Pour la première fois, le ministère de l’Éducation nationale a créé des centres d’examen inclusifs lors de la session 2026 du Certificat de fin d’études élémentaires (Cfee). Initiées avec l’appui de l’Ong Sightsavers, ils ont permis de mettre plus de 300 candidats en situation de handicap dans des conditions optimales lors de cet examen tenu les 17 et 18 juin 2026.
Une mission conjointe (ministère de l’Éducation nationale et Ong Sightsavers) a effectué, du 15 au 19 juin 2026, une tournée de supervision dans les centres d’examen inclusifs du Certificat de fin d’études élémentaires (Cfee). Elle a permis, d’une part, de montrer les efforts de l’État dans la prise en charge des candidats en situation de handicap et, d’autre part, de mesurer la contribution et l’accompagnement de l’Ong Sightsavers dans la promotion de l’éducation inclusive au Sénégal. Louga a été la première étape de la tournée. Dans cette Académie, l’école élémentaire Louga 1 a reçu la visite de la délégation composée de responsables du ministère de l’Éducation nationale et de ceux du partenaire, ainsi que des acteurs de la presse. Crée en 1905, l’établissement a formé de hauts cadres de l’administration sénégalaise. Feu Amadou Mactar Mbow, l’économiste Moubarak Lo et Ahmadou al Aminou Mohamed Lo, actuel Premier ministre, sont passés par cette école. Elle est la première et unique école devenue inclusive en 2017 à Louga. L’établissement compte 12 classes dont 6 inclusives. Tous les enseignants officiant dans cet établissement ont subi une formation spécifique en éducation inclusive. Il a présenté, cette année, 3 candidats mal et non voyants à l’examen du Cfee). Il s’agit de deux garçons et d’une fille. Grâce à l’accompagnement de l’Ong Sightsavers, ceux-ci ont eu tout le matériel nécessaire pour faire l’examen (feuille bristol, papier à modeler, dés, pinceau, une loupe…). Dans les salles d’examen, ils ont aussi bénéficié d’un positionnement adéquat en occupant les tables-bancs de devant. En plus, ils sont assistés par 4 enseignants transcripteurs pour transcrire le braille en noir à remettre aux correcteurs. Cette technique permet d’assurer à la fois l’équité et l’anonymat, car le correcteur ne pourra pas faire la distinction entre la copie d’un candidat non voyant et celle des autres. Selon Mam Malal Diop, chef de centre, les candidats à besoins éducatifs spéciaux n’ont pas rencontré de difficultés lors de cet examen. « Tout le matériel adapté est sur place », a-t-il indiqué.
Moussa Mbengue, le chargé de programme d’éducation inclusive à Sightsavers, soutient que c’est la première fois que les centres d’examen du Cfee inclusifs sont dotés de matériel et de ressources adaptés à tous les types de handicaps. Cela, dit-il, traduit la volonté de l’État du Sénégal de faire de l’éducation inclusive, une réalité.
Selon Bira Guèye Diongue Diagne, l’Inspecteur de l’éducation et de la formation (Ief), un accent particulier a été mis sur la formation des enseignants pour la prise en charge des candidats déficients visuels. À cela s’ajoutent d’autres initiatives porteuses comme la création de clubs de filles, le tutorat ou encore l’apprentissage par les pairs. Cependant, il suggère la création d’un grand centre d’examen où tous les types de handicaps seront pris en charge et l’intégration l’éducation inclusive dans les modules de formation initiale des enseignants. « La demande est forte à Louga », a affirmé M. Diagne.
À Kaolack, deuxième étape de la tournée, les centres de Ndagane 3 et de Koutal sérère ont accueilli la délégation. Ici, Laïty Cambé, l’un des chefs de centre nous signale que l’examen blanc qui a été organisé a permis de prendre les devants et de corriger les manquements. « Nous n’avons que des candidats non ou mal voyants à Ndangane 3 et à Koutal sérère. Les épreuves ont été imprimées en gros caractères et des outils, des lunettes, des loupes sont mis à la disposition des candidats, de même que les moyens logistiques pour éviter les retards », a souligné M. Cambé.
Le rôle déterminant des auxiliaires de vie scolaire
Au centre d’examen Serigne Aliou Cissé, à Kaolack commune, le seul candidat déficient auditif a été assisté lors des épreuves par un auxiliaire de vie scolaire, chargé de la traduction et de l’explication par le langage des signes.
Dans la région de Dakar, les membres de la mission de supervision se sont également rendus dans les centres inclusifs de Pikine 23 B, Chérif Lo de Rufisque et Malick Diop de Thiaroye. Dans ces établissements, les candidats déficients visuels et moteurs ont reçu un accompagnement adéquat qui leur a permis de passer l’examen sans difficulté. Les épreuves sont adaptées à leur situation. Les aspects techniques ont été assurés par les auxiliaires de vie scolaire. Le directeur des examens et concours, Papa Baba Diassé, s’est réjoui de la bonne collaboration entre l’Ong Sightsavers et le ministère de l’Éducation nationale. « Cette mission conjointe a permis de vérifier la mise à disposition de tout le matériel et l’accompagnement technique dont les candidats handicapés ont bénéficié pour participer correctement à l’examen », a déclaré M. Diassé. L’objectif, dit-il, est de « rendre les centres et les évaluations inclusifs grâce à l’engagement des acteurs et au soutien technique et financier de Sightsavers, partenaire stratégique du ministère de l’Éducation nationale dans cette initiative ». Papa Baba Diassé a indiqué qu’un rapport détaillé sera élaboré avec des recommandations en vue d’améliorer le dispositif sur l’ensemble du territoire national.
Pape Coly NGOME

