Certains sportifs ont marqué l’arène par leurs exploits avant de se réinventer ou de se reconvertir après leur carrière sportive. La rubrique « Que sont-ils devenus ? » raconte leur vie après leur carrière sportive. Aujourd’hui, coup de projecteur sur Nguèye Loum, ancien sociétaire de l’écurie Mermoz, première victime de Tyson, devenu entraîneur de l’école de lutte Mor Fadam depuis sa création.
Nguèye Loum est né à Nguiguiss, une localité dans la région de Thiès. C’est dans ce terroir qu’il découvre très tôt la lutte. À 17 ans, il quitte son village natal pour Dakar. Le jeune homme s’installe aux Hlm Las Palmas, à Guédiawaye. Il exerce plusieurs petits métiers pour subvenir à ses besoins, mais ne renonce jamais à sa passion : la lutte.
« J’ai démarré à Dakar avec les “mbapatt”. Je suis de la génération de Balla Bèye 1 de Pikine », raconte-t-il. Son parcours le conduit ensuite à l’écurie Plateau de Dakar, aux côtés du regretté Boy Kaïré 1. C’est là qu’il effectue ses premiers pas dans la lutte avec frappe, à Dakar.
« C’est à Plateau que j’ai livré mes premiers combats à Dakar », explique-t-il. Nguèye Loum connaît alors un début de carrière prometteur. Il s’impose devant Djamil de Walo. Il concède également un nul face à Aldiouma Diouf de Kaolack, mais signe plusieurs succès contre Dix Heures de Fass et Ousmane Mbengue, qu’il met Ko. Il évoque également un combat disputé à Kaba, dans le Baol, où il avait mis Ko un lutteur du nom de Manga 2.
Tyson, le défi qui fait basculer sa carrière
Son ascension connaît, toutefois, un coup d’arrêt face à Djib Diouf de Fass. Bien avant de s’installer dans la capitale, Nguèye Loum s’était déjà forgé une solide réputation dans les régions. Il garde le souvenir de ses exploits à Thiès et dans plusieurs localités.
« J’ai fait neuf victoires en neuf combats à Thiès. J’ai aussi enregistré des victoires à Réfane, à Keur Samba Kane, à Taïba Ndiaye, à Fass Boye et à Ngaaye », se remémore-t-il. C’est justement à Ngaaye qu’il affronte De Gaulle, le père de Boy Niang 2 de Pikine.
« J’ai livré un combat d’anthologie avec De Gaulle à Ngaaye. Il a finalement perdu le duel sur décision arbitrale », affirme-t-il avec le sourire.
Après son passage à Plateau, Nguèye Loum rejoint l’écurie Mermoz de Kamal Salamé. Cette structure bénéficiait alors d’un encadrement rigoureux. Kamal Salamé, sportif dans l’âme et homme de moyens, mettait ses pensionnaires dans d’excellentes conditions de performance.
En 1995, un nouveau phénomène fait son apparition dans l’arène : Mouhamed Ndao dit Tyson. Il arrive avec le concept « Boul Faalé », une philosophie qui dépasse largement le cadre de la lutte. Le natif de Kaolack devient rapidement un phénomène social et l’un des symboles du self-made-man dans l’arène.
Mais, c’est surtout son charisme qui attire l’attention. À force de travail et de victoires, Tyson gravit rapidement les échelons et se retrouve confronté aux lutteurs confirmés de l’époque. Nguèye Loum va être l’un de ceux qui acceptent de relever le défi.
« Au départ, c’était le combat entre Tyson et Kadd-Gui qui avait été ficelé par mon aîné Mor Fadam et le communicateur traditionnel Khadim Samb. Mais Kadd-Gui s’est finalement désisté », se souvient-il.
Le nom de Nguèye Loum est alors avancé. Mais son mentor, Kamal Salamé, s’y oppose catégoriquement.
« Mon mentor avait dit non. Il ne voulait pas que j’affronte un lutteur venu de nulle part, sans palmarès. Mais je l’ai contourné pour prendre l’avance de Tyson. Je ne doutais vraiment pas de ma victoire. Malheureusement, il a fini par me terrasser », reconnaît-il.
Le duel a lieu le 31 juillet 1995. Tyson s’impose et inflige à Nguèye Loum une défaite qui laissera des traces.
« J’ai regretté d’avoir défié Kamal Salamé pour lutter avec Tyson. C’était une erreur que j’ai reconnue par la suite », avoue-t-il.
Le combat ne lui rapporte pourtant pas une fortune. En effet, Nguèye Loum estime « avoir reçu environ 350.000 FCfa ». Il révèle également qu’il s’était présenté le jour du combat avec une blessure aux côtes, protégée par un bandage bien visible.
