Du 9 au 15 septembre, le ministre Moussa Bala Fofana a conduit une mission à Milan, Lille et Paris. Au menu : une convention de 3,5 milliards d’euros, l’écoquartier de Thiès et le renouvellement de Dakar.
Investisseurs, industriels, financiers, chercheurs, diaspora : pendant une semaine, la délégation du ministère de l’Urbanisme, de la Construction, des Territoires et de l’Aménagement (MUCTAT) a écumé l’Italie et la France. Selon la communication du ministère, la mission s’inscrit dans « une démarche engagée depuis deux ans » pour ouvrir le secteur urbain et immobilier aux capitaux privés.
Premier temps fort : la signature à Milan d’une convention d’investissement entre le MUCTAT, le Groupe IDA International et la Fondation THESAN. Elle porte sur 3,5 milliards d’euros sur sept ans, soit environ 2 300 milliards de FCFA, selon le ministère. Un projet pilote de 50 millions d’euros doit être activé « immédiatement ». Des entreprises siciliennes du BTP et des matériaux ont par ailleurs manifesté leur intérêt pour le marché sénégalais.
Une offre foncière pour séduire les investisseurs
Pour convaincre ses partenaires, Dakar met en avant 35 000 hectares mobilisés : 15 000 pour les zones industrielles et 20 000 pour l’habitat. L’État prévoit aussi un modèle de préfinancement des VRD. Une plateforme numérique d’accès au logement, qui compte déjà plus de 300 000 demandeurs, sera lancée officiellement en octobre lors du forum SENHABITAT.
La stratégie s’appuie également sur huit pôles territoires, avec le riz en Casamance, le sel à Kaolack, l’agro-industrie à Diamniadio et l’élevage à Matam. Un neuvième pôle, virtuel, serait dédié à la diaspora.
Le 14 septembre, la délégation a été reçue au siège d’Auchan à Villeneuve-d’Ascq, avec les équipes de NHood et Projex. Les échanges ont porté sur la rénovation urbaine et les villes nouvelles. Une équipe doit se rendre au Sénégal pour identifier les sites prioritaires, avant une éventuelle convention. La délégation est aussi invitée à la rencontre internationale des investisseurs de Cannes, en mars 2027.
Paris : Thiès, vitrine de la nouvelle politique urbaine
À Paris, le dossier phare était l’écoquartier de Thiès, avec le Groupe Alpha, Build Africa, Manergy et le groupement NGE-TSO-SADE. Il couvre 1 600 hectares et prévoit une première phase de 2 000 logements. L’ambition affichée est de rompre « avec le modèle de la ville-dortoir ».
Parmi les innovations avancées : le mortier local « Teranga », à base de silexite et de phosphogypse, qui pourrait réduire de 75 % les coûts de voirie et réseaux divers, ainsi qu’un réseau de froid urbain et la réutilisation des eaux usées traitées. La liaison ferroviaire Aéroport-Thiès est intégrée à la réflexion.
Pour Dakar, le ministère évoque dédensification, renaturation et reconstruction des zones dégradées. À Colobane, un projet pilote de « bâtiment suspendu » consisterait à construire au-dessus de la voirie pour libérer le sol et réorganiser le commerce.
Pour Thiès, le préfinancement des VRD est estimé entre 50 et 100 milliards de FCFA, selon le principe « acquéreur-payeur » : les coûts d’aménagement seraient récupérés via les ventes et les opérations en VEFA. Des démarches sont engagées auprès de l’AFD et de la Banque mondiale. Un SPV doit regrouper le foncier et les actifs des villes nouvelles pour sécuriser les investissements.
Cap sur janvier 2027
Le calendrier est serré : sélection du partenaire financier entre septembre et octobre 2026, finalisation du montage avant fin décembre, démarrage de la première phase de l’écoquartier en janvier 2027. L’objectif global est de 110 000 logements, avec des investisseurs recherchés en Europe, aux États-Unis et en Chine.
À la clôture de la mission, le ministre a résumé la suite en une formule : « Cap sur l’exécution opérationnelle ». Reste à voir si les engagements annoncés à Milan, Lille et Paris se traduiront en financements effectifs.


