La Société nationale d’électricité (Senelec) a fait coter à la Brvm, ce mercredi 6 mai, un fonds de titrisation de créances de 120 milliards de FCfa. Le montage associe un compartiment conventionnel et un compartiment lié à des objectifs de durabilité.
Le Sénégal vient de franchir une nouvelle étape dans le financement de sa souveraineté énergétique. Hier, mercredi 6 mai, la Senelec a fait admettre à la cote de la Bourse régionale des valeurs mobilières (Brvm) son opération de titrisation de créances de 120 milliards de FCfa. L’opération, baptisée « Fctc Senelec 2025-2030 », est doublement inédite : c’est la première fois, en Afrique de l’Ouest, qu’un émetteur public adosse une partie du véhicule financier à des engagements de durabilité, avec une tranche « verte » dédiée à la transition énergétique et une tranche classique. « Il s’agit d’un moment historique qui traduit notre volonté de conjuguer innovation financière et ambition énergétique au service du développement économique et social », a déclaré Moustaph Ba, conseiller technique du ministre sénégalais de l’Énergie, du Pétrole et des Mines.
Concrètement, les fonds mobilisés permettront de « développer des sources de production propres, de renforcer le réseau de distribution et de transport, mais aussi de bâtir un système électrique plus fiable, plus résilient et plus performant », a-t-il détaillé tout en rappelant que la réduction du coût de l’électricité et le soutien à la compétitivité industrielle figurent parmi les priorités de l’Agenda national de transformation « Sénégal 2050 ». Pour l’entreprise publique, qui renoue avec le marché régional après une première obligation de 385 milliards de FCfa en 2019, ce montage constitue un tournant. « Nous sommes les pionniers à avoir lancé simultanément un volet vert et un volet conventionnel dans une titrisation de créances en Afrique alliant performance et responsabilité », s’est félicité Papa Toby Gaye, directeur général de la Senelec. L’instrument intègre, en effet, des objectifs environnementaux contractuels assortis d’un mécanisme de suivi destiné à rassurer les investisseurs institutionnels. L’opération confirme, en outre, la montée en puissance de la place financière ouest-africaine.
Edoh Kossi Amenounve, directeur général de la Brvm, a souligné que 9 cérémonies de 1re cotation ont déjà été organisées en 2026 pour un volume total admis dépassant 1.355 milliards de FCfa, dont 377 milliards apportés par une quinzaine de fonds de titrisation. « Notre marché s’approfondit et attire de plus en plus d’investisseurs », a-t-il relevé, indiquant que les volumes de transactions atteignent déjà 75 % de ceux enregistrés sur l’ensemble de l’année dernière. La Brvm avait d’ailleurs décerné à ce montage le titre d’ « opération de l’année 2025 » lors de ses derniers Awards en mars. En plus de cette prouesse technique, l’émission bénéficie du soutien de partenaires de premier plan, comme la Banque ouest-africaine de développement (Boad). Elle permet à la Senelec de transformer des créances d’électricité en ressources immédiatement mobilisables pour ses investissements estimés à plusieurs milliers de milliards de FCfa à l’horizon 2050.
Pathé NIANG

