La région de Saint-Louis confirme sa montée en puissance dans le secteur extractif sénégalais. Lors d’un Comité régional de développement (CRD) consacré à la présentation du Rapport ITIE 2024, les autorités ont mis en avant la forte progression des recettes issues de l’exploitation gazière. Toutefois, les faibles retombées sur les entreprises locales et l’emploi montrent que le contenu local demeure un chantier prioritaire.
Le démarrage de l’exploitation du projet gazier Grand Tortue Ahmeyim (GTA) commence à produire ses premiers effets économiques. Réunis mercredi à Saint-Louis, autorités administratives, élus territoriaux, représentants de la société civile et acteurs du secteur extractif ont pris connaissance des résultats du Rapport ITIE 2024. Président du Comité national de l’Initiative pour la Transparence dans les Industries Extractives (CN-ITIE), Thialy Faye a rappelé que 2024 constitue une année charnière pour le Sénégal avec l’entrée du pays dans l’ère de la production pétrolière et gazière. « L’année 2024 inaugure un nouveau cycle économique appelé à repositionner le secteur extractif dans le paysage national », a-t-il déclaré. Selon les données présentées, le secteur extractif a contribué à hauteur de 455,99 milliards de FCFA à l’économie nationale.
La région de Saint-Louis a généré à elle seule 39,6 milliards de FCFA, soit près de 8,7 % des recettes extractives du pays. Plus de 38 milliards de FCFA ont été directement injectés dans le budget de l’État. Pour le gouverneur de Saint-Louis, Al Hassan Sall, ces résultats traduisent le rôle stratégique que joue désormais la région dans le développement du secteur gazier sénégalais. « Le secteur gazier apporte une contribution de taille au budget de l’État, mais également au quotidien des populations à travers plusieurs interventions ciblées », a-t-il souligné. Malgré cette progression, le rapport met en évidence une faiblesse persistante du contenu local. Les entreprises opérant dans la région ont réalisé 7,2 milliards de FCFA de transactions avec des fournisseurs locaux contre 23,8 milliards avec des fournisseurs étrangers.
Une situation qui préoccupe les autorités. Pour Thialy Faye, il est impératif d’accompagner davantage les entreprises locales afin qu’elles puissent accéder aux marchés générés par l’exploitation du gaz. « Nous devons renforcer le contenu local et permettre aux entreprises de Saint-Louis de gagner davantage de marchés pour créer plus d’emplois », a-t-il indiqué. Le rapport révèle en effet que le secteur extractif ne compte actuellement que 207 emplois dans la région, un chiffre jugé encore insuffisant au regard des attentes suscitées par l’exploitation des hydrocarbures.
Les retombées sociales et environnementales restent également modestes. En 2024, les dépenses sociales enregistrées dans la région se sont élevées à 904 millions de FCFA tandis que les paiements environnementaux ont atteint 523 millions de FCFA. Pour les autorités, la prochaine étape consiste à associer davantage les communautés locales, notamment les acteurs de la pêche, aux discussions sur l’avenir du secteur extractif. « Les ressources naturelles appartiennent au peuple. Il est normal que les bénéfices de leur exploitation profitent aux populations à travers l’État et les collectivités territoriales », a rappelé le gouverneur Al Hassan Sall.
Jeanne SAGNA (Correspondante)