Malgré cette défaite, il comprend rapidement que Tyson est appelé à bouleverser la hiérarchie de l’arène.
« Je me suis dit que ce Mouhamed Ndao allait envoyer tous les vieux lutteurs de l’époque à la retraite », raconte-t-il.
L’histoire lui donnera, en partie, raison. Tyson s’imposera successivement face à plusieurs grands noms de l’époque : Mouhamed Aly, Toubabou Dior, Mor Fadam… Nguèye Loum pensait cependant que le phénomène de Pikine rencontrerait davantage de difficultés face aux colosses comme Bombardier et Yékini. Ces derniers finiront effectivement par le battre.
Eumeu Sène, la défaite qui a brisé l’élan
Mais cela n’empêchera pas Tyson de devenir Roi des arènes et de connaître des cachets parmi les plus élevés de l’histoire de la lutte sénégalaise. Les chiffres donnent la mesure du phénomène.
Entre 1995 et 2007, le leader de Boul Faalé accumule des revenus considérables. En 2007, il figure en tête d’un classement des cachets versés par la structure Action 2000 de Petit Mbaye. Sur les sept combats organisés par cette structure depuis 1999, Tyson en a disputé cinq.
Hors sponsoring, ses cachets atteignent déjà des montants impressionnants. Il aurait perçu 240 millions de FCfa pour ses combats concernés par ce classement, contre 185 millions pour Bombardier, 80 millions pour Gris Bordeaux et 30 millions pour Tapha Guèye.
En ajoutant certains cachets, notamment ceux de ses combats contre Tapha Guèye et Manga 2, le total atteint près de 285 millions de FCfa avant sa suspension. À ces montants s’ajoutent les revenus issus du sponsoring, généralement supérieurs aux cachets officiellement déclarés au Cng.
Tyson a d’ailleurs révélé, en 2017, dans l’émission « C’Midi » de la Rti, que son plus gros cachet avait atteint 150 millions de FCfa. C’était lors de son combat contre Yékini, le 4 avril 2010, organisé par Gaston Mbengue après la levée de sa suspension.
Après Tyson, une autre grande affiche va marquer la carrière de Nguèye Loum. En 1999, il affronte Eumeu Sène.
« Mon combat contre Eumeu Sène était une grande affiche organisée par Gaston Productions. Nous étions tous les deux de jeunes champions très prometteurs. Chacun de nous était très bien en jambes, très doué techniquement et disposait d’un très bon staff », explique-t-il.
À cette période, Nguèye Loum ne bénéficiait plus du soutien de Kamal Salamé. Il estime n’être plus dans de bonnes conditions pour poursuivre sa carrière.
« J’étais sûr de moi avant le combat. Mais cette défaite m’a profondément affecté », confie-t-il.
De son côté, Eumeu Sène avait déjà fait sensation dans les « mbapatt ». Ses prestations impressionnent les observateurs. Pourtant, son passage à la lutte avec frappe commence de manière difficile. Il s’incline successivement devant Mbodji Diagne, le 15 mars 1998, puis face à Ma Fall Sèye, le 7 février 1999.
Gaston Mbengue lui offre alors une nouvelle occasion de relancer sa carrière. Le Pikinois sort le grand jeu et s’impose face au poulain de Kamal Salamé, le 7 août 1999.
Pour Nguèye Loum, cette défaite constitue un véritable coup de massue.
« J’étais découragé. Je n’avais plus Kamal Salamé, donc plus de soutien. J’ai essayé de rester, mais je ne pouvais plus. J’ai finalement abandonné la lutte », regrette-t-il.
Avant même de mettre un terme à sa carrière, Nguèye Loum travaillait déjà dans le domaine de la sécurité, notamment dans un restaurant. Il poursuit aujourd’hui cette activité, mais dans un autre environnement.
Une seconde vie
Il est agent de sécurité au Service médical du Centre des œuvres universitaires de Dakar (Coud), à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar. Mais sa relation avec la lutte ne s’est jamais interrompue.
Depuis la création de l’école de lutte Mor Fadam, Nguèye Loum y joue un rôle important dans la formation et l’encadrement des jeunes. Il devient ainsi l’un des entraîneurs de cette structure.
« J’ai formé Gouye Gui, Ablaye Wade, qui est en Espagne, Pape Mbaye 2, Mbaye Tine 2, Sa Cadior 2, Fadam 2, entre autres », énumère-t-il avec fierté.
Aujourd’hui encore, il continue de transmettre son expérience aux jeunes générations. Son parcours raconte finalement une autre facette de l’histoire de la lutte. Après avoir été combattant, il est devenu formateur.
Par Abdoulaye DEMBÉLÉ

