À la fois point de vente et atelier de réparation, à Colobane un vaste marché d’entretien et d’équipements autour du téléphone mobile s’est structuré. Ici, ces artisans répondent à une demande croissante des usagers.
Quartier populaire situé au cœur du département de Dakar, Colobane, au-delà de la forte concentration humaine, est réputé grâce à son marché qui est l’un des plus célèbres de la capitale sénégalaise.
Ce samedi 19 septembre, comme à l’accoutumée, ce carrefour commercial draine une foule immense. Si les allées piétonnes offrent un relatif refuge aux passants, les embouteillages, eux, suspendent le temps pour les automobilistes. Produits en main, les vendeurs interpellent les passants et rivalisent d’ardeur pour écouler leurs marchandises.
La popularité du marché de Colobane repose en partie sur la vente de friperie et de téléphones de seconde main, dont certains sont souvent présentés comme issus du recel. Une myriade de commerces s’y côtoient, parmi lesquels la réparation de téléphones et la vente d’accessoires.
Dans un coin niché au fond de ce carrefour économique se trouve un espace populaire, communément appelé « Market Ba ». Il abrite de nombreux réparateurs regroupés en file indienne sur le trottoir. Contrairement aux vendeurs qui sillonnent les rues, les artisans du renouveau demeurent sédentaires : ce sont les usagers qui viennent à eux, espérant repartir avec un appareil remis en état.
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Installés sous des tentes de fortune faites de bâches déchirées pour se protéger d’un soleil de plomb, chacun s’active à réparer le téléphone qui lui est confié.
L’un d’entre eux, El Hadji Mané, plus connu sous le sobriquet de « Gambien », répond aux questions tout en gardant un œil attentif sur un appareil en cours de réparation.
Ce quinquagénaire explique avoir appris le métier par l’entremise d’un de ses amis : « J’ai appris le métier à Patte d’Oie en 2010, je partais là-bas pour l’assister et par la force du temps je me suis imprégné. Par la suite, j’ai trouvé une place à Colobane ».
Les composants et outils nécessaires à ces opérations de maintenance sont le plus souvent importés de la Chine, d’après Saliou Sène, lui aussi technicien de réparation qui s’engouffre dans la brèche. « Les outils avec lesquels nous travaillons viennent de Chine. Nous l’achetons dans les magasins juste à côté. Il arrive qu’on parte se procurer le matériel, une fois payé, on leur rende le prix de l’outil », narre-t-il.
La Chine, principal fournisseur d’accessoires
Comme tout labeur, cette activité vise à subvenir aux besoins du quotidien. Mouhamed Bitèye, t-shirt blanc perlé de sueur, installé devant son étalage où toutes les marques de smartphones s’accumulent, confie être polygame et affirme gagner sa vie en fonction de l’affluence. « Parfois, tu peux repartir bredouille, tout comme tu peux gagner de 3 000 à 50 000 F CFA par jour, Alhamdoulillah ! On rend grâce à Dieu, nous nous en sortons bien », confie-t-il.
Dans un cadre tout à fait différent des abris de fortune, Baye Leye Bouye, une cigarette en main, déclare être un réparateur de téléphone professionnel et détenir un local fixe depuis 2020 et en règle avec le fisc.
Baye Laye Pouye fait le procès des jeunes qui réparent des téléphones dans les rues. « Les téléphones en général, ce qui les abîme, ce sont les jeunes qui sont dans la rue et qui les réparent. On leur donne des téléphones alors qu’ils n’ont pas d’atelier », se désole-t-il.
« Or, un téléphone est très fragile. Ces jeunes-là ne savent pas préparer et finissent par tout gâter. C’est à cause d’eux que certains clients nous accusent de voler certaines pièces de leurs téléphones », ajoute-t-il.
L’autre moteur du téléphone mobile
Dans les artères de Colobane, poumon commercial de la ville, les accessoires pour téléphone portable font partie intégrante du paysage. Coques, verres trempés, chargeurs, écouteurs et étuis tapissent le décor. Impossible de faire deux pas sans croiser un vendeur ambulant ou un marchand installé à ciel ouvert, avec un simple parasol pour seul bouclier contre le soleil ardent.
Abdourahime Diagne semble avoir trouvé un coin à sa convenance pour exposer ses articles. Lunettes bien ajustées et casquette vissée sur la tête, ce vendeur d’accessoires a déniché la combinaison parfaite pour se protéger des rayons du soleil. La crainte « d’un déguerpissement orchestré par la mairie n’altère en rien sa détermination à gagner sa vie. »
« Parfois, ça marche vraiment bien. On peut rentrer avec 60 000 F CFA en une journée. Mais quand les clients se font rares, je ne gagne que 30 000 F CFA », confie-t-il.
Selon Abdourahime, les marchandises qu’ils vendent proviennent directement du marché de Colobane ou de la « Salle de vente ». À la différence d’Abdourahime, Mor Touré n’a pas la chance d’avoir un emplacement fixe. Ses accessoires en main, il brave la canicule et parcourt des kilomètres pour présenter ses produits aux passants.
« Je n’ai pas les moyens de louer une boutique pour vendre, alors je suis obligé de sillonner les rues », explique-t-il.
Cette méthode n’est pas sans risque. Les bras chargés de matériel, il précise : « Il y a des accessoires que je ne peux pas vendre en déambulant, comme les verres trempés. Ils se cassent facilement, et ce sont des pertes difficiles à éponger. »
À Colobane, tout un écosystème autour du téléphone s’est structuré. Un secteur où s’entremêlent techniciens professionnels, vendeurs ambulants et réparateurs fortuits.
Fatou NGOM (Stagiaire)


