À quelques jours de l’ouverture des classes, les vacances scolaires tirent à leur fin, laissant derrière elles leur lot de souvenirs et, surtout pour certains, un goût d’inachevé. À Dakar, entre parties de football sur les plages, visites au parc forestier de Hann, etc., des élèves déjà nostalgiques, profitent de ces derniers moments d’insouciance en attendant le chemin de l’école.
Comme à l’accoutumée, la plage de Ngor, l’un des lieux les plus prisés de Dakar, s’éveille à peine de sa torpeur diurne. L’air marin vient fouetter le visage dès qu’on approche du rivage. Au loin, l’île de Ngor se dresse fièrement sur l’océan Atlantique. Le sable, encore chaud sous les pieds, accueille une foule bigarrée.
Des groupes de jeunes garçons, parfois torse nu, s’adonnent au football. Un ballon usé, presque dégonflé, vole d’un pied à l’autre dans une ambiance désordonnée, mais joyeux. Ici, les cris fusent de partout, les rires éclatent, et les encouragements se mêlent au bruit des vagues.
Plus loin, des familles entières étalent des nattes sur le sable. Les mamans surveillent les plus petits qui se baignent dans l’eau, tandis que d’autres s’attablent autour de quelques plats de poissons braisés. L’odeur du poisson est partout. Les vendeuses, installées derrière leurs petites tables en bois, badigeonnent les poissons d’une marinade rougeâtre avant de les poser sur la grille.
À côté, des enfants construisent des châteaux de sable, que les vagues viennent détruire de temps en temps. Mais sous cette apparente insouciance, une réalité bien plus que terre à terre se profile.
Dans quelques jours, les classes rouvriront et avec elles, le retour des levers matinaux, des devoirs, des évaluations, etc.
Sous un parasol délavé par le soleil, Amadou est assis, les genoux ramenés contre la poitrine. Il regarde ses amis jouer au ballon, mais ne participe pas. Quelque chose dans son attitude trahit une forme de lassitude, comme si la perspective de la rentrée lui pesait déjà sur les épaules.
Arborant un maillot de l’équipe du Chelsea et un short de bain, l’élève en classe de Terminale fait savoir son mécontentement. « Franchement, on n’a pas envie de retourner à l’école », lâche-t-il d’une voix traînante, sans quitter l’horizon des yeux.
L’angoisse de la reprise des enseignements
« Trois mois, c’est passé trop vite. On était libres, on faisait ce qu’on voulait. On se levait à midi si l’on voulait. On traînait à la plage jusqu’au coucher du soleil. Et là, il faut retourner en classe, se lever à 6 heures du matin, supporter les enseignants, les devoirs, les contrôles… », note l’apprenant, soulignant la hantise de l’examen qui pointe à l’horizon.
Amadou marque une pause, puis ajoute : « Le pire, c’est que je passe en Terminale cette année. Donc c’est l’année du Bac. La pression va être énorme. Mes parents me répètent déjà qu’il faut que je m’y mette sérieusement », lance notre interlocuteur.
À quelques mètres de là, Fatou, la quinzaine révolue, contemplant la mer. Élevée dans une école privée, elle souligne notamment le fardeau des fournitures scolaires pour ses parents ainsi que la reprise des apprentissages.
« Moi, ce qui me dérange, c’est surtout les fournitures, mes parents n’ont pas encore tout acheté. Il y a aussi les frais d’inscription, les uniformes… On sent la pression monter à la maison. Ma mère en parle tous les jours », a-t-elle affirmé.
À ses côtés, une de ses amies grignote des beignets. Fixant l’océan, celle-ci abonde dans la même lancée. Elle fait savoir aussi que ses copines de vacances avec qui elle passait la plupart du temps vont la manquer. Un avis qu’elle ne partage pas avec son amie, Aïssatou qui estime qu’elles auront le temps de se revoir malgré l’école.
À quelques kilomètres de la plage de Ngor, le parc forestier de Hann, créé en 1903, offre un tout autre décor. Classé réserve naturelle, ce havre de paix et de verdure de Dakar s’étend sur plusieurs hectares et accueille chaque jour des dizaines de visiteurs.
En cette fin de matinée, l’endroit est bondé. Les familles affluent de tous les quartiers de la capitale. Dès l’entrée, l’ambiance est palpable. Les cris des enfants se mêlent aux chants des oiseaux qui peuplent l’endroit.
Les allées ombragées, bordées d’arbres de toute espèce, s’offrent comme un refuge contre la chaleur écrasante. Des petits groupes d’individus déambulent.
Au détour d’une allée, un attroupement attire l’attention. Des adolescents, accompagnés de leurs parents, sont assis en cercle. Ils discutent, rient, partagent des boissons. L’ambiance est conviviale, presque familiale. Mais là aussi, la rentrée est sur toutes les lèvres.
Mariama est debout sous l’ombre d’un arbre avec à ses côtés, sa mère. Élève en classe de Seconde, elle soutient avoir passé de bons moments de repos durant ces vacances en compagnie de ses amies. Elle avait le temps de se connecter jusqu’à n’importe quelle heure.
« Mes parents ne disaient rien parce que c’étaient les vacances. Mais après l’ouverture des classes, tout ça, c’est fini. Plus de téléphone jusqu’à minuit, plus de grasses matinées. Le pire, c’est le fait de se réveiller tôt », raconte notre interlocutrice, s’indexant au passage le passage obligé à l’école.
Sa mère, qui a entendu la fin de la phrase, éclate de rire. « Tu exagères ! L’école, c’est important. C’est grâce à elle que tu pourras avoir un bon métier plus tard. Les vacances, c’est bien, mais il ne faut pas oublier l’essentiel », conseille-t-elle à sa fille.
À Ngor comme au parc forestier de Hann, le constat est le même : les vacances ont été trop courtes. Et la rentrée, elle, arrive à grands pas, avec son lot d’exigence.
Par Aziz Méthiour NDIAYE (Stagiaire)

