa alors que 140 milliards FCfa ont été mis en adjudication. Une performance qui confirme la solidité de la signature du pays et son attractivité persistante auprès des investisseurs de la zone. Pour l’année 2026, le Sénégal vise une enveloppe globale de 2.752 milliards de FCfa sur le marché des titres publics.
Une capacité de mobilisation restée intacte
Pour Seydou Sow, économiste et financier, la mobilisation de 1.699 milliards de FCfa confirme que le Sénégal conserve un accès au marché financier régional de l’Uemoa, malgré un contexte marqué par des besoins de financement élevés et une vigilance accrue des investisseurs. Toutefois, l’analyse de ce chiffre doit aller au-delà du montant brut mobilisé. En effet, dit-il, sur les 1.699 milliards FCfa levés, près de 1.091 milliards ont servi au remboursement de dettes arrivées à échéance. Le financement net réellement disponible s’élève donc à 468 milliards de FCfa, soit seulement 27,5 % du montant brut mobilisé. Cela montre qu’une part importante des nouvelles émissions est désormais consacrée au refinancement de la dette existante.
L’élément le plus marquant est cependant la structure de ce financement. Les Obligations assimilables du Trésor, qui financent le moyen et le long terme, ont permis de mobiliser 778,5 milliards de FCfa en valeur brute, mais n’ont dégagé que 27,6 milliards FCfa de financement net, soit moins de 4 %. À l’inverse, les Bons assimilables du Trésor, dont les maturités sont inférieures à un an, ont généré 440,8 milliards de FCfa de financement net sur 920 milliards de FCfa levés, soit un taux proche de 48 %. En d’autres termes, explique Seydou Sow, les ressources nouvelles proviennent essentiellement des financements à court terme, tandis que les émissions à long terme servent principalement à refinancer les dettes existantes. Cette évolution, poursuit le spécialiste, traduit une modification progressive de la structure de la dette publique. « L’encours des Bons assimilables du Trésor est passé d’environ 193 milliards de FCfa fin 2023 à plus de 1.157 de milliards de FCfa en mars 2026, soit une multiplication par six en un peu plus de deux ans. Dans le même temps, le service de la dette continue de progresser avec près de 1.800 milliards de FCfa attendus entre octobre 2025 et septembre 2026, contre environ 1.050 milliards de FCfa l’année précédente, soit une hausse proche de 70 % », relève M. Sow.
Garantir la soutenabilité des finances
S’agissant des perspectives, l’expert considère qu’à court terme, le Sénégal devrait continuer à accéder au marché régional où il demeure l’un des principaux émetteurs. Les investisseurs continuent de souscrire aux émissions du Trésor ; ce qui devrait permettre de couvrir les besoins de financement de l’État. Toutefois, alerte Seydou Sow, le principal défi ne sera plus le volume des émissions, mais leur structure, car un mur de refinancement se dessine progressivement. Les 1157 milliards de FCfa de Bat, en circulation à fin mars 2026, devront être intégralement refinancés d’ici mars 2027, soit plus de 3 milliards de FCfa à mobiliser chaque jour ouvré sur cette seule catégorie de titres. À cela s’ajouteront, en 2027, les échéances des Bat émis au cours de l’année 2026, puis en 2028, celles des titres relais émis en 2025. Cette concentration des échéances accroît progressivement le risque de refinancement. Dans ce contexte, l’un des enjeux majeurs, aux yeux de l’économiste, sera d’allonger la maturité moyenne de la dette publique afin de réduire cette dépendance aux financements à court terme. À moyen terme, les recettes issues de l’exploitation pétrolière et gazière pourraient contribuer à réduire progressivement les besoins de financement de l’État, mais leur impact dépendra du niveau effectif des recettes et de leur utilisation. Sur le plan global, Seydou Sow considère que les résultats du premier semestre 2026 montrent que le Sénégal conserve sa capacité à mobiliser des ressources sur le marché régional, ce qui constitue un élément rassurant. « En revanche, la qualité de ce financement s’est détériorée, avec une dépendance croissante aux instruments à court terme et un renchérissement du coût de la dette », souligne-t-il.
Par Demba DIENG


