Les problématiques environnementales suscitent, aujourd’hui, un fort engouement auprès du public africain. C’est ce que révèle une étude menée par l’Association Africa 21 auprès de 171 journalistes africains. Il ressort également de l’enquête que les enjeux environnementaux ne sont plus perçus comme exclusivement scientifiques ou écologiques, mais comme de véritables questions de développement.
L’Association Africa 21, qui accompagne le développement d’un réseau panafricain de journalistes spécialisés dans les questions de développement durable et de changement climatique, a publié, le 4 juillet 2026, un rapport sur : « L’état du journalisme environnemental en Afrique ». Après une première enquête réalisée en 2024, cette nouvelle édition s’appuie sur les réponses recueillies en 2025 auprès de 171 journalistes issus de 47 pays, dont le Sénégal.
Les résultats montrent que 67 % d’entre eux estiment que les sujets sur l’environnement suscitent un véritable intérêt, voire un fort engouement, auprès de leurs audiences. L’analyse qualitative des réponses fournies permet de mieux comprendre les préoccupations environnementales qui mobilisent actuellement les publics africains. Si les réalités varient selon les pays et les territoires, les journalistes identifient cinq grands ensembles de thématiques qui structurent l’attention du public. Ainsi, selon le document, le changement climatique apparaît très largement comme le sujet dominant. Il est cité dans une très grande majorité des réponses et constitue désormais le principal prisme à travers lequel sont abordées les questions environnementales.
Les journalistes, interrogés dans le cadre du rapport, soulignent que les populations africaines s’intéressent avant tout aux conséquences concrètes du dérèglement climatique comme la hausse des températures, la modification des régimes de précipitations, les sécheresses, les inondations, l’érosion côtière, la montée du niveau de la mer ou encore la multiplication des événements météorologiques extrêmes, tels que les cyclones ou les vagues de chaleur. Si l’on se fie au rapport, les questions d’adaptation et de résilience reviennent également de manière récurrente, traduisant une attente forte de solutions et d’informations pratiques. Le deuxième grand thème, révèle l’étude, concerne l’agriculture, l’eau et la sécurité alimentaire.
« Dans de nombreux pays africains, les enjeux environnementaux sont directement liés aux moyens de subsistance des populations », commentent les rédacteurs du document. Les journalistes y évoquent les effets du changement climatique sur les récoltes, les calendriers agricoles, la fertilité des sols, l’irrigation ou encore le développement de pratiques d’agroécologie et d’agriculture intelligente face au climat. Les pénuries d’eau, le stress hydrique et les risques pesant sur la sécurité alimentaire font également partie des préoccupations les plus fréquemment citées.
« Cette forte présence confirme que l’environnement est largement perçu à travers ses conséquences économiques, sociales et alimentaires », souligne le rapport. La protection des forêts et de la biodiversité constitue le troisième axe majeur. Dans leurs réponses, les journalistes interrogés évoquent la déforestation, les feux de brousse, le charbonnage, l’exploitation illégale du bois, le braconnage ainsi que la protection des espèces menacées, des mangroves et des aires protégées.
Une question de développement
Plusieurs journalistes observent également un intérêt croissant du public pour les politiques de reboisement, la restauration des écosystèmes et la préservation des ressources naturelles. Les questions de pollution et de gestion des déchets occupent aussi une place importante, en particulier dans les zones urbaines. Les journalistes citent régulièrement la pollution plastique, les déchets ménagers, la pollution de l’air, de l’eau et des sols, les eaux usées, les déchets industriels ou encore le recyclage.
« Ces problématiques sont fréquemment associées à leurs conséquences sur la santé publique, l’assainissement des villes et l’amélioration du cadre de vie », commentent les rédacteurs du rapport.
Enfin, l’exploitation des ressources naturelles et la transition écologique suscitent un intérêt croissant, d’après les témoignages recueillis auprès des journalistes.
Les répondants mentionnent les activités minières, l’exploitation pétrolière, l’orpaillage, les hydrocarbures, mais aussi les marchés carbone, les crédits carbone, les énergies renouvelables, l’économie verte et l’économie bleue. « Les réponses traduisent également une attention accrue portée à la gouvernance des ressources naturelles, aux conflits d’usage et aux enjeux de justice environnementale », mentionne le document.
Au-delà de ces cinq grandes thématiques, les journalistes citent plusieurs préoccupations plus spécifiques, liées fortement aux contextes nationaux ou régionaux : l’érosion côtière, la disparition des mangroves, la pollution marine, la pêche illicite, la criminalité environnementale, les informations météorologiques ou encore les liens entre environnement et santé.
« Dans leur ensemble, ces réponses montrent que le public africain s’intéresse d’abord aux questions environnementales lorsqu’elles ont des conséquences directes sur leur quotidien. Les sujets qui retiennent le plus leur attention sont ceux qui affectent les conditions de vie, les activités économiques, la santé, l’alimentation ou la sécurité des populations », interprètent les auteurs du rapport.
Ndiol Maka SECK

