En eaux troubles, la pêche artisanale se dote d’une boussole. Sous l’égide de la Commission sous-régionale des pêches, un nouveau groupe de travail technique voit le jour pour protéger ce « rempart contre la précarité ». L’objectif est de transformer les menaces en un plan d’action au service de la souveraineté alimentaire.
Si la pêche artisanale est souvent décrite comme le pilier de la sécurité alimentaire en Afrique de l’Ouest, elle navigue aujourd’hui en eaux troubles. Un atelier de trois jours réunit depuis mardi jusqu’au jeudi 7 mai experts, décideurs et acteurs pour porter sur les fonts baptismaux le groupe technique de travail sur la pêche artisanale.
Financé par le programme « West Africa Sea Observatory Project » (Projet d’observatoire de la mer en Afrique de l’Ouest) de l’Union européenne et le projet AGIR-INN, le nouveau groupe technique se veut un espace de convergence. L’idée est de briser les silos pour faire travailler ensemble les politiques, les chercheurs et, surtout, les acteurs de terrain. L’originalité de ce mécanisme réside dans son approche inclusive. En effet, une place centrale est accordée aux organisations professionnelles ainsi qu’aux femmes, maillons essentiels de la chaîne de valeur, pour valoriser leur « connaissance fine et empirique » du secteur.
Ouvrant les travaux, Dr Khallahi Brahim, le secrétaire permanent de la Commission sous-régionale des pêches (Csrp), n’a pas occulté les menaces qui pèsent sur ce « rempart contre la précarité ». Outre la mobilité croissante des pêcheurs à l’échelle sous-régionale, les acteurs doivent composer avec une pression accrue sur la ressource et des conflits d’usage persistants avec la pêche industrielle. À ces tensions s’ajoutent des défis sécuritaires en mer et l’impact dévastateur du changement climatique, le tout aggravé par le fléau de la pêche illicite, non déclarée et non réglementée, qui continue de piller les ressources partagées de la zone. « Face à de telles menaces, il serait illusoire de penser que des réponses strictement nationales seraient suffisantes », a déclaré le secrétaire permanent de la Csrp. Les travaux se concentrent sur quatre piliers opérationnels : la compréhension fine des migrations de pêcheurs dans la zone Csrp, l’engagement des professionnels dans la surveillance des côtes, la sécurisation des vies humaines en mer et la défense des intérêts des artisans face aux enjeux industriels de l’extraction pétrolière et gazière.
Dans son allocution, Dr Brahim a rappelé que la pêche artisanale ne devait pas être vue uniquement sous l’angle de ses crises, mais comme une « opportunité de souveraineté ».
Le défi de l’atelier est de transformer ces orientations stratégiques en un plan d’action immédiat. Car, au-delà des documents techniques, c’est l’avenir de millions de citoyens dépendant de la mer qui se joue.
Mamadou GUEYE


